Se mettre en mouvement pour préserver sa santé mentale
On imagine souvent la douleur chronique comme une immobilité forcée. Pourtant, c’est parfois dans le mouvement, même infime, que l’on arrive à se reconnecter à son corps et qu’on se libère l’esprit.
En France, on estime à 23 millions le nombre de personnes vivant avec des douleurs chroniques. Derrière ce chiffre colossal, ce sont des vies suspendues, des projets mis en pause, et trop souvent, une santé mentale qui se dégrade en parallèle.
Pourtant, il existe des espaces où ce silence se brise, des lieux où l’on ose à nouveau bouger, non pas pour réaliser une performance, mais par avancer tout simplement. C’est ce que propose l’association Vivre Doul’heureux au quotidien.
Comment rester en mouvement et préserver sa santé mentale quand son propre corps devient un obstacle ?
Dans cet épisode, réalisé à l’occasion du Podcasthon, je retrouve avec plaisir deux de mes invitées de l’année dernière, Sandrine & Delphine, accompagnées d’Isabelle et Cécile, pour continuer la sensibilisation autour de la gestion des douleurs chroniques.
En octobre dernier, à l’occasion des Semaines d’Information sur la Santé Mentale, l’équipe de l’association Vivre Doul’heureux au quotidien a proposé des temps d’échanges et des ateliers autour du lien entre douleurs chroniques, activités physiques et santé mentale.Quand on souffre, on a tendance à rester statique pour de multiples raisons.
A cause de la douleur bien évidemment qui bloque le corps, mais également de la pression sociale, du manque d’écoute et de connaissance sur tout ce que la douleur a comme impact sur une vie, à cause de l’isolement aussi subi par bon nombre de malade, douloureux ou non.
Ici, elles parlent sans filtre de ces réalités et de comment le collectif, permet de déposer ce qui pèse, pour retrouver une forme d’élan, pour réussir à se remettre en mouvement.
Écoutez, vous allez comprendre !
Soutenir l’association Vivre Doul’heureux au quotidien, c’est aussi reconnaître que la douleur chronique est un enjeu de société majeur. C’est permettre à d’autres de sortir de l’isolement et de retrouver, à leur rythme, le chemin du mouvement.
Un immense merci à la CPAM et à l’ARS du Vaucluse pour leur soutien qui a rendu possible ces actions lors des SISM 2025 et la réalisation de ce podcast.
Merci à Sandrine, Delphine, Isabelle et Cécile pour leur confiance, leur lucidité et leur bonne humeur communicative.
À venir : Art et Santé Mentale en 2026
L’aventure ne s’arrête pas là. Si vous êtes dans le Vaucluse, notez déjà cette date : octobre 2026. À l’occasion des prochaines SISM, l’association vous donnera rendez-vous autour d’un nouveau fil rouge : l’Art et la Santé Mentale. Un programme est en préparation pour continuer à faire sortir du silence les personnes douloureuses et leur offrir de nouveaux espaces d’expression et de mouvement.

Les références citées dans l’épisode
Florence Servan-Schreiber et les trois kiffs par jour
La course l’Avignonnaise
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Produit par Marie-Cécile Drécourt
Productrice de podcasts depuis 2018 et anthropologue de formation, je crée des récits audio qui mettent en lumière les personnes, les métiers, les initiatives et les liens qui tissent notre quotidien.
Avec Esperluette, j’explore des histoires humaines, sociales, artistiques ou solidaires, ancrées dans le Vaucluse… et au-delà.
Forte de 20 ans d’expérience en communication et narration, j’accompagne également les entreprises, associations et indépendant·es dans la création de contenus audio authentiques, sensibles et pédagogiques.
👉 Plusieurs manières de travailler avec moi :
Épisode dédié dans Esperluette : un format sensible pour mettre en lumière votre mission, vos valeurs ou vos engagements.
Le Podcast Suspendu® : un dispositif solidaire pour offrir un épisode à une association ou une initiative qui vous tient à cœur.
Podcast en marque blanche : je conçois et produis votre podcast de A à Z, pour porter votre voix et vos histoires.
Accompagnement / Formation : je vous aide à créer et structurer votre podcast en toute autonomie, avec méthode et bienveillance.
Pour les malentendant·es ou celles & ceux qui préfèrent lire, l’épisode est entièrement retranscrit ci-dessous :
Je suis Marie-Cécile, alias Esperluette, l’anthropologue du quotidien. Et aujourd’hui, à l’occasion du Podcaston, je retrouve avec plaisir deux de mes invités de l’année dernière, Sandrine et Delphine, accompagnées d’Isabelle et Cécile, pour continuer la sensibilisation autour de la gestion des douleurs chroniques. En octobre dernier, à l’occasion des semaines d’informations sur la santé mentale, l’équipe de l’association Vivre douloureux au quotidien a proposé des temps d’échange et des ateliers autour du lien entre douleurs chroniques, activités physiques et santé mentale. Quand on souffre, on a tendance à rester statique pour de multiples raisons. A cause de la douleur, bien évidemment, qui bloque le corps, mais également de la pression sociale, du manque d’écoute et de connaissances sur tout ce que la douleur a comme impact sur une vie, et à cause de l’isolement aussi subi par bon nombre de malades, douloureux ou non. Dans cet épisode, on parle sans filtre de ces réalités et de comment le collectif permet de déposer ce qui pèse pour retrouver une forme d’élan et réussir à se remettre en mouvement. Allez, je laisse les quatre pipelettes se présenter et vous parler de leur réalité face à la maladie. Écoutez, vous allez comprendre.
Qui sont ces femmes vivant avec des douleurs chroniques ?
Cécile : Moi, c’est Cécile, j’ai 50 ans, douloureuse chronique, multi-pathologique, notamment pathologie de la vessie. J’ai des grosses migraines avec des névralgies d’Arnold. On est en recherche de maladies auto-immunes actuellement. Et j’ai aussi une pathologie de la mâchoire où je suis en perte actuellement de mes dents.
Isabelle : Isabelle, j’ai 59 ans, je suis douloureuse chronique depuis l’âge de 23 ans. J’ai commencé par deux hernies discales. Je souffrais de fortes douleurs au niveau du dos. J’ai eu de l’algodystrophie à une main. J’ai fini par être diagnostiquée fibromyalgique.
Delphine : Delphine Gosset, je suis la cofondatrice de l’association Vivre Doul’Heureux au quotidien qui existe bientôt depuis trois ans, et je suis une douloureuse chronique. Donc l’association a été créée par des personnes douloureuses chroniques. Et on est aussi des professionnels du médico-social.
Sandrine : Sandrine, j’ai 57 ans. J’ai de multiples pathologies dont une fibromyalgie. Je suis en rémission d’un cancer du sein et j’ai rejoint l’association il y a deux ans et demi. J’ai rejoint le programme qui m’a énormément apporté, notamment pour m’apprendre à ralentir parce que c’est mon gros défaut. Je suis hyperactive. Et ralentir en étant écoutée, en écoutant, en se posant les bonnes questions.
L’isolement social et la solitude face à la maladie
Marie-Cécile : Elles parlent de pathologies, de diagnostics, de noms médicaux parfois lourds à porter. Mais derrière ces mots, ce qui arrive très vite, ce n’est pas seulement la douleur, c’est surtout l’isolement.
Cécile : Avant, c’était beaucoup d’isolement. Je ne voulais pas trop participer aux sorties avec ma famille. Je refusais beaucoup les sorties avec les amis. Notamment quand j’ai les migraines, je refusais beaucoup de choses. Il faut savoir que je m’auto-sondais par rapport à mes problèmes de vessie avant, donc j’ai été soumise à des horaires bien spécifiques. Ma vie était réglée avec ces auto-sondages. Encore de l’isolement ! Et puis j’avais tendance aussi à me jeter sur les médicaments qui étaient pour moi une béquille de secours pour m’aider par rapport à la douleur.
Isabelle : Les douleurs chroniques m’handicapent au quotidien ne pouvant plus travailler. Avant de rencontrer l’association et Delphine, j’étais en impasse. Et ce dont je me plaignais le plus, c’était la solitude. Parce que pas de la région, parce que mari en déplacement professionnel, pas de famille autour. Et en fait, j’ai rencontré un groupe dans lequel je me sentais à l’aise.
Le système médical et la perte de confiance en son corps
Sandrine : Étant soumise par nos douleurs au monde médical. Quand je dis soumise, c’est vraiment ça. C’est qu’il y a une part de nos vies qui nous échappe. Il faut que vous preniez en main. Il faut faire de l’activité physique. Il faut, il faut. Mais comment ?
Marie-Cécile : Comment fait-on quand on n’a plus confiance dans son corps ? Quand chaque rendez-vous médical rappelle ce qui ne fonctionne pas, mais ne donne pas forcément de solution, à part les médicaments. Comment fait-on aussi quand l’entourage peine à comprendre les réalités de la maladie ?
Delphine : Les gens, ils n’imaginent même pas tous les impacts qu’une personne douloureuse, chronique ou pas finalement, d’une personne douloureuse. La douleur, elle est commune à plein de choses. Mais le financier, le social, le familial, le professionnel, le lien avec les enfants, je veux dire, ça vient tout exploser ! Parce qu’on est dans cette spirale infernale de la douleur. On a mal, on ne pense qu’à ça. On ne pense qu’à ça, le corps parle, ça vient dans la tête. Je veux dire, et on est là-dedans. Et sortir de ça, je veux dire, c’est…
On est purement sur de la santé mentale. Alors santé mentale, souvent, on fait peut-être l’amalgame, à chaque fois avec la psychiatrie pure. Mais on est sur de la santé mentale. D’ailleurs, on est souvent soigné aussi avec des antidépresseurs quand on est douloureux, ça en fait partie. C’est l’émotionnel. Il y a la fatigue. On parle assez peu aussi de tous les problèmes cognitifs. Au niveau de la mémoire, je veux dire, c’est parce qu’on en a parlé dans un groupe que certaines participantes ont dit : « mais c’est normal, ça fait partie de la douleur chronique? ». Ben oui, problème de concentration, de mémorisation. Et de se dire, on n’est plus compétitif au niveau emploi comme on était avant, donc forcément, la rentabilité, il y a une lenteur, il y a tout ça. Mais c’est normal, mais il faut le dire tout simplement ! Et donc, on en parle, on dit, mais c’est bon, on n’est plus dans cette culpabilité. On comprend, on se positionne autrement. Ah oui, j’ai compris, c’est vrai.
Sandrine : Et puis même d’avoir eu l’algologue qui nous a expliqué qu’une douleur chronique, à un moment donné, ce n’était pas la même chose qu’une douleur. C’est-à-dire que la douleur, c’est hop, je me fais mal, le corps réagit, il nous envoie un message. Là, comme elle s’installe, il y a une espèce de court circuit au niveau de notre cerveau qui fait que la boucle est activée en permanence. Un petit peu comme le membre fantôme, quand on continue à avoir mal. Un membre qu’on a pu. Et là, c’est une boucle qui s’active. Et le jour où il nous a dit ça, je l’avais dit à Delphine, je me suis pris une claque monumentale, mais une claque bienfaisante.
Cécile : On est dans une boucle infernale, en fait. Il y a le médical, il y a tout ce qui parasite autour, le paramédical, les kinés, il y a tout ça. On est dans tout un enchaînement de rendez-vous médicaux. Quand on le vit, moi, je le vivais comme un enfer. Et je ne voyais jamais, jamais le bout. Et quand j’étais à la réunion, je me suis dit, il va peut-être falloir que tu te bouges un petit peu, que ça passe par toi, pour peut-être vivre les choses autrement. Peut-être que si ça vient de toi, que tu le vis différemment, et que si moi, je suis plus actrice de ce que je fais pour moi, ça sera vécu peut-être différemment. Que d’aller au rendez-vous, d’être passive. Et effectivement, je crois que quand on est plus actrice, et quand je participe aux ateliers et que je fais les choses, je prends plaisir à le faire. Et la douleur, elle passe totalement différemment et on l’oublie.
Sandrine : On reprend en main notre vie. On reprend en main nos pathologies. On reprend en main nos douleurs. Et on devient actrice. Chose qu’on nous a quelque part confisquée et qu’on ne se laissera plus confisquer. Et ça, on le sait, et on le sait en collectif. Et ça n’a pas de prix.
Douleur chronique et sport : reprendre le mouvement à son rythme
Marie-Cécile : Devenir actrice de cette vie à reconstruire grâce à la force du collectif, c’est ce que l’association Vivre Doul’heureux au quotidien propose. Et l’une des pas importantes de la reconstruction, c’est de se remettre en mouvement.
Isabelle : Moi, j’ai toujours aimé le sport. J’étais plutôt sportive. Quand j’étais vraiment bloquée, j’ai passé une année couchée où j’ai réappris à marcher. Et c’était marcher autour de la table, marcher jusqu’à la poubelle, marcher jusqu’à à peu près une heure de marche. Mais la marche, quand on aime vraiment le sport, c’est lassant. Delphine, la première fois que je l’ai rencontrée, m’a proposé de faire une émission radio. Et c’était la première fois que quelqu’un me disait « Tu peux t’inscrire, si tu peux, tu viens. Et si t’es vraiment trop douloureuse, tu ne viens pas. » Et c’était la première fois que je retournais à Avignon en voiture, seule, en conduisant plutôt. Et c’était pour moi inespéré de pouvoir retourner à Avignon en voiture. Et après, il y a eu plusieurs expériences comme ça qui ont fait que je me suis rendue compte que je pouvais à nouveau faire des choses que je ne faisais plus. Entre autres, participer à l’Avignonnaise. Et j’étais la plus heureuse de pouvoir… C’était pour moi impossible. Il y a eu plusieurs étapes qui ont fait comme ça. Là, j’ai été l’an dernier en crise et j’ai pu compter sur les pipelettes pour m’aider. Et c’était lourd à porter. Et depuis octobre 2025, c’est récent, je vais à nouveau beaucoup mieux. Mais aussi grâce à elle, pas que, mais aussi grâce à toutes. Et j’ai pu… Un exemple qui était marquant pour moi cette année, le 31 décembre, j’ai pu m’inscrire à un réveillon avec des amis que je ne voyais plus parce qu’elles m’invitaient. Mais je me disais, si tu ne peux pas y aller, il y a de l’argent qui est engagé. Et là, je me suis inscrite en me disant, ben, j’y vais, tant mieux. Si vraiment je suis dans la difficulté, je n’irai pas. Et on y est allé avec mon mari. J’ai tenu jusqu’à 4 heures du matin. J’étais presque la dernière sur la piste de danse.
La pression sociale et le regard des autres sur le handicap
Marie-Cécile : L’objectif, c’est de se remettre en mouvement à son rythme. Mais dans une société qui valorise la performance, les exploits, le toujours plus et les médailles, comment reconnaître la valeur de chaque petit pas alors que les regards extérieurs ne reconnaissent pas toujours ces micro-victoires ?
Isabelle : C’est vrai que perdre la marche, au bout d’un moment, moi, j’avais des personnes qui me disaient, mettons, pendant les JO aux Paralympiques, qui me disaient, mais regarde-elle ce qu’elle a et elle continue à faire du sport. Pour moi, c’était culpabilisant. Même avec un gros handicap, le mien à côté était tout petit, ils arrivaient à pouvoir s’inscrire aux JO, aux Paralympiques. Et moi, ce n’est d’ailleurs pas ce que je vise du tout, c’est me détendre, c’est retrouver mon corps, il est plus droit, en me regardant dans le miroir, en appréciant. Et ce qui m’aide, maintenant, je pense qu’au bout de deux ans et demi, c’est que je souhaite vraiment, et je sais maintenant, que je vais faire plein de choses. Moi, je vais avoir 60 ans au mois de mai. Et la soixantaine, tout est à venir le meilleur.
Marie-Cécile : C’est hyper important, ce que tu dis, Isabelle, de se dire, oui, on nous montre souvent des gens qui réussissent à faire les Paralympiques, à faire de la compétition, à reprendre du sport malgré un cancer, malgré des maladies ou des pathologies très lourdes. Et c’est vrai qu’on se dit, moi, je n’y arrive pas, alors que j’aime pas du tout ça, mais moi aussi, je le dis, un petit problème de santé. En fait, d’essayer de comprendre que chacun, chacune, vit sa maladie à sa manière. Et en fait, on a tous le droit de ne pas réussir à finir aux Jeux Paralympiques.
La douleur invisible et le droit de rire sans culpabiliser
Delphine : On parle d’invisibilité. C’est vrai que là, on est tout autour de la table. Ça ne se voit pas qu’on est des douloureuses, mais quand on est en crise, on y est bien. Et après, c’est difficile pour l’entourage. Combien de fois, je dis aux adhérentes, mais souvent, nous, on est en colère contre nous, contre notre maladie, et on est en colère contre le monde entier, parce que le monde entier ne comprend pas ce qu’on vit. Mais ils ne peuvent pas. Donc, de venir expliquer ce qu’on vit. Et moi, il y a quelque chose qui m’avait fait… Je n’arrête pas d’en parler. C’était une adhérente, une participante qui m’a dit quand on vient à l’association, dans le groupe, on peut se permettre de rire. Parce qu’elle dit que quand on est dehors, on ne rit pas. Je dis, ah bon, pourquoi ? Elle dit, parce que quand on a le malheur de sourire, les gens, ils pensent qu’on n’a plus mal ou qu’on fait semblant et qu’on est guéri. Alors que ce n’est pas parce qu’on sourit pendant dix minutes qu’on n’a plus mal. Mais on peut rire. Mais alors, dans le groupe, on se permet d’éclater de rire. On pleure de rire. Moi, des fois, j’ai mal à la mâchoire. Alors, pas de douleur, mais parce que je ris. C’est quand même toujours des douleurs. Mais bon, celle-là, on s’en moque. On l’aime bien. Mais c’est de se dire, mais là, on peut se permettre de rire, Delphine. Et là, j’ai réalisé, en disant, bah oui, parce que la société, quand tu veux te faire reconnaître douloureux, t’as intérêt de montrer que t’es toujours douloureux. Il y a un problème de reconnaissance, d’invalidité, tout ça. Et si tu montres à un moment donné que tu vas bien, déjà qu’en face, ils ont du mal à comprendre. Oui, parfois, je peux aller bien
Sandrine : parce que là, ça va mieux.
Marie-Cécile : La douleur chronique est souvent invisible. Et ce qui ne se voit pas doit parfois se prouver. Dans le groupe, en revanche, il n’y a pas besoin de prouver quoi que ce soit. On peut en parler sérieusement ou en rire. Et ça, ça libère le corps et l’esprit.
Lien entre santé mentale et douleur : gérer le stress et les émotions
Delphine : Qu’est-ce qu’on vient traiter pour aller mieux ? On vient traiter le corps et l’esprit. Donc, pour ma part, en tout cas, je sais que le stress va venir… Mon corps parle à ma place, en fait. Moi, j’ai des sciatiques régulièrement si je ne gère pas mon stress. Donc, je peux rester paralysée dans le lit mais le sachant. Oui, souvent, on dit c’est dans la tête ou on a beaucoup d’adhérentes dites on m’a encore dit que c’est dans la tête. Bien sûr, c’est dans votre tête. Votre cerveau, il est où ? Il est là-haut. Donc, les liens corps et esprit, c’est un tout. Et l’association, quelque part, on est ce petit moteur là pour permettre à une personne de se poser et lui donner cette petite énergie où on parle toujours de vélo électrique, en fait. Ils vont toujours pédaler. Les gens continuent toujours à pédaler et sont obligés. Mais le fait de l’assistance électrique, ça va venir soulager.
Cécile : Ça aide. Maintenant, on sait qu’il y a plusieurs seuils de douleur et qu’on peut très bien aller mieux mais faire 10 pas en arrière et revenir au stade initial et en refaire 10 en avant. La douleur, c’est pas linéaire. Et ça, maintenant, une fois qu’on l’a accepté, c’est différent.
Delphine : Et puis d’avoir des techniques pour après l’appréhender différemment. C’est ça. Des techniques et puis au lieu de se taire, avoir appris qu’on pouvait en parler à des gens. Voilà. Qu’on n’était pas seul et qu’on pouvait communiquer sur ça et qu’il ne fallait pas rester seul. Je ne veux pas
Marie-Cécile : vous appeler quand il y en a une qui se retrouve en crise.
Cécile : Ah oui.
Marie-Cécile : Ah oui. Il y a cette possibilité, cette liberté-là parce que je pense que c’est clairement une liberté de dire que j’ai des gens à qui je peux en parler.
Isabelle : Moi, je sais que pour moi, je n’en avais pas pris autant conscience, je le savais, mais que les émotions, le gros stress, ça peut déclencher des grosses crises. L’exemple, moi, du cancer, ce que j’ai vécu, c’est un peu le classique, opération, 33 séances de rayons, ce qui a été compliqué, ça, c’est bien pour le cancer, je ne sais pas si c’est bien ou mal, mais il y a un début, il y a une fin, il y a un protocole et on est pris en charge. Si on a vraiment un souci, moi, ce qui a été compliqué pendant le cancer, ce n’était pas le cancer, c’était que j’ai eu une crise de fibromyalgie comme je n’ai jamais eu. Alors, faire expliquer que moi, j’ai très mal au dos parce que quand je suis en train de faire des rayons qui durent 5 minutes, chaque jour, je me fais un peu plus mal au dos pour me relever, ça, on ne comprend pas. Au début, on essaie, puis après, c’est compliqué. Et la douleur, c’est quelque chose, le stress, les émotions, par contre, je peux jouer là-dessus. Là, je n’ai pas pu jouer là-dessus en novembre 2024 parce que j’ai eu un deuil qui m’a vraiment choquée, que je n’ai pas pu verbaliser ou je n’ai pas pu aller à l’enterrement. Là, je n’ai plus rien géré et c’est parti avec des douleurs intenables. Je sais également que la météo joue énormément. Par contre, la météo, je ne peux pas. Je n’agis pas sur la douleur. Par contre, je sais que si la météo est vraiment mauvaise, si c’est humide, c’est les poignets. Si c’est le vent, c’est le dos. Donc, j’adapte. C’est-à-dire… Tu fais des prévisions ou pas ? Ah non, mais je suis une grenouille. Mais moi, je sais avant de me lever si c’est très humide. Mais c’est vrai. Je le sens partout
Marie-Cécile : au niveau des articulations. Mais ça, c’est parce que maintenant, tu as une connaissance de ton corps et de ce qui se passe. tu te connais de mieux en mieux. Et ça, c’est une force, finalement.
Sandrine : Oui, tu le sais. Tu sais à quoi c’est dû. Et puis, on se dit, ah, il fait humide aujourd’hui. Ah, j’ai mal. Mais bon, dès qu’il va faire beau, ça va rebaisser. Et voilà, on sait comment ça va se réguler.
Cécile : En fait, c’est tout le temps, il y a des petits dépassements et c’est tous les jours, on se dit, oui, ça y est, un petit progrès de plus. Et même si c’est minime, moi, je trouve ça génial. Même les petits challenges qu’on se fait, voilà, quand on fait l’Avignonnaise, quand on fait des projets ensemble avec l’association, c’est des petites choses qu’on fait, mais on y arrive et c’est des petits plus qu’on fait ensemble.
Delphine : Mais on a du mal à les voir au début. On est tellement la tête dans le guidon que voir ces petits plus, on ne les voit plus quand quelqu’un me dit mais j’ai mal tout le temps. Je suis sûre qu’il y a cinq minutes dans la journée où tu n’as pas mal. Il y a cinq minutes où tu fais quelque chose, c’est de la pleine conscience, je veux dire, voilà, on est sur cette pleine conscience et c’est tout ce qu’on fait, se recentrer. Donc souviens-toi que tu es déjà passé par là et qu’il y a un après. Et donc ça permet de se poser, d’être dans l’acceptation, ok, mais après, on parle de ressources et on rit énormément. Je veux dire, on peut rire de nous. On rigole aussi. Voilà. On transforme. Nos douleurs,
Sandrine : on les transforme, on les transcende. Je ne sais pas comment on peut dire finalement. On parle beaucoup de cheminement.
Delphine : Quand on arrive dans la douleur, on pense qu’on va voir la solution miracle que ce soit le médecin. On cherche. On cherche la pilule magique et à la fois, on va avoir plein de thérapeutes, des bons et des moins bons. Je veux dire, on teste tout jusqu’à ce qu’on trouve la solution miracle et on ne la trouve pas. Si ce qu’on trouve, c’est qu’on réalise qu’on a notre part à jouer.
Marie-Cécile : Rester en mouvement quand son propre corps
Delphine : est à connaître nos limites pour arrêter de vouloir aussi constamment les dépasser et se mettre dans le mur. Déjà de savoir où sont les limites et tout doucement, on ira les dépasser. Voilà, c’est un cheminement. Et on parle d’activité physique ou de sport. C’est vrai que le mot sport, nous, on ne l’emploie pas trop parce que généralement, quand on a mal, le sport, ça fait peur. Donc, on est dans des activités de mouvement. Donc, dans l’association, on a plein d’activités psychocorporelles et ça peut passer par la danse. On fait tout ça, en fait. On le fait. Aujourd’hui, je dis, il n’y a pas d’impossible. Le sport, on peut le faire. En tout cas, le mouvement, on peut le faire assis, allongé, debout, peu importe. Il faut qu’on trouve sa méthode. Il faut qu’on trouve sa discipline, ce qui nous fait du bien aussi. C’est pour ça qu’il y a un panel de possibles. C’est à chacun de faire un peu sa petite recette. Mais pour moi, le mouvement, il va au-delà d’une activité. Mettre affaire entre sa maison et Avignon, je lui dis, et on ne se connaissait pas. Je lui dis, écoute, moi, je vais à une émission. Viens avec moi si tu veux. Mais si tu ne peux pas, moi, j’ai un plan B, un plan C et tu verras.
Marie-Cécile : Mais de laisser la possibilité.
Delphine : La possibilité. Et le mouvement, il est là, en fait. Il n’est pas que se dire une activité physique. Le mouvement, il est déjà. Isabelle a pris sa voiture. Elle a fait le trajet. Elle s’est garée. Elle a marché un peu jusqu’à la radio. Elle a fait l’effort de… Et le mouvement, il est physique et psychique. Tout simplement.
Astuces concrètes pour gérer une crise de douleur
Marie-Cécile : Pendant l’interview, elles m’ont toutes parlé d’astuces qu’elles ont quand elles ont une crise pour tenter de réduire la douleur, voire de l’oublier. Je n’ai pas pu m’empêcher de leur demander de nous partager certaines de ces astuces.
Delphine : Alors moi, quand je suis en crise, quand j’ai mal, moi, je randonne. Moi, j’ai besoin d’aller marcher dans la nature et de faire en pleine conscience.
Marie-Cécile : Parce que moi, quand j’entends crise, je me dis, je me mets dans mon lit et je me soucis une couette et je veux voir ça.
Delphine : C’est assez rare que moi, je vais marcher, je vais me faire mal. Et le fait d’aller me faire mal, c’est un peu maso peut-être, mais le fait d’aller me marcher et me faire mal, ça me fait du bien. Et ça me fait du bien dans la tête parce que je suis dans la forêt et je suis avec mon chien. Donc, on se balade aussi avec des fois les adhérentes. On fait des balades avec des chiens. Et ça, ça fait du bien.
Sandrine : La méditation de pleine conscience. J’ai découvert la chaîne de Cédric Michel sur YouTube. Et comme il propose tout un panel, quand ça va bien, je fais vraiment la méditation avec les scans corporels et les visualisations. Quand ça ne va pas bien, j’ai au moins, il a mis en place aussi des visios où il y a des enregistrements, où il y a de la musique à une certaine fréquence. Et ça, ça me permet au moins de faire ça. Il va se centrer sur le ici et maintenant et sur la musique qu’il va entendre. Et déjà, ça, c’est… Moi, c’est mon astuce.
Isabelle : Quand moi, je suis bloquée du dos, maintenant, ce que je sais et que je ne savais pas et qu’on ne disait pas il y a 25 ans ou plus, parce que ça fait plus que ça que je souffre du dos, c’est surtout ne pas rester couché. Donc, je me lève, j’essaie de marcher. Si le temps le permet, si le temps ne le permet pas, je vais même dans des zones commerciales faire des allers-retours. Ça, c’est quelque chose d’hyper positif. Moi, je sais également, Delphine, elle a rencontré énormément de personnes depuis deux ans et bien avant. Et entre autres, on a assisté à une conférence également de Florence Servan-Schreiber où on a parlé de psychologie positive. Moi, je suis restée scotché et au bout de cette conférence, j’ai appris ce que c’était la psychologie positive. Ce n’est pas la méthode Coué. Et c’est quelque chose que j’utilise. J’essaie, j’essaie, je n’y arrive pas tout le temps. À la fin de la journée, quand il y a des choses qui ne se sont pas bien passées, on m’a dit des mots qui m’ont blessée. Qu’est-ce qui s’est passé de bien, de positif dans la journée ? Essayer, par contre, quand je fais les séances, que ce soit de relaxation, j’ai fait également de la cohérence cardiaque, et qu’on a fait beaucoup de choses, c’est de sourire. Même quand j’ai mal, même quand je vais faire du sport adapté, j’ai mal, je me souris à moi, pas forcément, mais aussi de sourire quand on voit quelqu’un aussi. C’est mieux que de faire la gueule, comme tu disais. Là, on a toutes les chances d’avoir un sourire en face et que ça ensoleille un petit peu notre journée.
Limiter surtout les traitements, parce que j’ai eu énormément de morphine. C’est surtout pas me jeter sur les médicament, essayer tout : la bouillotte, le TENS, demander à Cécile si elle était dispo pour pouvoir l’appeler, pour pouvoir déposer un petit peu tout ça. C’est nettement mieux que la morphine. C’est pas remboursé par la sécu, mais on va y penser. Et également, moi aussi, malgré tout, parce que le cancer, ça m’a fait quand même réfléchir. J’ai une sophrologue qui me disait est-ce que ça n’a pas été un cadeau quand elle m’a dit ça ? Mais j’ai réagi. Ah non, c’est pas un cadeau, j’ai un bout de sang au moins. C’est pas forcément un cadeau. Mais si, parce qu’il y a plein de choses qui ont avancé et de rencontrer l’association, ça a été un cadeau. C’est… C’est la façon de le voir positive. Et si je n’avais pas eu ce cancer, et si je n’avais pas rencontré l’association, il y a plein de choses qui se seraient pas passées.
Cécile : Et moi, ma petite astuce, c’est personnel, c’est écouter un petit peu de musique. Moi, j’aime bien la musique latine. Et regarder mes photos de voyage. Voilà, parce que c’est pareil, depuis de nombreuses années, je ne voyageais plus. Et depuis quelques temps, je me remets à voyager avec mon mari. Et du coup, je me remets les photos de voyage quand je suis vraiment très très douloureuse. C’est ma petite bulle. Et ça me permet de m’évader un petit peu et d’oublier un petit peu les douleurs.
L’association Vivre Doul’heureux : un modèle collectif à soutenir
Marie-Cécile : Ces stratégies individuelles se construisent dans l’échange, dans l’écoute, dans la reconnaissance mutuelle. Ce que ces femmes décrivent, c’est aussi un modèle collectif qui fonctionne depuis plusieurs années et qui aimerait se dupliquer pour permettre aux 23 millions de douloureux en France de changer leur regard sur leur pathologie. Alors, que peut-on souhaiter à l’association ? Qu’est-ce qu’on souhaite les filles à l’association ?
Delphine : Alors oui, c’est d’avoir des sous et pouvoir embaucher parce que là, c’est bénévoles qu’on fait tout ça. Ça prend beaucoup, beaucoup de temps. À côté, il faut travailler pour gagner sa vie, survie. Les bénévoles qui m’aident, c’est des professionnels. On est tous des professionnels du médical, du paramédical ou du bien-être. Donc, c’est des personnes aussi qui ont besoin de vivre.
Sandrine : Depuis trois ans, il y a de la visibilité. Donc, on a pu d’ailleurs
Delphine : bénéficier de soutien financier de la CPM, du Vaucluse et de l’ARS pour les projets du SISM 2025. Donc, 2026…
Marie-Cécile : Cette année, c’est autour de l’art,
Delphine : c’est ça ? L’art. Donc, on a forcément déjà des tonnes d’idées. Et puis, en plus, les semaines d’information santé mentale tombent au mois d’octobre et au mois d’octobre, c’est la journée mondiale contre la douleur. Donc, l’année dernière, on l’a fait. Cette année, on a bien envie de faire une espèce de spectacle avec l’art aussi. Donc, voilà, il y a l’association qui amène beaucoup d’actions bénévoles. Les gens, ils ne payent pas. Il y a quelques actions. L’adhésion à l’association, c’est combien ? C’est 15 euros par an. Il y a quand même beaucoup d’actions gratuites. Il y a des ateliers où on demande symboliquement 18 euros, mais ça dure deux heures et demie, trois heures, l’atelier, avec des vrais professionnels. Mais je parlais de services sociaux, on aimerait bien avoir de la coordination, d’avoir une infirmière pour faire de l’éducation thérapeutique. Et on travaille avec le territoire, on conventionne avec beaucoup de partenaires locaux, des associations, parce qu’on parle de décloisonnement. Pour nous, travailler avec des structures de sport, c’est important. On travaille avec des autres associations, je travaille beaucoup avec Graines de santé qui sont sur un territoire où c’est un peu plus désertique là-bas au niveau des médicales. Donc on veut aller sur Mazan, on veut aller sur Pertuis, on veut aller sur Valréas. Le Vaucluse est étendu et donc on veut aller sur les autres régions et il nous faut des relais. Et on travaille beaucoup avec Manoleta. Et puis voilà, l’école d’ostéopathie, ça me prendrait un quart d’heure de dire tous les partenaires. Mais ils sont déjà nombreux
Marie-Cécile : et ça aussi, ça montre qu’il y a une volonté en tout cas de peut-être travailler tous ensemble pour que ça change.
Delphine : C’est ça. Et puis on est tous complémentaires, on travaille dans le même sens. En fait, c’est apporter un mieux-être aux personnes et répondre à un gros problème sociétal. Surtout. Parce que là, ce qu’on fait, il n’y a personne qui le propose.
Marie-Cécile : Et puis peut-être de convaincre aussi les douloureux de contacter l’association parce que je pense qu’on a bien entendu avec vous trois qu’il y avait un vrai impact positif.
Sandrine : Ah totalement. Je ne me vois pas vivre aujourd’hui sans les pipelettes et sans l’association. Honnêtement, c’est devenu une donnée essentielle.
Conclusion de l’épisode
Marie-Cécile : Voilà, il est temps de quitter les pipelettes, vous vous doutez bien que la discussion a encore continué après l’enregistrement et toujours dans la bonne humeur.
Cet épisode est la démonstration que le collectif peut changer le regard que l’on porte sur son propre corps. Que le mouvement n’a pas besoin d’être grand pour être une réussite, que la santé mentale et la santé physique ne sont pas deux mondes séparés.
Cet épisode a été enregistré à l’occasion du Podcasthon, une initiative solidaire qui rassemble chaque année des milliers de podcasts dans le monde pour mettre en lumière des associations et encourager l’engagement.
Cette année Esperluette s’est tournée vers cette magnifique asso Vivre Doul’heureux au quotidien qui comble un énorme manque dans la gestion des douleurs chroniques et ça mérite bien de leur donner à nouveau la parole.
Si ce que vous avez entendu vous a touché, vous pouvez soutenir l’association.
– Par un don.
– Par du bénévolat, s’engager c’est être dans le mouvement également. Pour exemple, les pipelettes, sont non seulement adhérentes mais elles sont maintenant devenus des paires aidantes pour pouvoir accompagner à leur tour les douloureux et douloureuses qui rejoignent l’association. L’association a toujours besoin de nouveaux bras et cerveaux pour l’aider à se développer comme il se doit.
Vous pouvez simplement également relayer leur travail en partageant cet épisode à vos amis, famille, réseau…
Et d’ailleurs je remercie la CPAM et l’ARS du Vaucluse pour avoir rendu possible les actions réalisées lors de la Semaine d’information sur la santé mentale en 2025 et ce podcast.
Et si vous souhaitez aller plus loin, je vous invite à écouter ou réécouter les portraits de Sandrine et de Delphine enregistrés l’année dernière. Enfin, si vous êtes dans le Vaucluse, l’association vous donne rendez-vous en octobre 2026, à l’occasion des SISM. Cette fois-ci, le fil rouge sera l’art et la santé mentale et il y a un très beau programme qui se prépare. Encore une manière de faire sortir du silence les personnes douloureuses et leur donner l’occasion de se remettre en mouvement.
Merci à Sandrine, Delphine, Isabelle et Cécile pour leur confiance et leur bonne humeur communicative.
Merci à vous d’avoir pris le temps de les écouter. Je suis Marie-Cécile, alias Esperluette, l’anthropologue du quotidien. Et je vous dis… à bientôt. Je l’espère-luette, évidemment.

