Aujourd’hui, je vous emmène à Arles, au cœur du Museon Arlaten, pour la remise des prix ATLAS des Lycéens organisé par l’Association pour la Promotion de la Traduction Littéraire (ATLAS).
Les chiffres de cette édition 2026 témoignent d’un bel engouement :
- En amont du concours, entre novembre 2025 et janvier 2026, une vingtaine d’ateliers d’initiation – animés par des traductrices et traducteurs professionnels – ont permis de sensibiliser d’autres jeunes (participant·es ou non au concours) aux enjeux de cette pratique.
- En Janvier, ce sont 193 lycéens et lycéennes, âgés de 15 à 21 ans et issus de 40 établissements scolaires de la région Paca, qui ont accepté le défi : se poser 4 heures, un samedi après-midi, dans une médiathèque avec pour seul aide des dictionnaires papier, un carnet et un stylo afin de tenter cet exercice exigent qu’est la traduction littéraire.

Au final, 24 jeunes de la région ont été récompensés pour avoir réalisé les meilleures traductions de textes littéraires originaux proposés par les jurys de chacune des 7 langues : l’allemand, l’anglais, l’arabe, le chinois, l’espagnol, l’italien et le provençal.
Une remise des prix joyeuse où j’ai eu autant de plaisir de voir l’émotion des jeunes et de l’équipe organisatrice à partager une même passion pour les mots que d’entendre les textes lus dans leur langue d’origine et leur traduction en français.
Pendant l’événement, j’ai tendu mon micro :
- aux lauréates et lauréats : Léandryssa & Manon pour le provençal et Gustave pour l’italien,
- à l’équipe d’Atlas : Margot Nguyen-Béraud – Présidente, Ameline Habib – Responsable de l’action culturelle & Fanny Viéthel – Volontaire en service civique
- et aux membres du jury : Adrienne Orssaud (espagnol) & Norbert Danysz (chinois),
de quoi vous faire découvrir autrement la traduction littéraire.
Écoutez, vous allez comprendre.
Pour aller plus loin



Les Lauréat·es
ALLEMAND – 1er prix : Iris BERNARD & Arsène OLIVIER (Arles – 13)
2e prix : Pierre AUSSEIL & Kélian CONFAVREUX (Cavaillon – 84)
ANGLAIS – 1er prix : Nino CHOUET (Digne-les-Bains – 04)
2e prix : Ava MILLER (Lycée Jacques Audiberti, Antibes – 06)
ARABE – 1er prix : Farah KIHEL & Malak KIHEL (Marseille – 13)
2e prix : Walid BELFQIH & Dounia SERRAB Marseille – 13)
CHINOIS – 1er prix : Lily FAVERO-LEONG SANG & Louis MEYER (Manosque – 04)
2e prix : Camillya BENRABAH & Lucas GELARDI (Valbonne – 06)
ESPAGNOL – 1er prix : Éline CARON (Manosque – 04)
2e prix : Lucas MARTINEZ & Constance SENECAL (Arles – 13)
ITALIEN – 1er prix : Gustave PADOA (Luynes – 13)
2e prix : Emma INGUI & Nadin MAHJOUB (Antibes – 06)
PROVENÇAL – 1er prix : Manon CASTANIER & Léandryssa COLIN-DELTRIEU (Gardanne – 13)
2e prix : Cauline DELEUIL & Léa DE MARCO (Châteaurenard – 13)
Les membres du jury
Norbert DANYSZ, traducteur du chinois
Béatrice DIDIOT-MARTINOTTI, traductrice de l’italien
Céline MARTEAU-IMBERT, traductrice du provençal
Clotilde MEYER, tradutrice de l’anglais
Adrienne ORSSAUD, traductrice de l’espagnol
Karine REIGNIER-GUERRE, traductrice de l’anglais
Sarah ROLFO, traductrice de l’arabe
Isis VON PLATO, traductrice de l’allemand



Vous pouvez également jeter une oreille à la chaîne Soundcloud « Radio ATLAS » pour y découvrir un autre podcast que j’ai produis avec eux, la saison 02 d’Archipelagos magnifiquement mise en sons par Alice Krief.
Nous y avons donné la parole à 10 traducteurs et traductrices professionnelles pour qu’ils et elles puisse faire découvrir un texte qui leur tient à cœur édité dans une des nombreuses langues européennes et qu’ils souhaiteraient traduire pour le partager aux lecteurices français.
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Archipelagos
Saison 02

Produit par Marie-Cécile Drécourt
Productrice de podcasts depuis 2018 et anthropologue de formation, je crée des récits audio qui mettent en lumière les personnes, les métiers, les initiatives et les liens qui tissent notre quotidien.
Avec Esperluette, j’explore des histoires humaines, sociales, artistiques ou solidaires, ancrées dans le Vaucluse… et au-delà.
Forte de 20 ans d’expérience en communication et narration, j’accompagne également les entreprises, associations et indépendant·es dans la création de contenus audio authentiques, sensibles et pédagogiques.
👉 Plusieurs manières de travailler avec moi :
Épisode dédié dans Esperluette : un format sensible pour mettre en lumière votre mission, vos valeurs ou vos engagements.
Le Podcast Suspendu® : un dispositif solidaire pour offrir un épisode à une association ou une initiative qui vous tient à cœur.
Podcast en marque blanche : je conçois et produis votre podcast de A à Z, pour porter votre voix et vos histoires.
Accompagnement / Formation : je vous aide à créer et structurer votre podcast en toute autonomie, avec méthode et bienveillance.
Pour les malentendant·es ou celles & ceux qui préfèrent lire, l’épisode est entièrement retranscrit ci-dessous :
À l’heure où une machine peut traduire un texte en trois secondes, qu’est-ce qui motive des lycéens et des lycéennes à participer à un concours de traduction littéraire ?
Je suis Marie-Cécile, alias Esperluette, l’anthropologue du quotidien. Et aujourd’hui, je vous emmène à Arles, au cœur du Museon Arlaten, pour la remise des prix ATLAS des Lycéens organisé par l’Association pour la Promotion de la Traduction Littéraire.
24 jeunes de la région PACA ont été récompensés pour avoir réalisés les meilleures traductions de textes littéraires originaux proposés par les jurys de chacune des 7 langues : l’allemand, l’anglais, l’arabe, le chinois, l’espagnol, l’italien et le provençal.
Au total, ce sont 193 jeunes de 15 à 21 ans provenant de 40 établissements scolaires de la région Sud qui ont accepté de se poser 4 heures, un samedi après-midi, dans une médiathèque avec pour seul aide des dictionnaires papier, un carnet et un stylo afin de tenter cet exercice exigent qu’est la traduction.
Une remise des prix joyeuse où j’ai eu autant de plaisir de voir l’émotion des jeunes et de l’équipe organisatrice à partager une même passion pour les mots que d’entendre les textes lus dans leur langue d’origine et leur traduction en français.
Pendant l’événement, j’ai tendu mon micro aux lauréates et lauréats, à l’équipe d’Atlas et aux membres du jury, de quoi vous faire découvrir autrement la traduction littéraire. Écoutez, vous allez comprendre.
Un concours accessible et humain : loin des clichés élitistes
Margot :
Aujourd’hui, il se passe quelque chose de très important qui a lieu tous les ans, c’est la remise des prix, du prix Atlas des lycéens et lycéennes. Donc des lycéens de la région PACA qui ont joué le jeu de se frotter à la discipline qu’est la traduction et qui ont brillamment traduit puisque ce sont les gagnants dans chaque langue représentée.
La traduction, ce n’est pas un art et un artisanat élitiste, il est accessible à tous, aux gens de toutes origines, de tous les âges et de tous les rapports au texte et à la lecture. On peut aussi s’amuser à traduire, toucher ce qu’est le traduire, même si on n’est pas un très grand lecteur.
On a entendu plusieurs lycéens le dire, ah ben moi mon truc c’est pas trop la littérature, moi je suis plutôt matheux. Il y en avait deux comme ça et ce qui s’est passé qui est magnifique aujourd’hui, qui m’a beaucoup émue aussi, c’est qu’ils ont fait équipe.
C’est de la co-traduction, donc ça c’est très difficile et c’est vraiment une école de la vie et de la traduction qui est très précieuse pour eux. Et parce que, quand on traduit, évidemment on est en dialogue avec son auteur ou l’auteur ou le texte, mais là on est encore dans un dialogue supplémentaire vivant avec un camarade ou une camarade. Et on s’entraide, on fait équipe et ça c’est très précieux aussi.
Ameline :
Je pense qu’ils sont curieux, souvent c’est des passionnés de langue et ils ont envie de voir ce que ça peut donner. Mais le fait de participer à deux aussi, ça leur plaît beaucoup, ça les motive énormément, ça leur fait moins peur.
Certains, je pense qu’ils ont été un peu poussés gentiment, mais ils ne regrettent pas en général quand ils ont participé. Moi, j’ai que des retours de jeunes, même s’ils n’ont pas gagné, qui disent « c’est incroyable ce qu’on a vécu, là ces 4 heures, c’était un bouillonnement ». Et ils vivent une expérience intense !
Fanny :
Ils le disent par mail quand on communique avec eux pour des attestations de participation ou juste des petits mails. Voilà, pour nous remercier, c’est arrivé du coup plusieurs fois que je reçoive des mails. Voilà, nous partageons leur expérience, donc c’est gardé bien précieusement, un petit témoignage.
Le vécu des lauréats : entre défi linguistique et travail d’équipe
Marie-Cécile :
Ce qui m’a effectivement frappé, c’est la diversité des profils. Loin du cliché du concours réservé à une élite littéraire, beaucoup de ces jeunes sont venus par curiosité, Pour la plupart, c’est avant tout l’opportunité de pratiquer une langue autrement, loin des exercices scolaires classiques.
Vous venez d’entendre Margot, la Présidente d’ATLAS puis Ameline – Responsable de l’action culturelle et Fanny volontaire en service civique dans l’association. Mais laissons maintenant la parole lauréates et lauréats pour qu’ils et elles nous parlent de cette expérience. Manon et Léandryssa gagnantes pour le Provençal.
Léandryssa : Notre prof, elle nous a proposé, du coup on a dit « on y va, ça fait une expérience de plaisir dans la vie ».
Manon : Même si on connaît la langue, il a fallu chercher beaucoup de mots pour avoir une traduction le plus exact possible.
Et comme c’était un univers un peu fantastique, le vocabulaire n’était pas forcément acquis, du coup il a fallu chercher beaucoup de mots et choisir entre les traductions aussi.
Léandryssa : On ne se rend pas forcément compte du travail que ça demande et de la réflexion aussi que ça demande.
Manon : On s’était dit, sur le coup, en arrivant qu’on ferait ce qu’on pourrait et que normalement ça ne prenait pas… En fait on a vu le texte et on s’est dit « ça ne va pas prendre 4 heures ». Finalement, si si, et on a bien speedé à la fin parce que c’était très court
Marie-Cécile :
Oui, parce que votre texte il faisait combien de pages ?
Léandryssa :
Oui, c’était 3 paragraphes de 5 lignes quoi. En 4 heures.
Marie-Cécile :
Et comment on travaille à deux sur un même texte ?
Léandryssa :
Eh bien, on s’est réparti le travail. Donc au début, on a toutes les deux cherché par exemple les verbes et après il y en a une qui commençait à chercher des mots de son côté et l’autre qui en cherchait d’autres.
Et après on a tout mis en commun, mais en fait on a fait ça en même temps. Je ne sais pas comment dire, mais on n’a pas tant séparé le texte que ça. On a vraiment travaillé sur la même partie et on a rassemblé nos idées après.
Manon : Oui, c’est ça, on a juste cherché les mots chacun de son côté. Mais après quand on refaisait la traduction et qu’on remettait à l’écrit, on a tout fait ensemble pour essayer d’avoir une idée assez complète du texte quoi.
Gustave :
Ça m’a donné envie d’y participer. Aussi, parce que je ne fais pas tant d’activités que ça en italien. Je veux dire, je le parle à la maison avec mon père et avec ma famille. Mais j’ai rarement l’occasion de mettre en pratique ma maîtrise de la langue. Et j’ai voulu essayer pour l’expérience.
Et je l’ai refait en première et encore une fois en terminale parce que l’expérience ne m’avait plu au final. De chercher à établir une espèce de passerelle entre deux langues.
Le regard des professionnels : la complexité parfois du texte à traduire
Marie-Cécile :
Si l’expérience est intense pour les jeunes, elle l’est tout autant pour les traducteurs et traductrices qui composent le jury. Leur mission ? Sélectionner des textes qui soient à la fois accessibles et redoutables.
Pour ces professionnels, voir des lycéens s’attaquer à ces pièges linguistiques est une source d’étonnement et de réflexion sur leur propre pratique. Norbert, traducteur et jury pour le chinois.
Norbert :
Notre rôle, c’était de sélectionner des sujets à proposer aux lycéens, lycéennes qui voulaient se frotter à la traduction littéraire. Des textes pas trop courts, pas trop longs non plus. C’est toujours un peu délicat de trouver le bon texte avec la bonne difficulté. Pas trop facile, pas trop difficile non plus. On dit souvent qu’il faut choisir un texte facile à comprendre, mais difficile à traduire.
Adrienne :
Au niveau des difficultés, ça peut être des choses très différentes. C’est qu’il y a les difficultés de vocabulaire, il y a les difficultés syntaxiques, le style, le ton, tout ça. Et c’est vrai que là, ça fait deux ans que j’essaye de proposer des textes où il n’y a pas de piège de vocabulaire parce qu’il n’y a pas un dictionnaire par personne non plus. Donc, j’essaye de fluidifier cet aspect-là.
Mais en fait, la syntaxe, ça peut déjà être une énorme difficulté, surtout quand l’auteur ou l’autrice joue sur des subtilités. Et c’est vrai que cette année, il y a eu une tournure, intuitivement, j’aurais traduit par le truc qu tombait un peu sous le sens. Et y’a des élèves qui l’ont traduit autrement et ils m’ont convaincue. Donc ça, ça va dans le corrigé directement.
C’est toujours intéressant de voir ces choses-là. Alors évidemment, là, on parle vraiment d’une approche très microscopique d’un texte qui en plus est un extrait isolé du roman. Bon, il se trouve que quand on traduit tout le roman, après, on repasse quand même pas mal de fois. Et donc, c’est des choses parfois qu’on finit par modifier à la dernière lecture parce qu’on se rend compte que finalement, le mouvement général fait que.
Mais là, sur un extrait, c’est un travail un peu différent au final. Et c’est vrai que c’est vraiment chouette de voir comment ils interprètent les choses et comment ils s’emparent en fait de toutes ces petites subtilités grammaticales, il faut bien dire le mot à leur façon. Et puis aussi, en tant qu’élèves qui font encore des exercices de grammaire, etc.
Marie-Cécile :
Donc, ça veut dire qu’au final, la traduction, potentiellement, c’est accessible à toute personne qui a envie de découvrir une langue ou en tout cas différemment.
Adrienne :
C’est quand même un métier. Et c’est vrai que quand on l’exerce, on se rend compte de ça. Et puis, il faut aussi être capable de traduire dans un certain délai, en général, et de se confronter à plein de textes de natures différentes, d’époques différentes, qui, parfois, demandent beaucoup de recherches, etc. Donc, oui et non.
Après, c’est aussi un jeu et l’écriture, je pense, exige toujours une part d’irrévérence qu’on peut tous exploiter. Ça m’est arrivé de m’amuser un jour à traduire de l’italien alors que c’est pas ma langue. Et en fait, c’est drôle, quoi. Alors, je ne dis pas qu’après on va le faire publier, ça peut être un jeu aussi.
Norbert :
Ce que j’aime beaucoup de voir aussi dans les traductions qui sont proposées par les personnes qui traduisent du chinois mais aussi pour les jeunes, en fait, c’est la question des temps des verbes. Comment ils appréhendent les temporalités du chinois qui sont assez différentes d’une langue comme le français puisqu’il n’y a pas de conjugaison en chinois.
Il y a des marqueurs de temporalité comme les compléments circonstanciels qui permettent de voir si l’action s’est déroulée avant, après, hier, demain, aujourd’hui. Mais il n’y a pas de conjugaison. Et donc, quand on passe de cette langue qu’est le chinois vers le français, il faut, nous, en tant que traducteur ou traductrice, choisir les temps dans lesquels on va transposer le texte.
Et très souvent, en fait, il n’y a pas d’obligation de choisir tel ou tel temps. Et donc, c’est vraiment laissé à la discrétion lors de la traduction. Et je me suis rendu compte après avoir sélectionné les deux copies qui ont reçu le premier prix et le deuxième prix cette année que l’une avait justement fait le choix de traduire en utilisant plutôt les temps du passé et l’autre plutôt les temps du présent.
Et c’était, au final, très, très intéressant de mettre en regard ces deux propositions de traduction qui ont montré que c’était complètement possible de naviguer entre les deux, entre les différentes temporalités et de proposer quelque chose d’assez souple pour traduire le chinois.
Humain vs machine : la sensibilité reste irremplaçable
Marie-Cécile :
On comprend bien que la traduction est un métier, un exercice très précis qui demande du temps. Pourtant, dans un monde où l’efficacité immédiate est reine, ce temps long interroge. Je leur ai donc demandé pourquoi s’obstiner à prendre ce temps pour choisir des mots quand une machine peut le faire (enfin c’est ce qu’elle nous vend) en quelques secondes.
Gustave :
Traduire, c’est comme écrire, c’est une expérience humaine, c’est une question de sensibilité et ce n’est pas une question mécanique de rentrer un mot dans le dictionnaire qui en sort un autre et de le coller par dessus le mot de l’autre langue. C’est quelque chose qui fait appel à une sensibilité qu’on ne peut pas vraiment quantifier ni définir.
Si on commençait à traduire que par l’IA, on pourrait aussi faire des livres écrits seulement par l’IA ou des tableaux et ça perd un peu tout son intérêt. L’intérêt de l’art, c’est produire de manière différente d’une façon qui n’existait pas encore et donc amener quelque chose alors que l’IA tourne en boucle.
Mais au final, ce qui apporte vraiment un sens, c’est nous les humains qui percevons le monde et qui le retranscrivons. Et la machine ne va jamais passer au-dessus de ça. En tout cas même de l’expérience de la traduction.
Manon :
On réfléchit quand même à chaque mot qu’on va traduire. Si on demande à l’IA à traduire un texte, on voit moins tout le travail qui est derrière et on voit moins le choix qu’on aurait pu faire. Et du coup, il y a quand même une idée derrière chaque mot qu’on ne voit plus quand on a directement le rendu.
Léandryssa :
On voit l’étymologie du mot et quand il est sa source, en fait, on voit nos racines dans les mots.
Manon :
Ce qui est bien aussi avec le Provençal, c’est qu’on fait des liaisons avec l’anglais, avec l’italien, avec l’espagnol, avec l’allemand. Et comme dans le cours, des fois, la prof, elle dit comme ça en français, on dit comme ça en italien et en fait, elle fait des liens avec toutes les langues et à chaque fois, on voit la similitude avec vraiment toutes les langues.
Léandryssa :
En parlant Provençal, déjà, du coup, on comprend mieux. Enfin, on apprend plus facilement l’espagnol et l’italien. Moi, en ayant jamais appris ça au lycée, je me débrouille, enfin, je peux comprendre des mots. Je sais que ma prof, elle a appris l’espagnol et l’italien comme ça. Elle n’a jamais fait de cours et elle sait le parler, elle le parle bien.
Et du coup, voilà, parce que c’est des langues latines ou comme elle a dit, avec beaucoup de similitudes et de ressemblances.
Manon :
Des fois, même en cours d’italien, je cherche un mot italien et il me vient le mot en provençal qui me repermet de trouver le mot d’italien. Donc, c’est très pratique !!
Margot :
Ça, ça fait énormément plaisir. Bien sûr, on les a entendus, là, c’était très émouvant de les entendre directement parler. Et pour continuer à traduire, malgré l’IA, malgré les LLM, malgré les algorithmes, malgré ces bouleversements technologiques qui ont des effets très néfastes sur notre travail, et bien, on voit que le désir est encore là, pourvu qu’on l’amène. C’est un travail de longue haleine.
Adrienne :
Les machines ne traduisent pas. C’est surtout parce qu’elles ne peuvent pas comprendre le texte. Et pour traduire, il faut vraiment le comprendre. C’est vraiment primordial. Et même faire passer une première version à la machine, ça ne marche pas. Parce que c’est souvent pendant le premier jet qu’on peut comprendre le système du texte.
Dans un texte, il y a toujours un système, en fait. Il y a des répétitions, un certain choix de vocabulaire, etc. Et bon, à ce jour, je crois qu’il n’y a que le cerveau humain, alors peut-être parfois avec des erreurs, parfois de façon imparfaite, mais qui peut garder en tête toute la construction d’un roman avec les choix opportuns qui ont été faits à tel et tel moment du texte.
Traduire c’est devenir passeur de langues et de cultures
Marie-Cécile:
Au final, ce prix ATLAS c’est un espace de respiration entre humains, un lien créé avec les mots, les cultures où la complexité des langues est célébrée plutôt que gommée par la technologie. Mais, une fois le prix reçu, le concours terminé, que peut-on souhaiter à ces jeunes lauréats ?
Margot :
On leur souhaite d’être justement le flambeau vivant de ces langues vivantes et de continuer à traduire, de continuer à être fiers de parler plusieurs langues, qu’elles soient choisies parce qu’ils ont décidé de l’apprendre comme Sarah Rolfo, la correctrice de la section arabe qui nous a raconté tout à l’heure qu’elle a appris, elle a décidé d’apprendre l’arabe à 18 ans.
Donc là, ce n’était pas une langue ni familiale ni maternelle, elle l’a décidé. Et on a vu aussi des jeunes aujourd’hui, dont une italianisante, par exemple, une jeune italianisante dont l’italien était la langue maternelle.
Donc, vous voyez comment on peut faire circuler les langues qu’on a en soi, qu’on désire avoir en soi et les faire ping-ponger, si j’ose dire, de l’une à l’autre et comme ça, continuer à être sur cette construction permanente en fait, de la langue, de l’ouverture, de la diversité des cultures et ce n’est pas un vain mot ni des formules creuses, c’est absolument nécessaire.
Et ils sont jeunes donc c’est super parce qu’ils vont continuer à faire ça, on l’espère. Puisqu’ils ont aimé ça, s’ils ont pris du plaisir à traduire, si je crois que c’était le cas, puisque s’ils ont été récompensés, ça veut dire que leur traduction était bonne et si elle était bonne, c’est qu’est-ce qui s’est passé, c’est qu’ils ont eu du plaisir à traduire.
Norbert :
Cette épreuve, ce concours qui leur était proposé, c’était aussi une façon pour eux de s’amuser. Bon certes, un samedi après-midi dans une médiathèque pendant 4 heures, mais de le faire d’ailleurs très souvent en binôme, de confronter leurs idées sans enjeux vraiment particuliers en fait.
Beaucoup des participants qui ont été primés aujourd’hui étaient aussi d’ailleurs surpris ou surprises d’être primés parce qu’au départ, c’était tout simplement une sorte de jeu entre les langues et même si beaucoup d’entre eux ou d’entre elles ne vont pas continuer dans cette voie-là plus tard, ça peut être quelque chose qu’on peut continuer à faire en amateur pour le jeu de la langue en fait, tout simplement.
Adrienne :
Et pour aller plus loin, je dirais même que si on fait complètement autre chose dans sa vie, ce jeu, ce mélange d’élasticité, de plasticité des langues et de sa propre langue, sa propre écriture, c’est des choses très précieuses à garder dans tous les domaines de sa vie et donc c’est bien d’en avoir vu un aperçu.
Marie-Cécile:
Et pour conclure, j’ai demandé à Gustave, Manon & Léandryssa pourquoi c’est important de garder vivant ce rapport aux langues.
Gustave :
L’italien et le français, c’est deux langues qui se ressemblent, qui ont beaucoup de similitudes mais qui sont aussi intrinsèquement différentes avec des petites expressions, des mots, des tournures ou des façons de présenter les choses qui changent et donc je trouve ça toujours très intéressant de jouer avec la forme et de comment on peut retranscrire la forme d’une langue à une autre langue.
Parce que même si on peut facilement expliquer le fond, pour moi c’est relié à comment la littérature opère et ce que c’est que la littérature et les mots. C’est quoi le but d’écrire cette phrase-ci ou cette phrase-là, concilier deux langues, c’est quelque chose que je trouve très intéressant.
Je l’ai appris oralement l’italien, je le parle, je l’écris rarement et c’était différent oui. Une autre manière d’envisager les langues que de les voir écrites et de devoir encore une fois les concilier et les traduire.
Manon :
C’est nos langues et si nous, on les oublie, c’est sûr qu’il y a d’autres personnes qui veulent les oublier et c’est très important et très enrichissant même pour maintenant même si on ne les parle plus trop, ça enrichit.
Léandryssa :
Parce que c’est nos racines, c’est notre histoire. Frédéric Mistral a dit une phrase comme ça, « les arbres qui vont en haut sont ceux qui ont les racines les plus profondes. » Donc pour réussir dans la vie, il faut connaître ses racines et c’est en parlant des langues qu’on connaît nos racines.
Marie-Cécile :
Manon, Léandryssa, Gustave, et les jeunes qui ont participé cette année au prix ATLAS des lycéens, ont touché du doigts toute la complexité et le plaisir de manier les langues et les mots de manière artisanale. Souhaitons-leur de garder longtemps ce plaisir en eux.
Merci à Margot, Ameline, Fanny et toute l’équipe de l’association ATLAS pour leur accueil lors de cette journée ! Merci aux membres du jury d’avoir partagé leur passion pour ce métier.
Si cet épisode vous a donné envie de vous plonger dans un dictionnaire ou de découvrir une autre langue, sachez que l’association ATLAS organise toute l’année des ateliers et des événements et des ateliers qui ne sont pas uniquement ouverts aux professionnels. J’ai par exemple participé l’après-midi même à un exercice assez dingue, de la rétro-traduction multilingue. Les neurones ont bien chauffé, j’ai retrouvé le plaisir de lire de l’espagnol et surtout nous avons bien ri ! Si vous voulez je vous expliquerai.
Vous pouvez également jeter une oreille à la chaîne Soundcloud « Radio ATLAS » pour y découvrir un autre podcast que j’ai produis avec eux, la saison 02 d’Archipelagos. Nous y avons donné la parole à 10 traducteurs et traductrices professionnelles pour qu’ils et elles puissent faire découvrir un texte qui leur tient à cœur, édité dans une des nombreuses langues européennes et qu’ils souhaiteraient traduire pour le partager aux lecteurices français. Je vous mets le liens en description de ce podcast, vous pourrez y entendre leurs textes mis en sons par la talentueuse Alice Krief, encore une autre manière de promouvoir la littérature et la traduction.
J’espère que cet épisode vous aura fait entendre un petit bout de ce que peut être le plaisir de traduire et de s’intéresser aux langues du monde. Je suis Marie-Cécile, alias Esperluette, l’anthropologue du quotidien et je laisse le mot de la fin à Nino le lauréat en anglais.
« Antoine de St Exupéry disait qu’on ne voit bien qu’avec le cœur. Je pense qu’on ne traduit bien qu’avec le cœur car ce texte était trop compliqué pour une cerveau. » [rires] [applaudissements]

