Une énergie produite et consommée localement : l’exemple de CIBRAV à Bédoin (84)
Pour vous expliquer ce concept sans jargon technique, je vous emmène à Bédoin dans le Vaucluse, au cœur d’une journée passée avec les sociétaires de CIBRAV (Citoyens Branchés du Sud-Ventoux). Et qui dit « collectif, dit un épisode aux multiples voix. Celles qui ont bien voulu répondre à mes questions sont :
- Chez CIBRAV : Gérard Simian : le Président – Gérard Bodineau, Jean-Claude Carron et Philippe Babinet : trois des co-fondateurs
- François-Xavier et Isabelle Lalire et Catherine Gilloz, qui sont eux sociétaires
- Théo Schorderet, Chargé d’études pour Enercoop Paca
- Alain Constant, Maire de Bédoin et Président de la Cove
- Christophe Bernard et Frédéric Marcenat, respectivement Directeur et professeur de l’école élémentaire de Bédoin accompagnés de certains de leurs élèves de CM1 et CM2.
Qu’est-ce que l’Autoconsommation Collective (ACC) ?
Contrairement à l’autoconsommation individuelle (où je produis et consomme ma propre électricité sur mon toit), l’ACC permet de partager l’électricité produite par une ou plusieurs centrales avec plusieurs consommateurs voisins.
Participer à une opération d’autoconsommation collective n’exempte pas d’avoir un fournisseur classique d’énergie. Ça vient en complément de la fourniture d’électricité. Ce sont des boucles locales d’une distance de 2 km entre les participant·s en urbaine, 10 km en périurbain et 20 km en zone rurale.
Vous allez l’entendre, il ne s’agit pas seulement de poser des panneaux solaires sur des toits, mais bien d’une SCIC, une coopérative citoyenne locale de + 140 sociétaires, où collectivités, entreprises et particuliers investissent dans la constructions de centrales photovoltaïques et accompagnent les habitants et habitantes du territoire pour leur facilité l’accès à une énergie locale et décarbonée.
Qu’est-ce que CIBRAV ?
Le CIBRAV est une SCIC (Société Coopérative d’Intérêt Collectif). Les sociétaires – des particuliers, des collectivités (comme la commune de Bédoin ou la COVE) et des entreprises locales investissent en achetant des parts (50€/part) pour permettre l’installation de centrales photovoltaïques dont l’énergie sera proposée en autoconsommation collective.
Quelles sont les missions de CIBRAV ?
- Produire de l’énergie verte : La coopérative finance, construit et gère des centrales photovoltaïques sur le toit de bâtiments publics (écoles, gymnases) ou de hangars agricoles, afin de produire une électricité 100% locale et décarbonée. Elle peut également louer des espaces sur les toits des particuliers pour y installer des panneaux photovoltaïques.
- Accompagner et sensibiliser sur le territoire : Au-delà de la production, CIBRAV conseille gratuitement les sociétaires (à partir de 2 parts) qui souhaitent se lancer dans l’énergie solaire (étude des besoins, analyse de consommation, aide au choix des installateurs) et intervient dans les écoles pour former les jeunes générations aux enjeux de la transition énergétique.
Quels projets ont déjà été menés par CIBRAV ?



Grâce au soutien des collectivités et à l’engagement des citoyen·nes du territoire, le jour où je les ai rencontrés, ils inauguraient leur troisième projet : des ombrières photovoltaïques au dessus de l’Aire d’Hivernage des caravanes de Bédoin.
Une installation qui servira à alimenter le territoire dans un rayon de 20 kilomètres, pour prouver que l’énergie peut devenir un bien commun, géré par et pour les habitants.
Comment retrouver les actions de CIBRAV et les références citées dans l’article ?
Site internet du CIBRAV : cibrav.fr
Ville de Bédoin
Enercoop Paca
Crédits : Collaboration commerciale : cet épisode a été commandé par l’équipe de CIBRAV, merci à eux pour leur confiance !
Un épisode enregistré en juin 2026 lors de l’Assemblée Générale et de l’inauguration de la centrale photovoltaïque de Bédoin par Marie-Cécile Drécourt.
Remerciements à tous les sociétaires, au Maire de Bédoin, aux enseignants et enfants de l’école de Bédoin, et à l’équipe du CIBRAV pour tous les échanges lors de cette journée.

Pour les malentendant·es ou celles & ceux qui préfèrent lire, l’épisode est entièrement retranscrit ci-dessous :
CIBRAV, un modèle coopératif pour une souveraineté énergétique territoriale
Marie-Cécile : Et si, au lieu de subir sa facture électrique chaque mois, on pouvait se réapproprier collectivement l’énergie que l’on consomme ?
Je suis Marie-Cécile, alias Esperluette, l’anthropologue du quotidien. Aujourd’hui, je vous emmène une nouvelle fois à Bédoin, au pied du Mont Ventoux, au cœur d’une aventure citoyenne qui fait bouger les lignes et après notre alimentation, nous allons parler de transition énergétique.
Connaissez-vous l’ACC : l’autoconsommation collective d’électricité ? C’est ce qui est en train de se mettre en place grâce aux sociétaires de CIBRAV (Les Citoyens Branchés du Sud-Ventoux). Vous allez l’entendre, il ne s’agit pas seulement de poser des panneaux solaires sur des toits, mais bien d’une SCIC, une coopérative citoyenne locale de + 140 sociétaires, où collectivités, entreprises et particuliers investissent dans la constructions de centrales photovoltaïques et accompagnent les habitants et habitantes du territoire pour leur facilité l’accès à une énergie locale et décarbonée.
Grâce au soutien des collectivités et à l’engagement des citoyen·nes du territoire, le jour où je les ai rencontrés, ils inauguraient leur troisième projet : des ombrières photovoltaïques sur un parking de camping car en plein centre de la ville de Bédoin. Une installation qui servira à alimenter le territoire dans un rayon de 20 kilomètres, pour prouver que l’énergie peut devenir un bien commun, géré par et pour les habitants. CIBRAV porte des projets énergétiques d’envergure, apporte des conseils aux habitant·es pour les sensibiliser à une consommation d’énergie responsable adaptée à leurs besoins, et intervient même dans les écoles pour transmettre leur savoir aux plus jeunes.
Autonomie énergétique, développement durable et solidarité sont les maîtres-mots de cet épisode. Écoutez, vous allez comprendre !
Tout comprendre de CIBRAV
Pour comprendre la force de ce mouvement, il faut d’abord écouter celles et ceux qui l’ont initié. Pour eux, l’énergie n’est pas qu’une question technique. C’est avant tout une question de souveraineté et de choix de société. Gérard Simian, Président de CIBRAV.
Gérard Simian : CIBRAV, c’est un moyen de reprendre la main sur notre énergie. C’est reprendre la main sur l’énergie, comme en AMAP ou autre, on cherche à reprendre la main sur notre alimentation.
Gérard Bodineau, co-fondateur de CIBRAV : Le but est avant tout de favoriser la production d’électricité locale et également d’aider les habitants à la transition énergétique, entre autres en leur fournissant de l’électricité décarbonée et produite localement.
Jean-Claude Carron, co-fondateur de CIBRAV : On fait installer des centrales photovoltaïques, ou bien sur des ombrières, ou bien sur des toits. Notre activité, c’est la collecte de fonds, la recherche de sociétaires pour alimenter cette collecte de fonds et puis piloter les projets d’installation.
Marie-Cécile : Concrètement, je suis un particulier. On peut venir avec quelles demandes ?
Gérard Bodineau : Quelles demandes ? Plusieurs cas possibles : Soit vous voulez vous-même installer des panneaux solaires sur votre toit et on peut vous donner des conseils, vous aider à configurer votre installation avant de vous adresser à un installateur, ou également vous pouvez acheter notre propre électricité dans un cadre qu’on appelle l’autoconsommation collective.
Enercoop Paca explique l’Autoconsommation Collective (ACC)
Le concept central, c’est l’autoconsommation collective, l’ACC. Prenons donc quelques minutes pour comprendre vraiment ce que c’est, comment ça marche concrètement, et pour nous expliquer cette mécanique encore trop peu connue, Théo d’Enercoop Paca est venu présenter son fonctionnement.
Théo Schorderet : L’autoconsommation collective, c’est une notion qui est apparue il y a une dizaine d’années dont l’objectif est de mettre en commun des moyens de production. Donc ça veut dire qu’on a un ou plusieurs producteurs qui se mettent en association, au sens large du terme dans le but d’autoconsommer une énergie localement. On est dans une logique de décentralisation de l’énergie, c’est-à-dire qu’on se décorèle en partie du réseau d’électricité.
L’ACC, il s’agit non pas de projets qui sont physiquement raccordés à chacun des producteurs et des consommateurs. Si je pose une centrale de production quelque part, je ne vais pas me raccorder physiquement à chacun de mes consommateurs. Il y a une reconstitution des flux. En fait, il y a des compteurs qui vont comptabiliser l’énergie produite et associer l’énergie produite à différents consommateurs. On développe une ou plusieurs centrales de production. Ce parc solaire vient être connecté via des flux de données à différents petits consommateurs, c’est des particuliers. Ça peut aussi être des structures comme des collectivités, des pros, toute personne morale ou physique peut faire partie d’une opération d’autoconsommation collective.
Ce qu’il est important de retenir, c’est que participer à une opération d’autoconsommation collective ne vous exempte pas d’avoir un fournisseur classique d’énergie. Ça vient en complément de la fourniture d’électricité. Donc vous allez avoir une partie classiquement fournie par votre fournisseur, donc EDF, Enercoop ou autre, et une partie qui sera alimentée par les centrales locales. Ce sont des boucles qui sont locales. Il faut vraiment garder ça en tête. À l’origine du concept, c’était même à l’échelle d’un bâtiment. Et là, aujourd’hui, on peut aller jusqu’à une distance de 2 km entre les participants, c’est-à-dire que tous les participants doivent être inscrits dans un cercle de 2 km de diamètre en zone plutôt urbaine, en périurbain, on passe à 10 km. Et en zone rurale, on passe même à 20 km.
Marie-Cécile : Un cercle de 20 km en zone rurale et de 10 km en zone périurbaine, c’est donc la zone d’action possible pour les projets énergétiques sur le Comtat Venaissin. Mais concrètement, d’où vont partir les boucles locales portées par CIBRAV ?
Gérard Bodineau : Le premier projet que nous avons lancé est sur la commune de Crillon-le-Brave, 100 mètres carrés de panneaux sur un bâtiment communal. Ensuite, un gros projet d’ombrières sur la commune de Mazan. Et le troisième, un projet équivalent sur la commune de Bédoin.
Jean-Claude Carron : L’intérêt, c’est effectivement de consommer de l’électricité locale, mais aussi pour le consommateur, d’avoir un prix stable. Puisqu’en fait, l’investissement photovoltaïque, il coûte de l’argent au début, mais après, presque plus. Et donc, le prix auquel on peut vendre de l’électricité est assez stable.
Marie-Cécile : Un autre point qui est important qu’on a vu tout à l’heure, J’ai toujours mon contrat chez EDF.
Gérard Bodineau : Ou un autre fournisseur. Eh bien, comment ça se passe ? Si nos centrales ne produisent pas dans le solaire, effectivement, la nuit, ça ne produira pas du tout. Donc, c’est votre fournisseur habituel qui vous alimente en électricité. Et dès que les centrales solaires se mettent à produire, eh bien, l’électricité solaire vient se substituer à votre fournisseur jusqu’au coucher du soleil.
Marie-Cécile : Vous, par contre, il n’y a pas d’abonnement de votre côté. L’abonnement, il est juste payé chez EDF, c’est ça ?
Gérard Bodineau : Voilà, oui, ça ne change pas l’abonnement auprès du fournisseur habituel.
Devenir sociétaire pour devenir acteur ou actrice de la transition énergétique de son territoire
Marie-Cécile : Donc, techniquement, si on souhaite se fournir en énergie chez CIBRAV, c’est facile. On garde son compteur, on reçoit juste deux factures et l’électricité locale, dès qu’elle est disponible, vient remplacer celle du réseau. Mais au-delà de la technique, à quoi ça sert de créer une SIC pour réaliser de tels projets ?
Gérard Bodineau : Nous sommes en statut de société coopérative. On dit un actionnaire dans beaucoup d’autres cas de société. On ne veut pas utiliser le terme actionnaire, mais ça revient au même. En fait, un sociétaire, c’est quelqu’un qui investit dans la société.
Marie-Cécile : Et donc, pour ça, il faut acheter des parts ?
Gérard Bodineau : Oui, ce sont des parts. Donc, volontairement, on a mis la part à 50 euros pour pouvoir donner accès à des personnes qui ne sont pas richissimes et qui n’ont pas des milliers ou des millions d’euros à mettre dans une société.
Marie-Cécile : Et aujourd’hui, vous avez combien de sociétaires ?
Philippe Babinet, co-fondateur de CIBRAV : On arrive à 145. Alors, il y a les collectivités, il y a des partenaires privés. Par exemple, on a une cave viticole, on a l’installateur. Et puis, on a aussi ce qu’on appelle les bénéficiaires qui sont tous les individus comme vous et moi. Et par contre, on a un collège particulier qui s’appelle les créateurs où, dedans, on est cinq. Les quatre du début, plus un cinquième qui est rentré dans un deuxième temps et qui, eux, sont vraiment les membres très, très, très actifs de CIBRAV.
Marie-Cécile : Quand je suis sociétaire, ça me donne droit à quoi ?
Philippe Babinet : Déjà, au droit de vote. C’est-à-dire que vous ayez une part ou que vous en ayez cent, vous avez un droit de vote. C’est le système des SCIC et des coopératives. Donc, ça, c’est déjà important. Après, si vous avez deux parts, on peut vous donner tous les conseils pour installer, justement, des panneaux sur votre maison et on vous accompagnera.
Gérard Bodineau : Et après, ce n’est pas un droit, mais ça vous donne, je dirais, comment j’exprimerais ? Le privilège, la satisfaction de contribuer vraiment à la transition écologique et à la création et l’exploitation de ces centrales locales. L’argent qu’il nous confie ou qu’il investit ne sera pas fait pour faire de la spéculation. Il sera concrètement utilisé pour construire quelque chose qu’il verra de ses propres yeux. C’est du concret.
Philippe Babinet : C’est de l’argent qui va tourner sur un territoire. Notre territoire d’intervention, qui est le Comtat Venaissin, va contribuer à financer la centrale, mais la centrale est réalisée par des entreprises locales. Et avec l’ACC, c’est-à-dire l’autoconsommation collective, on revendra les électrons produits aussi localement. Donc, ça tourne en rond sur le même territoire et c’est une façon de se réapproprier l’énergie, de remettre la main sur l’énergie et d’avoir une espèce d’autonomie territoriale.
Témoignages de sociétaires CIBRAV
Marie-Cécile : Ici, on ne vient pas seulement acheter des kilowattheures. On investit dans un projet social et environnemental où l’utilité est collective et territoriale. Pour comprendre comment cela peut transformer nos relations à l’énergie, il est temps de tendre le micro aux sociétaires. Et c’est François-Xavier et Isabelle Lalire et Catherine Gilloz qui vous expliquent pourquoi ils sont autant impliqués dans ce projet.
François-Xavier Lalire : L’ACC, pour moi, c’est nouveau. Ce que j’aime bien, c’est le deuxième C, ce que de l’ACC, c’est le collectif parce que les solutions sont là. L’individuel, c’est très bien mais le collectif, pour moi, c’est encore mieux. Et faire adhérer des gens d’une communauté nouvelle. C’est une communauté autour de l’électricité comme il y a des communautés autour de beaucoup de choses.
Isabelle Lalire : C’est vraiment de revoir les modèles économiques dans lesquels on a baigné. C’est vrai que moi, j’avais un schéma où c’est EDF, où est-ce que j’achète mon électricité chez EDF. Et c’est très sympa de voir cette nouvelle réflexion de savoir, de contrôler, de faire du local et plus globalement, de reprendre la main. C’est un nouveau schéma politique, économique qui est très séduisant et j’ai vraiment découvert un Bédoin.
Catherine Gilloz : Ce qui m’a attirée, c’est que moi, je suis issue du monde coopératif. J’ai dirigé une SCOP pendant plus de 20 ans et ça m’intéressait surtout étant dans la région depuis peu de temps. S’attaquer à l’énergie, c’est surtout se dire comment on s’approprie ou se réapproprie notre autonomie par rapport à l’énergie, comment on apprend aussi à consommer moins et puis comment on réduit l’impact sur notre planète.
Marie-Cécile : C’est vrai qu’en tant que consommateur, on a un peu l’impression que l’énergie c’est quelque chose que l’on ne peut pas contrôler. On branche dans la maison, on prend un contrat et voilà. Mais en fait on voit bien avec le CIBRAV que c’est possible.
Catherine Gilloz : C’est ça. L’idée des coopératives citoyennes qui vraiment s’implantent sur un territoire, ça rejoint pour moi tout ce que j’aime, c’est-à-dire ensemble dans un collectif faire bouger là où on est. On est là sur ce territoire et comment collectivement on fait bouger les choses. En fait, si on veut faire bouger des choses dans la société, c’est comment on le fait de l’intérieur. Il y a des enjeux à développer son autonomie, il y a des enjeux à être attentif chacun à notre façon sur les petites choses sur lesquelles on peut agir. Ça crée du lien, on progresse.
Marie-Cécile : Est-ce que c’est accessible à tout le monde ? Peut-être que les personnes qui sont en situation précaire peuvent se sentir ne pas faire partie de ce genre d’action mais en fait, ce n’est pas le cas.
Catherine Gilloz : Ce n’est pas le cas du tout. D’abord, on peut rentrer dans CIBRAV avec une part à 50 euros et si c’est trop cher pour des personnes précaires, je pense qu’on trouvera toujours des solutions dans le collectif. Ce qui est intéressant, c’est en effet d’arriver chacun avec notre bagage, notre histoire et puis se dire on va trouver des solutions ensemble.
L’accompagnement des particuliers par CIBRAV
Marie-Cécile : Vous l’avez compris, CIBRAV c’est d’abord un outil financier : on achète des parts pour construire ensemble des centrales photovoltaïques locales. C’est ensuite un producteur d’électricité qui vend en autoconsommation collective, pour consommer l’électricité de son territoire Mais CIBRAV, c’est aussi un tiers de confiance. Un accompagnateur. Car se lancer dans le solaire en tant que particulier, c’est souvent s’aventurer dans une jungle de devis et de techniques. Et c’est là aussi que l’équipe intervient.
Ça veut dire que si moi j’ai envie de mettre des panneaux photovoltaïques sur ma maison, vous pouvez m’aider à trouver un prestataire parce que déjà ça c’est compliqué ?
Jean-Claude Carron : Oui, effectivement. Dans le cadre de l’accompagnement d’un particulier, l’aider à définir son besoin et la solution qui conviendra le mieux à ce besoin et ensuite l’aider à trouver plusieurs noms de prestataires et ensuite l’aider à analyser les devis qui ont été fournis.
Philippe Babinet : Quand ils font appel à plusieurs prestataires qu’on a pu leur conseiller, on peut regarder les devis avec eux et leur dire voilà, tel matériel est mieux que tel autre et les aider au choix. Mais le choix final, c’est eux qui le font.
Catherine Gilloz : Lorsqu’on a bénéficié de l’accompagnement de CIBRAV parce qu’on avait un projet photovoltaïque, ça a permis de pointer à la fois la façon dont on consommait et ce sur quoi on pouvait jouer parce qu’il ne suffit pas d’avoir une électricité plus ou moins gratuite donnée par le soleil, c’est aussi comment on consomme mieux, moins.
Marie-Cécile : Oui, parce qu’être en photovoltaïque, ça change sa manière de consommer.
Catherine Gilloz : Complètement. Oui, ça change sa manière de consommer parce que le soleil n’est pas là la nuit par exemple.
Marie-Cécile : Ah bon ? (rires)
Catherine Gilloz : Donc, ce qu’on pouvait consommer par exemple en heures creuses sur un approvisionnement électrique, enfin de l’énergie classique, là on le déplace au moment où les panneaux nous donnent beaucoup et c’est un apprentissage qui nous apprend à être plus sobre.
Marie-Cécile : Et alors concrètement, l’accompagnement du CIBRAV, ça s’est passé comment ?
Catherine Gilloz : Alors y’a une étude préalable de l’implantation de notre maison, de son orientation, des toits disponibles, des arbres qui pourraient gêner, enfin voilà, il y a tous ces aspects là. Il y a une étude aussi par CIBRAV, une étude très détaillée de notre consommation et du calibrage en fait de ce qu’il nous faudrait. Il y a ensuite un rapport extrêmement détaillé qui est fait sur notre situation avec un conseil. Après, c’est un dialogue, c’est vraiment un dialogue, c’est-à-dire que nous, on était vraiment plus centrés sur notre autoconsommation. L’idée, c’était de dire comment nous, on modifie nos habitudes et comment on peut être le plus autonome possible sur notre consommation énergétique.
Marie-Cécile : Et alors aujourd’hui, les panneaux solaires sont là ?
Catherine Gilloz : Les panneaux sont là, oui. Alors, il y a eu conseil aussi par rapport à l’installateur parce que CIBRAV a sélectionné un certain nombre d’installateurs qui nous semblent correspondre au cadre éthique auquel on tient. Et donc voilà, il y a eu un conseil par rapport à ça. On a choisi notre installateur et puis les choses se sont faites très facilement. Et ça fonctionne très bien.
Autoconsommation collective, le rôle clé des collectivités territoriales
Marie-Cécile : Accompagner les particuliers dans leur projet énergétique, c’est une chose. Mais pour fournir de l’électricité localement, il faut pouvoir construire des projets d’envergure. Et sans la confiance et l’engagement des élus, tout serait encore plus compliqué. Le défi que l’équipe de CIBRAV a aussi relevé, c’est de convaincre les collectivités territoriales de faire partie de l’aventure.
Les collectivités présentes dans CIBRAV, il y a la petite ville de Mazan, le village de Crillon-le-Brave, Bédoin, après vous avez la COVE, l’intercommunalité locale, vous avez le syndicat d’électrification du Vaucluse et le parc naturel régional du Ventoux. Tous ces projets n’auraient pas pu être réalisés sans l’action active de la part des municipalités.
Françoix-Xavier Lalire : La Mairie est entrée dans le jeu pour justement faciliter la rentabilité, avec des gros guillemets, bien sûr, rentabilité du système sur Bédouin, parce que c’est lui qui compensera, en consommant ou en relâchant, pour que tout le monde soit servi correctement.
Isabelle Lalire : Moi, je suis contente d’être dans les premiers signataires parce qu’on a le sentiment de lancer quelque chose, avec le soutien, c’est ce que j’ai appris ce matin, le soutien de la mairie, très fort, qui servira de matelas pour garantir le système qui est vertueux mais qui doit être aussi économiquement viable.
Marie-Cécile : Alain Constant, Maire de Bédoin et président de la COVE.
Alain Constant : Ce soir, c’est l’aboutissement d’un peu plus de 4 ans de travail. Alors, c’est vrai qu’on est habitué à ce que les projets soient longs. Mais il y a des projets qui nous tiennent à cœur et je dirais que quand ça dure, on trouve le temps trop long, mais ce soir, en fait, c’est l’aboutissement. Je le disais tout à l’heure, je suis heureux de constater effectivement que ce projet, ça y est, il est livré, on produit, je dirais un projet qui a plein de sens pour la commune et pas que et c’est une fierté ce soir de l’inaugurer.
L’énergie, je pense que c’est un sujet important sur tous les territoires. C’est tout simplement la voie, la voie qui commence à se tracer, faire réfléchir, faire prendre en compte la sobriété énergétique, des choses qui doivent évoluer dans la tête des gens. CIBRAV, c’est une SCIC, Société coopérative d’intérêt citoyen qui est basée sur la commune. Depuis un petit moment, ils avaient ce projet : de faire une centrale photovoltaïque, tout simplement une énergie verte, renouvelable, produite localement. Et on a eu la chance de pouvoir s’appuyer sur eux pour pouvoir monter ce projet.
On a trouvé le chemin, on a trouvé la voie qu’il fallait prendre justement pour arriver à cette étroite collaboration, ce partenariat et je dirais même ces liens qu’on a pu créer au fur et à mesure de cette aventure qui n’est jamais simple entre l’administratif, le technique, etc. Ce n’est pas toutes les communes qui ont une centrale photovoltaïque, ce n’est pas toutes les communes qui s’orientent vers l’autoconsommation collective, ce n’est pas toutes les communes qui ont CIBRAV chez eux. Donc oui, on est fiers !
Sensibilisation et éducation : Transmettre l’énergie aux jeunes générations
Marie-Cécile : Un autre des chantiers qui tient à cœur aux sociétaires de CIBRAV, c’est la transmission de leur savoir aux jeunes générations. Car la transition énergétique, c’est aussi une affaire d’éducation. En venant dans les classes de l’école de Bédoin, l’équipe n’a pas seulement expliqué les principes des énergies renouvelables, elle a semé des graines de conscience écologiques. Christophe Bernard, Frédéric Marsenat et les élèves de CM1 et CM2 de Bédoin.
Christophe Bernard : Philippe, il est venu me voir l’année dernière à l’école pour voir dans quelle mesure il pouvait intervenir avec le CIBRAV dans l’école.
Marie-Cécile : Vous avez dit oui tout de suite ?
Christophe Bernard : J’ai dit oui tout de suite puisque moi, ça fait partie aussi de mes engagements personnels, le respect de l’environnement et l’avenir de la planète.
Marie-Cécile : C’est des sujets que vous traitez dans les classes ?
Frédéric Marsenat : Oui, ça rejoint ce qu’on doit enseigner mais aussi nos valeurs personnelles bien sûr. Donc il y a eu plusieurs interventions en classe où le personnel de CIBRAV nous a présenté qu’est-ce qu’une énergie, au cours des âges comment l’homme a fabriqué et utilisé l’énergie pour en arriver à des notions d’économie, de développement durable, d’énergie renouvelable, non renouvelable avec quelque chose de concret au final qui est la construction d’un four solaire en classe donc qui permet une alternative aussi au four traditionnel.
Donc c’est un projet riche avec un début, une fin et je trouve que c’est très bien aussi que des gens viennent en classe pour relayer la parole du maître que ça ne passe pas toujours par le maître donc ça donne beaucoup plus de poids à tout le message. C’est un projet très riche et avec un aboutissement aussi en plus dans leur commune avec cette construction de cette centrale photovoltaïque.
Christophe Bernard : Déjà on a fait une première approche théorique donc ils étaient sensibilisés du coup les enfants ont bien accueilli tout ça puisque c’était quand même sous forme ludique, sous forme interactive et sous forme de jeu, donc tout ça les enfants ils y vont de suite et ils adorent ça donc ils ont très bien reçu ces animations.
Marie-Cécile : Et alors pourquoi c’est important de parler de l’énergie ?
Les élèves de Bédoin : Parce que c’est dur à fabriquer. Les énergies renouvelables et non renouvelables, renouvelables on peut le réutiliser jusqu’à l’infini ! Que les énergies non renouvelables, au bout d’un moment ça va s’épuiser.
Frédéric Marsenat : Pour mesurer la trace que ça laisse c’est toujours compliqué dans notre métier. Mais ils sont là. J ‘ai confiance en eux et on le voit bien quand on se retrouve avec d’autres anciens élèves etc. on voit bien qu’on laisse une trace voilà et moi je remercie mon directeur de m’avoir proposé cette collaboration.
Marie-Cécile : Il y a un bon travail d’équipe non ?
Christophe Bernard : Et oui, moi je dis donner du sens aux apprentissages par la pédagogie du projet c’est fondamental on le fait dans plein d’autres domaines mais là c’était vraiment très concret et c’est encore plus concret quand on est là aujourd’hui à cette inauguration.
Les élèves de Bédoin : Merci CIBRAV !!!!
Conclusion : L’énergie un bien commun à se réapproprier
Marie-Cécile : Un grand merci spontané simple et puissant aussi puissant que l’énergie qui va être produit à Bédoin et dans le Comtat Venaissin grâce aux sociétaires de CIBRAV. Un merci qui résume à lui seul ce que porte ce projet : de la technique oui ,des panneaux des ondulateurs, des compteurs certes, mais surtout du lien sur un territoire et la preuve que le collectif est une force qui peut avoir un réel impact.
Avec CIBRAV l’énergie n’est plus ce produit invisible qu’on consomme sans y réfléchir elle devient un bien commun, produit ici par et pour les citoyens et les citoyennes. Des ombrières de Mazan aux classes de Bédoin en passant par les salons des particuliers qui réapprennent à consommer, c’est tout un territoire qui se met en mouvement et qui reprend la main sur sa consommation et la production de son énergie. Alors, et si vous aussi, vous décidiez de franchir le pas, vous pouvez investir à votre tour en devenant sociétaire de CIBRAV, ou même proposer votre toit ou une autre surface à la location pour y installer des panneaux photovoltaïques. Pour avoir plus d’infos, vous pouvez vous rendre cibrav.fr pour contacter la super équipe qui porte ce projet.
Si vous n’êtes pas basé·es autour du Ventoux, renseignez-vous : il y a d’autres projets qui existent un peu partout en France. J’espère que cet épisode vous aura donné une belle énergie pour amorcer cette rentrée en pleine forme. Je suis Marie-Cécile alias Esperluette l’anthropologue du quotidien et je vous dis à très bientôt je l’espère-luette évidemment.




