Pourquoi choisir le métier d’auxiliaire de vie, alors que beaucoup le perçoivent comme dur… voire dégradant ?
Pour changer les idées reçues, il faut souvent oser l’inattendu.
Aujourd’hui, je vais vous parler d’un projet qui a osé allier le théâtre et le recrutement pour changer l’image d’un métier essentiel : celui d’auxiliaire de vie.
Tout a commencé par une idée folle, celle d‘Olivier Rousset, Responsable RH d’Artemis à Avignon, de répondre à un appel à projet du Département visant à « renforcer l’attractivité des métiers grâce à des actions innovantes ».
Son pari ? Prendre la plume pour écrire une pièce de théâtre et y raconter une journée dans la vie d’une bénéficiaire, accompagnée par ces femmes et ces hommes qui s’occupent des autres avec cœur et bienveillance.



« On kiffe nos p’tits vieux » a été non seulement écrite et mise en scène par Olivier, mais également jouée par six auxiliaires de vie, qui n’étaient jamais montées sur scène avant : Hanane, Cécile, Chantal, Ghislaine, Sandrine et Laura.
Parmi elles, ce sont Hanane et Cécile ont accepté de répondre à mes questions.
Dans ce premier épisode de la série, on parle de la préparation de cette aventure unique & humaine, et des réalités du métier d’auxiliaire de vie, avec des interviews enregistrées deux mois avant la première.
Je vous emmène à la rencontre de ces professionnelles de l’aide à la personne passionnées par leur métier & qui méritent vraiment d’être entendues.
Peut-on utiliser le théâtre comme nouvel outil de recrutement ?
Dans le 2ème épisode de cette belle série, je vous emmène en plein cœur de l’événement pour capter les ressentis de chacunes & chacuns, des actrices d’un jour en passant par les partenaires qui ont soutenu ce projet.
D’abord, la veille de la première, dans les bureaux de France Travail Avignon Joly Jean avec Océane et Carole pour comprendre pourquoi leur équipe a accepté de soutenir ce projet fou, et comment le théâtre peut aider au recrutement dans ces métiers dits ‘en tension’.
Puis, le jour de la représentation, qui a rassemblé 180 personnes au théâtre du Rouge Gorge, pour capter l’ambiance et les ressentis de cette superbe équipe après leur passage sur scène.
Et enfin le lendemain, lors du job dating, où une trentaine de chercheurs d’emploi ont pris rendez-vous pour être recrutés par Artemis… après avoir vu la pièce. Et vous pourrait notamment entendre les ressentis de Lakbira, Souad et Alhem qui ont été convaincues et sont venues postuler le lendemain.

Un immense merci à Océane et Carole de m’avoir parlé de ce projet.
À Olivier, pour ta confiance, et pour avoir osé cette idée folle.
À Hanane et Cécile, d’avoir, malgré le stress de la pièce… accepté de répondre à mes questions avec tant de sincérité.
À toute l’équipe de France Travail Avignon Joly Jean, pour votre énergie communicative et votre engagement au service de l’emploi.
À Lakbira, Alhem et Souad, pour avoir partagé, lors du job dating, leurs ressentis, leurs espoirs… et leur curiosité pour ce métier.
À Stéphane et l’équipe de la Mission Locale du Luberon, qui ont filmé la représentation pour garder cette aventure en images.
Et à l’équipe du Rouge Gorge pour votre accueil.
Et bien sûr au Département du Vaucluse sans qui la création de la pièce “On kiffe nos p’tits vieux” et la réalisation de ces podcasts n’auraient pas été possibles.
Pour avoir plus d’infos sur les recrutements chez Artemis :
Écoutez l’épisode du podcast « Dis-moi Patron ?! » animé par Adrien et réalisé en partenariat avec Making Waves Radio & France Travail Avignon Joly Jean.
Pour contacter Artemis :
Tel : 04 90 82 08 00
Mail : artemis.aideadomicile@esperluette
Adresse : 24 Avenue de la Croix-Rouge, 84000 Avignon
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Produit par Marie-Cécile Drécourt
Productrice de podcasts depuis 2018 et anthropologue de formation, je crée des récits audio qui mettent en lumière les personnes, les métiers, les initiatives et les liens qui tissent notre quotidien.
Avec Esperluette, j’explore des histoires humaines, sociales, artistiques ou solidaires, ancrées dans le Vaucluse… et au-delà.
Forte de 20 ans d’expérience en communication et narration, j’accompagne également les entreprises, associations et indépendant·es dans la création de contenus audio authentiques, sensibles et pédagogiques.
👉 Plusieurs manières de travailler avec moi :
Épisode dédié dans Esperluette : un format sensible pour mettre en lumière votre mission, vos valeurs ou vos engagements.
Le Podcast Suspendu® : un dispositif solidaire pour offrir un épisode à une association ou une initiative qui vous tient à cœur.
Podcast en marque blanche : je conçois et produis votre podcast de A à Z, pour porter votre voix et vos histoires.
Accompagnement / Formation : je vous aide à créer et structurer votre podcast en toute autonomie, avec méthode et bienveillance.
Pour les malentendant·es ou celles & ceux qui préfèrent lire, l’épisode est entièrement retranscrit ci-dessous :
Changer le regard sur le métier d’auxiliaire de vie
Introduction
Marie-Cécile : Pourquoi choisir le métier d’auxiliaire de vie alors que beaucoup le perçoivent dur, voire dégradant ?
Je suis Marie-Cécile, alias Esperluette, l’anthropologue du quotidien. Et aujourd’hui, je vous raconte comment une idée folle peut faire changer les regards sur un métier. Tout a commencé par un appel à projet du Département du Vaucluse. En quelques jours seulement, Olivier Rousset, responsable RH de la société Artemis, prenait la plume pour écrire une pièce de théâtre : « On kiffe nos petits vieux ». Une pièce qui raconte une journée dans la vie d’une bénéficiaire accompagnée par ces femmes et ces hommes qui s’occupent des autres avec cœur et bienveillance. Six d’entre elles ont accepté de participer à son projet. Parmi elles, Hanane et Cécile ont accepté de répondre à mes questions. Les métiers de l’autonomie, de l’aide à la personne, peinent à recruter. Alors, avec un petit peu de créativité, une grosse pointe de folie et beaucoup d’humanité, ils et elles, avec leurs partenaires, ont tenté d’innover pour faire changer le regard sur ce métier plus qu’essentiel. Dans cet épisode, on parle de la préparation de cette aventure unique et humaine, avec des interviews enregistrées deux mois avant la première. Mais il y aura une suite, car je les ai suivies jusqu’au jour J et même jusqu’au job dating organisé le lendemain dans les locaux de France Travail à Avignon Joly-Jean. Allez, je vous emmène à la rencontre de ces professionnelles de l’aide à la personne, passionnées par leur métier et qui méritent vraiment d’être entendues. Écoutez, vous allez comprendre.
Présentation d’Hanane & Cécile
Hanane : Je m’appelle Hanane, je suis auxiliaire de vie. Je travaille pour Artemis, aide à domicile sur Avignon, depuis 2019.
Cécile : Je suis Cécile, auxiliaire de vie, et je fais ce métier depuis que j’ai 21 ans.
Marie-Cécile : Et comment es-tu arrivée à ce métier ?
Hanane : J’étais dans la vente avant. Je me suis arrêtée, je me suis occupée un peu de mes enfants. Suite à ça, après, j’ai cherché du travail et j’ai vu que dans les annonces, il y avait beaucoup d’offres d’emploi dans l’aide à domicile. Je me suis présentée chez Artemis, qui était avant Adapt’Service, pour leur demander s’il fallait avoir un diplôme ou une expérience pour travailler pour eux. Ils m’ont dit que non. Et j’ai commencé, je pense, dix jours après. J’y suis depuis, j’ai passé ma VAE, j’ai validé mes acquis, donc j’ai un diplôme d’État, d’AES. Et je m’épanouis dans mon travail et je ne changerai pas mon travail. Voilà, j’aime ce que je fais ! J’apporte quelque chose aux gens, mais ça m’apporte aussi, j’apporte quelque chose à moi.
Cécile : C’est un métier que j’ai fait par hasard. J’avais 21 ans, bon, mes études, ça ne marchait pas tellement bien. Je m’acharnais à essayer d’avoir le bac. Et une amie de ma mère me dit qu’il y a une association d’aide à domicile qui emploie du monde l’été, en job d’été, très facilement, et ça pourrait te faire quelques sous. Et donc, je suis rentrée là, comme ça, avec une grande salle de personnes qui voulaient faire le même métier que moi, parce qu’il n’y avait pas de CV à présenter, rien du tout. Et finalement, j’ai adoré ce métier. Je me suis sentie à ma place tout de suite et je ne l’ai plus jamais lâchée, quoi.
Qu’est-ce qu’on fait concrètement en tant qu’auxiliaire de vie ?
Marie-Cécile : Si tu devais expliquer, justement, à quelqu’un qui se dit, bah tiens, peut-être que c’est un métier qui pourrait m’intéresser, qu’est-ce qu’on fait concrètement ? Parce qu’effectivement, quand j’entends auxiliaire de vie, je me dis, bah, c’est la toilette et le ménage.
Cécile : Ben, c’est un peu ça. En fait, on aide les personnes dans tous les domaines où ils n’arrivent plus à le faire seuls. L’idée, c’est de préserver leur autonomie, du coup, de faire avec. Ça leur apporte énormément de participer. Donc, de faire avec, de ranger le linge ensemble, de ranger la vaisselle ensemble. Tout ce qui est possible et que la personne peut faire, on lui laisse faire en l’accompagnant, en fait. Donc, le ménage, ça fait partie. Les courses, on peut les accompagner chez le docteur quand ils n’y arrivent pas. Puis, tout ce qui est côté administratif aussi, qui est compliqué : remplir un papier, ça paraît simple, mais ce n’est pas si évident. Ensuite, on peut les aider à faire un travail, à faire la cuisine, même si de moins en moins, en réalité, parce que pas mal de personnes se font livrer les repas tout près. Et on peut les aider à tout ce qui est aide au lever, de leur lit à leur fauteuil, par exemple. Dans ce cas-là, on utilise du matériel adapté pour pouvoir les aider à se lever ou à s’allonger ou s’asseoir. On les aide à se laver aussi.
Hanane : On a des journées où on passe d’une personne qui est alitée, qui est fatiguée, qui ne peut plus se lever. Il y a une petite jeune qui est en situation de handicap, mais qui a un peps, qui est toujours de bonne humeur, toujours envie de faire des choses. On a des plannings qui changent toutes les semaines. On n’a pas de routine. On a quand même les mêmes personnes, les mêmes bénéficiaires. Bon, des fois, il y en a quelques-uns qui se rajoutent, mais en fait, c’est ça qui est bien, c’est qu’on ne fait pas la même chose du matin au soir. Je ne fais pas que les changes, je ne fais pas que les toilettes. Je peux passer d’un lever le matin avec une petite aide à la toilette à une journée comme mercredi où je vais aller de 10h30 jusqu’à 18h avec un de mes bénéficiaires et sa maman. Donc, on va aller à Saint-Rémy parce qu’il a un rendez-vous là-bas et on va aller manger au restaurant. On va promener toute l’après-midi. Et puis, il y a certains de mes bénéficiaires justement qui me font découvrir des endroits donc, c’est juste super. Et non, il n’y a pas de routine dans le travail d’auxiliaire de vie.
Un métier dur physiquement ?
Marie-Cécile : Et physiquement, parce que là, tu me parles de porter des gens, de les transférer, des choses comme ça, ça demande un effort physique ou une capacité physique particulière ?
Cécile : Ça demande des techniques pour ne pas s’abîmer avec le ménage et les transferts et tout. En fait, notre métier est quand même hyper physique donc, c’est vraiment bien d’être formée. C’est vraiment essentiel parce que sinon, je pense qu’on finit tout cassé alors qu’en réalité, avec des techniques, on est tous capables d’aider quelqu’un à faire un transfert, même quelqu’un de beaucoup plus costaud que nous, même quelqu’un qui ne va vraiment pas du tout aider physiquement. On a du matériel adapté maintenant quasiment partout et on a des techniques ce qui fait qu’on n’a pas besoin d’être musclor pour faire notre métier et on n’a pas besoin de finir tout abîmer non plus. On peut se préserver.
Marie-Cécile : Tu l’as vu évoluer ce métier parce que toi, ça fait un moment que tu le fais.
Cécile : C’est vrai que c’est très différent. Maintenant, on a beaucoup d’aides matérielles. On a des supers équipements. Les domiciles sont bien adaptés. Ce qui a beaucoup changé, c’est qu’on n’est plus tout seul sur une prestation. En fait, on intervient à toute une équipe et on tourne et ça, c’est finalement pas plus mal. Je trouvais qu’avant, j’aimais bien cette idée d’être la seule à intervenir chez quelqu’un. Et je m’investissais complètement et j’avais l’impression que sans ça, je m’investissais moins si je changeais comme ça de bénéficiaire tous les jours par exemple. Et en réalité, je trouve que ça a du bon d’être plusieurs chez un même bénéficiaire. Ça permet de prendre du recul sur une prestation, d’avoir toujours ce regard un peu neuf sur la relation, sur le travail à faire donc c’est bien.
Leur image sur le métier avant de débuter
Marie-Cécile : C’était quoi l’image que tu avais de ce métier avant de débuter ?
Hanane : Moi, j’ai toujours voulu travailler dans le social mais bon, moi, je pensais que déjà, il fallait avoir des diplômes pour pouvoir y travailler, qu’il fallait avoir une expérience mais en fait, non, on apprend tous les jours. Et aussi, pour moi, ce travail n’était pas ingrat mais c’était quand même c’est dur d’aller de laver les personnes, de faire les changes et tout ça, c’était un peu délicat quoi.
Cécile : Au début, mon image était très positive et puis très vite, je n’ai trouvé pas très belle l’image du métier que je faisais. Parce que souvent on me disait : « il n’y a pas de sot métier », « il faut bien faire quelque chose », « il faut bien gagner sa vie », « vous pouvez faire mieux », … Tout plein de personnes avaient, même les personnes chez qui je travaillais, avaient un avis assez négatif sur le métier du coup, je me suis dit ce n’est pas très valorisant comme métier. Et du coup, je ne me sentais pas très valorisée parce que je n’avais pas confiance en moi spécialement et je me suis dit oui, l’aide ménagères, celles qui font le ménage et pourquoi c’était dénigré, je ne sais pas mais c’est comme ça. Du coup, il y a eu toute une période où je n’étais pas très fière de mon métier et puis finalement, j’ai trouvé vraiment beau ce métier au fur et à mesure des années mais vraiment beau. Je l’ai vraiment intégré comme un beau métier, je suis heureuse de faire ce métier et je le trouve très épanouissant.
Hanane : C’est vrai, pour les jeunes qui n’exercent pas ce travail, qui ne connaissent pas le travail d’auxiliaire de vie, pour eux, c’est changer des protections, faire des douches et faire la bonne. Pas du tout, c’est vraiment… Il faudrait qu’ils viennent une journée avec nous sur le terrain pour voir un peu comment ça se passe.
Marie-Cécile : C’est un peu ce qui va se passer quand on va venir vous voir sur scène
Hanane : Exactement, tout à fait !
On kiffe nos p’tits vieux : les débuts d’un projet fou
Marie-Cécile : Justement, parle-moi de ce projet. Qu’est-ce qui se passe en ce moment chez Artemis ?
Hanane : Alors, chez Artemis, on a un RH, un superbe RH qui a des idées mais alors extraordinaires qui a monté un groupe de six auxiliaires de vie toutes passionnées de ce qu’on fait et il a écrit une pièce de théâtre pour nous. Donc, il nous fait vachement confiance !
Marie-Cécile : Oui, parce que non seulement il l’a écrit mais il vous a demandé de la jouer ?
Hanane : Et il nous a demandé de la jouer.
Olivier : Olivier Rousset, Responsable RH de la structure Artemis Avignon. Ça va faire six ans dans quelques jours.
Marie-Cécile : C’est quoi le métier de RH dans une entreprise d’auxiliaires de vie ?
Olivier : C’est s’occuper du recrutement, s’occuper des formations, de l’écoute des équipes, de toutes les procédures de licenciement et autres. C’est vraiment quelque chose de très, très complet.
Sur le terrain, elles sont à peu près 120 auxiliaires de vie qui interviennent 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 auprès de différents bénéficiaires. On en a environ planifié 600 par mois.
Marie-Cécile : C’est un métier qui ne connaît pas la crise, comme on dit ?
Olivier : Pas du tout, non. Les annonces sont effectivement sur les job boards H24 toute l’année. Mais ça reste galère quand même à recruter. Les métiers d’auxiliaires de vie, c’est des métiers qui sont un peu sous-estimés par un certain nombre de choses. Et c’est vrai que beaucoup s’y tentent et s’aperçoivent qu’il y a de l’humain, il n’y a pas que de l’humain et du coup ça peut faire peur. Il y a beaucoup de reconnaissance des bénéficiaires pour la plupart parce que c’est leur dernière roue de secours avant de se retrouver en EHPAD dans une structure fermée où ils ne seront plus chez eux, ils n’auront plus leur vie quotidienne.
Marie-Cécile : Qu’est-ce que vous mettez en place pour rendre l’intégration plus facile ?
Olivier : On a mis en place un vrai process d’intégration où on prend vraiment des nouvelles pendant un mois à certaines échéances sur les nouvelles recrus? Ce qui fait qu’elles peuvent parler, elles peuvent échanger, elles peuvent vraiment dire ce qu’elles pensent, ce qui va, ce qui ne va pas sans que nous on ait à attendre qu’elles viennent se plaindre ou qu’elles partent. Et l’année dernière j’ai créé un groupe avec six auxiliaires de vie pour permettre de mettre en place un certain nombre d’actions.
Les auxiliaires sont payés au SMIC même si on génère volontairement des heures sup pour augmenter leur salaire. Le but c’était de mettre des actions en place pour pouvoir les fidéliser. Et du coup on a fait l’année dernière entre autres un « vis ma vie » où chaque personne de l’encadrement est partie une journée sur le terrain suivre une auxiliaire de vie et on a accueilli en contrepartie les auxiliaires de vie une journée au bureau pour que chaque côté de l’entreprise puisse se rendre compte de ce qui se passe de l’autre.
Pourquoi choisir le théâtre pour changer l’image sur un métier ?
Marie-Cécile : Alors, comment on fait de l’innovation quand on veut recruter des auxiliaires de vie ?
Cécile : On s’est lancé dans une aventure folle on peut dire ! Olivier avait créé un groupe de réflexion dans l’idée de trouver des solutions pour donner envie à des futurs collègues de nous rejoindre. Et dans ce groupe de réflexion classique on va dire, un jour, on avait réunion et il nous lance l’idée, il nous dit : oui j’ai répondu à un appel à projet et est-ce que ça vous tente de faire partie de l’aventure ?
Olivier : En fait le département a fait un appel d’offres, alors je crois que c’était au mois de mars l’année dernière. C’était « renforcer l’attractivité des métiers grâce à des actions innovantes et mutualisables ». Et bien là c’est le début de la galère ! (rires)
Donc non je suis allé voir les directeurs le lundi 20 mai pour leur présenter le projet que j’avais pondu dans le week-end sachant pas du tout où j’allais donc j’avais déjà écrit une pièce de théâtre mais je m’étais arrêté à l’écriture d’une pièce de théâtre donc tout ce qui est hors écriture, je n’y connaissais absolument rien. J’y suis allé avec le doute que eux adhèrent au projet et en fait ils étaient à fond dedans.
Marie-Cécile : Pourquoi tu as choisi le théâtre pour faire ça ?
Olivier : Parce que c’est quelque chose je crois qui n’a jamais dû se faire dans le Vaucluse et je ne suis pas sûr que ça se soit fait déjà ailleurs en France d’exposer vraiment un métier à travers une pièce de théâtre.
Marie-Cécile : Concrètement c’est quoi cette pièce de théâtre, et qu’est-ce qui va se passer sur scène ?
Olivier : Alors c’est cinq auxiliaires de vie donc trois qui vont jouer leurs propres rôles d’auxiliaires de vie, dans une journée lambda chez une personne âgée. C’est une auxiliaire de vie qui joue la personne âgée en question.
Hanane : C’est une pièce où on est d’une dame âgée qui reste chez elle, qui veut rester chez elle ,donc elle a besoin d’auxiliaires de vie pour lui permettre le maintien à domicile. Donc on est différentes et chacune de nous lui apporte quelque chose : notre aide, notre soutien, notre sourire, on est là dans les moments où ça ne va pas, parce que voilà ça fait partie de nos métiers on est là dans les moments où tout va bien, on rigole, et puis dans les moments où ça ne va pas on est là aussi pour leur tenir la main pour leur dire vous n’êtes pas seuls on est avec vous.
Cécile : C’est vraiment particulier de jouer son propre rôle tout en n’étant pas tout à fait nous-mêmes en fait. C’est drôle parce que ça donne un autre regard, même de nous on a un propre un autre regard en voyant la scène finalement. C’est pour ça que moi et mes collègues on étaient ok, parce qu’on s’est reconnues dans le texte.
Olivier : Après un peu parfois édulcoré, un peu parfois abusé, un peu parfois surjoué certainement. Et le titre est parti initialement parce qu’il va y avoir également une chanson sur l’ère de « Aimer » de la comédie musicale « Romeo et Juliette » et en fait j’écris le texte de la chanson avant d’écrire le texte de la pièce de théâtre et dans le texte de la chanson il y a souvent « On kiffe nos petits vieux » qui revient et du coup j’ai donné le même titre à la pièce pour qu’il y ait une cohérence entre les deux et c’est carrément le cas des auxiliaires de vie.
Faire jouer les auxiliaires de vie elles-mêmes
Marie-Cécile : Comment tu es arrivé à travailler avec des personnes qui n’ont jamais fait de théâtre sur une pièce qui va être montrée devant des vrais spectateurs ?
Olivier : Alors toute la réunion ça a été des yeux bizarres : qu’est-ce qu’il va nous faire, qu’est-ce qui nous attend, et quelle idée il a encore eu ? Elles ont dit oui je pense de base parce que c’est moi. Et c’est après en réfléchissant et sur la réunion d’après et quand j’ai vraiment commencé à parler du projet plus concrètement, qu’elles ont réalisé l’investissement qui allait y avoir et la portée qui allait y avoir.
Marie-Cécile : À l’instant où on enregistre l’interview, vous en êtes où dans le projet là ?
Hanane : Là on répète, on essaie de voir par rapport à nos plannings donc ça va parce que nos coordinatrices elles essayent un peu de nous arranger pour qu’on puisse avoir du temps ensemble pour les répétitions. Donc merci à elles aussi franchement ! Franchement tout le monde s’y met et c’est génial.
Cécile : Alors là, on a appris nos textes ce qui est fou voilà parce que c’est pas si facile d’apprendre mais, finalement, c’est une compétence que j’ai, je découvre donc ça c’est une bonne nouvelle ça fait plaisir. Et donc on en est à la mise en scène en fait, on essaye de mettre en scène les mots voilà et ça c’est un autre monde encore ! Parce que c’est un projet auquel j’ai répondu parce que je crois fort en mon métier, mais aussi j’ai répondu, parce que c’est un challenge pour moi, que ça me met un petit peu en quelque sorte en difficulté et ça me fait un bien fou c’est vraiment hyper épanouissant, c’est ça que je remarque là au fur et à mesure des répétitions.
Hanane : Pn répète donc il y a des fous rires bien sûr on a notre RH qui a de la pression, il a beaucoup de pression, et on la sent. Et nous, en tout cas, voilà on essaye de tout faire pour que ce soit une belle pièce, on y travaille, voilà on y travaille. Moi, au début le texte ça va, le texte je l’ai appris donc super, mais c’est vrai que le jouer apprendre quelque chose et puis pouvoir le jouer c’est voilà.. Mais on y arrive, on y travaille, on y travaille et ça va le faire, moi j’ai confiance. Honnêtement, toutes mes collègues toutes celles qui sont avec moi dans cette pièce de théâtre elles sont toutes à fond. Il n’y en a pas une … elles sont toutes à fond, mais quand je vous dis à fond c’est répétition à la maison avec le mari, avec les enfants, avec tout le monde là il y a tout le monde qui s’y met ! On veut qu’Olivier soit fier de nous il nous a fait confiance et nous aussi !
L’impact attendu de la pièce
Marie-Cécile : Quand les gens vont venir voir la pièce, tu voudrais qu’ils ressortent avec quoi ? Maintenant que toi tu connais le texte et tu sais ce qui va être raconté.
Cécile : Alors moi j’adorerais qu’ils se soient amusés, et qu’ils se disent « ah mais c’est vraiment, c’est vraiment chouette ce métier, c’est vraiment un métier facile. On peut y aller, on peut se lancer, on peut essayer et on peut être agréablement surpris en tout cas ». Une curiosité peut-être dans un premier temps, la vocation je pense qu’on peut la découvrir une fois qu’on expérimente en réalité ou pas. On peut se lancer mais en tout cas ça peut rendre curieux de se dire ben tiens pourquoi pas.
Hanane : Alors moi, ce que j’ai envie c’est que les gens ils disent « waouh ! En fait le travail d’auxiliaire de vie, d’aide à domicile en fait c’est top ! C’est génial tout ce qu’ils apportent à cette personne. Ils lui permettent de rester chez elle, de vivre chez elle, elle a tout le soutien qu’il faut. J’ai envie qu’ils disent que : « Ben tiens pourquoi pas déposer un CV, je suis à la recherche d’un travail, peut-être que je trouverai ma place dans ce domaine ! » On a toutes dit oui parce que notre travail il n’est pas du tout valorisé, pas du tout, pas du tout. On est dans l’ombre ! Pourtant voilà … On va parler des infirmiers qui font un travail bien sûr super et heureusement qu’ils sont là, des aides-soignants mais auxiliaires de vie …
Auxiliaire de vie, un métier passion
Marie-Cécile : Et toi quand t’en parles autour de toi, que tu dis que c’est ton métier, c’est quoi les réactions ?
Hanane : Alors moi, franchement, moi mon métier attention je mets des paillettes de partout ! Moi, je leur mets des étoiles dans les yeux. Ben, d’ailleurs, je vais vous dire une chose : j’ai ma fille qui est au lycée qui prépare sa rentrée à l’IFSI et elle cherchait un petit boulot pour le week-end et je lui dis : « Pourquoi tu ne fais pas aide à domicile ? Ca te permet de travailler les week-ends et puis tu vas acquérir une expérience. » Et ma fille elle travaille pour Artemis tous les week-ends et elle adore. Eelle s’occupe d’une dame donc et elle adore, donc ça se passe super bien
Les moments durs et les plus beaux
Marie-Cécile : Dans tes souvenirs qu’est-ce que t’as comme souvenirs qui seraient peut-être le moins agréable en tout cas des choses qui sont peut-être un peu dures à vivre dans ce métier-là et à l’inverse qu’est-ce que t’as vécu qui est super ?
Cécile : J’ai souvent cette image-là qui me reste et pourtant que j’ai vécu il y a longtemps. Je travaillais chez un couple et donc je les aidais pour les choses du quotidien on va dire, pour l’aide à la toilette pour le monsieur et pour la dame. C’était un vieux couple, peut-être qu’ils avaient vécu 60 ans ensemble. Je ne me souviens plus, ils avaient du mal à se mouvoir tous les deux. Et je me souviendrai toujours de ce moment où le monsieur était tout prêt et installé dans son fauteuil et puis c’était au tour de son épouse de venir avec moi à la salle de bain et elle a fait tout un détour qui paraissait interminable avec un effort énorme pour pouvoir aller faire un bisou à son mari. Et ça, j’ai trouvé ça tellement beau : Je me suis dit mon métier prend tout son sens en fait parce que nous on est là, juste pour les aider dans ce qu’ils ne peuvent plus faire et l’essentiel ils étaient là, ils étaient chez eux et ils étaient ensemble et c’était trop beau !
Hanane : Ce qui est difficile, c’est quand on perd quelqu’un qu’on a aidé. D’ailleurs, il n’y a pas longtemps, j’ai perdu un monsieur que j’ai aidé depuis que j’ai commencé à travailler en 2019, quelqu’un que j’appréciais énormément, j’avais beaucoup de respect pour lui. C’était quelqu’un qui nous apportait autant que nous justement on lui apportait. Parce que à chaque fois je plaisantais avec lui, je lui disais on pourrait vous envoyer les petites nouvelles pour les former parce qu’il était toujours en train de nous former, en train de nous montrer des nouvelles choses, en train de … Donc c’est vrai que sa perte ça a été dur. C’est … quand on perd un de nos bénéficiaires, ça nous touche profondément. C’est normal, on est humaine et on s’attache !
Moi je travaille beaucoup vous savez avec aussi des jeunes et des enfants en situation d’handicap et des fois quand on l’aura appris ne serait-ce qu’un geste. Des fois, j’ai une petite jeune, on mange dans la cuisine et elle a son lave-vaisselle juste derrière. Elle est polyhandicapée. Et avant quand elle mangeait par exemple elle finissait de manger puis elle poussait l’assiette ou le verre vers moi pour que je puisse débarrasser. Et un jour, je lui dis mais « regarde, t’as juste à te retourner avec le fauteuil et tu peux ouvrir le lave-vaisselle. » Il est à sa hauteur, l’appartement est aménagé pour une personne en situation d’handicap. Donc elle l’a fait une fois, deux fois et maintenant elle le fait machinalement. Et puis elle me dit « Maintenant, moi grande femme ! » . Donc, voilà grande femme parce qu’elle range ses affaires et même sa maman est super contente parce qu’elle me dit qu’elle a appris, elle a acquis énormément de choses que sa maman elle lui faisait machinalement.
Mais il y a une confiance qui se, qui se crée entre nous et la personne qu’on aide. Et ça c’est super important, ça ne se fait pas en une semaine, en un mois. Ça peut prendre une année parce qu’une fois qu’ils nous font confiance, c’est que nous aussi ça se passe super bien et puis même si on a envie de leur apprendre des choses, qu’on sait qu’ils peuvent faire, attention on va pas forcer une personne à faire, mais quand on sait qu’elles peuvent le faire et qu’ils ont envie mais des fois il faut un petit peu…C’est super en fait !
Marie-Cécile : Tu les aides à dépasser leurs peurs ?
Hanane : Exactement !
Intervenir chez les bénéficiaires, c’est un peu comme monter sur scène
Marie-Cécile : Et justement en parlant de peur ? Monter sur scène ?
Hanane : Oui, c’est vrai que ça fait peur, ça stresse ! Surtout que là bon ça s’approche à grands pas. C’est vrai qu’on stresse toutes, je ne vais pas vous dire non on est en mode cool !! Non, non on stresse toutes un petit peu et je pense qu’une fois qu’on sera sur scène, je pense que ce stress va retomber parce qu’en plus on est là, on se fait confiance toutes, voilà on sait qu’on a une équipe de France Travail, il y a Olivier, donc on est quand même bien entourées aussi et ça va le faire !
Marie-Cécile : Mais au final les premières fois que t’es rentrée chez des personnes que tu savais pas trop, trop ce qu’il allait se passer c’est un peu ça aussi il y avait ce trac là ?
Hanane : Exactement et même maintenant vous savez des fois quand on m’envoie sur une prestation ou pour faire un remplacement ou c’est une nouvelle prestation qu’on arrive chez la personne. On sait à peu près la pathologie, ce qu’il faut faire et tout ça. Mais bon, on arrive quand même chez une personne qu’on ne connait pas, elle ne nous connait pas, on rentre dans son intimité, c’est délicat. Vous savez quand on arrive chez une personne, on n’est pas à l’aise nous non plus. Elle a un vécu dans sa maison, c’est dur d’aller chez quelqu’un pour la première fois, de l’aider à prendre la douche,… C’est stressant pour la personne mais ça je pense que les gens ils ne se rendent pas compte mais c’est autant stressant pour nous. Moi, je sais que je suis les premières fois on est mal à l’aise, le temps de se connaître et tout on se dit mais qu’est-ce qui nous attend, voilà, c’est normal !
Cécile : Oui, je me suis sentie intimidée pas mal de fois au début parce que chaque personne est différente, chaque réaction va être différente donc oui les premières fois on est drôlement intimidée c’est vrai; Et des fois, c’est arrivé au début que je sois même désemparée, carrément, sur des situations où je n’étais pas du tout prête et j’ai toujours fait remonter à chaque fois que j’avais des difficultés
Marie-Cécile : C’est un peu l’équivalent du trac avant de monter sur scène en fait ?
Cécile : Peut-être oui, c’est vrai, un monde nouveau, c’est possible !
Objectif : susciter des vocations
Olivier : C’est de l’impro totale oui et chaque personne chez qui elles rentrent, c’est une nouvelle scène avec des nouveaux personnages, avec des nouveaux … à la différence qu’elles n’ont pas un texte imposé.
Si on pouvait susciter des vocations pour le métier et pérenniser des recrutements et qu’il y ait un vrai travail qui se mette en place entre les structures aussi et le Département, qu’ils aient conscience que la pièce va être captée, qu’ils puissent utiliser la pièce pour pouvoir eux aussi, tout comme France Travail d’ailleurs profiter de la pièce qui a été faite, qui a été mise en scène, qui a été filmée pour faire de la promo sur les métiers.
Marie-Cécile : Mais alors ça veut dire que c’est si compliqué que ça de recruter qu’il faut aller jusque là pour réussir à trouver des gens à recruter ?
Olivier : Ça aurait pu être un job dating qui sorte un peu de l’ordinaire, ça aurait pu être prendre un bus et faire de la promotion dans les écoles, ça aurait pu être plein de choses différentes. Et voilà on a eu une partie du budget du Département pour ce projet là, d’autres structures ont répondu avec d’autres offres et en fait ça va se compléter et du coup on va couvrir le territoire de Vaucluse. Et c’est chouette parce qu’il y a plein d’idées différentes et de manière différente d’apporter l’envie aux gens de faire le métier.
Marie-Cécile : Quand tu reçois des gens en entretien ou que tu parles de ce métier là autour de toi qu’est-ce que des fois on te donne comme peut-être clichés qui peut-être te mettent un peu en colère ?
Olivier : En colère, non, parce que chacun a le droit d’avoir son avis, d’où le but de la pièce de théâtre c’est de les faire changer d’avis sur la vision du métier. Non, après c’est beaucoup : c’est mal payé, on est des larbins enfin voilà on va aller voir papi et mamie pour faire le ménage, pour faire voilà … C’est : on va faire beaucoup de kilomètres dans la journée parce qu’il faut se déplacer d’une personne à l’autre. Oui il y a des déplacements, oui on fait du ménage mais voilà ça va au-delà de ça parce qu’il y a quand même tout un lien social qui fait que les auxiliaires ne sont pas qu’un pion chez la personne âgée.
Cécile : C’est un métier essentiel, indispensable et tellement riche humainement, c’est merveilleux ! C’est un merveilleux métier. Pour les relations humaines je trouve que ça permet de ne pas avoir peur de l’autre et d’être ouvert à l’autre avec ce qu’il est, sans avoir à le changer le prendre tel quel et recevoir ce qu’il est je trouve que c’est vraiment une chance en fait.
Hanane : Là on va leur montrer, on va leur montrer comment on travaille, le matériel qu’on utilise, qu’en fait qu’on se casse pas le dos, qu’on fait pas la même chose du matin au soir même si j’ai une seule personne qu’on va chez elle le matin, le midi, le soir, on ne fait pas toujours la même chose. Et puis qu’on apporte beaucoup et que la personne elle nous apporte autant. Honnêtement, je suis trop, trop fière de jouer cette pièce et comme je pense toutes mes collègues qui jouent cette pièce.
On est tellement passionnées par notre travail, on aime notre travail et pouvoir le montrer à des personnes en fait parce que là c’est vraiment on va montrer ce qu’on fait, on va montrer une prestation qu’on fait habituellement. Franchement je suis super fière enfin de montrer mon travail aux gens qui se font des idées. Moi, j’en suis sûre que certains vont déposer leur CV après avoir vu la pièce, on va leur donner envie !
Le théâtre comme méthode innovante de recrutement
Marie-Cécile : Peut-on vraiment utiliser le théâtre comme outil de recrutement ?
Marie-Cécile : Je suis Marie-Cécile, alias Esperluette, l’anthropologue du quotidien. Suite de cette belle série sur le métier d’auxiliaire de vie et le projet d’Olivier Rousset, le RH d’Artemis qui a écrit une pièce de théâtre pour changer le regard sur ce métier et pourquoi pas, susciter des vocations. Aujourd’hui, je vous emmène en plein cœur de cet événement. D’abord, dans les bureaux de France Travail Avignon Joly Jean, avec Océane et Carole, pour comprendre pourquoi leur équipe a accepté de soutenir ce projet fou et comment le théâtre peut aider au recrutement dans ces métiers dits en tension.
Puis, le jour de la représentation, qui a rassemblé 180 personnes au théâtre du Rouge-Gorge, pour capter l’ambiance et les ressentis de cette superbe équipe après leur passage sur scène. Et enfin, le lendemain, lors du job dating, où une trentaine de chercheurs d’emploi ont pris rendez-vous pour être recrutés par Artemis, après avoir vu la pièce. Maintenant que cette aventure se termine, je suis convaincue que le théâtre peut devenir un superbe outil de recrutement.
Écoutez, vous allez comprendre.
Pourquoi France Travail soutient ce projet ?
Marie-Cécile : Qu’est-ce qui se passe en ce moment avec Artemis, l’agence de France Travail ?
Océane : Il semblerait qu’on soit dans un projet assez fou. Olivier Rousset d’Artemis a organisé une pièce de théâtre pour présenter les métiers du service à la personne. On a accepté ce défi de l’accompagner parce que nous, on trouvait la plus-value au niveau de nos demandeurs d’emploi, pour susciter peut-être des vocations.
Marie-Cécile : Parce qu’auxiliaire de vie, c’est un métier où c’est compliqué de recruter aujourd’hui ?
Océane : Oui, c’est très compliqué. C’est un métier qui est dit en tension donc c’est un métier qui rencontre des difficultés de recrutement. On a sorti les chiffres sur septembre 2024 à septembre 2025, donc sur une année complète. Il y a eu 2638 offres à pourvoir. Ça a été une progression de 4,5% sur l’année précédente. Nous, depuis quatre ans, notamment le service entreprise, de l’agence, essaie de mettre en place beaucoup de choses : des recrutements immersifs, des job dating, des méthodes de recrutement par simulation, etc. C’est vrai que oui, c’est un secteur qui rencontre des difficultés.
Marie-Cécile : Qu’est-ce qui freine les gens à faire ce métier ?
Océane : Il faut enlever tous les clichés qu’il y a sur ce secteur d’activité parce qu’effectivement, il y a des freins. Le premier, ce serait la mobilité. Il nécessite d’être véhiculé pour se déplacer de bénéficiaire en bénéficiaire. Les horaires, c’est souvent des horaires en horaires coupés, donc matin et plutôt soir. Ça aussi, ça peut freiner. Les week-ends qui sont aussi travaillés. C’est vrai que c’est un métier assez physique quand il faut porter les bénéficiaires. Je pense aussi qu’il y a beaucoup d’avantages et de plus-value à ce métier-là. C’est un beau métier !
Les méthodes innovantes de recrutement de France Travail
Marie-Cécile : À France Travail, vous essayez de trouver des techniques un peu différentes pour recruter, que ce soit sur ces métiers-là ou sur d’autres. Comment ça marche et comment vous travaillez pour justement essayer de trouver d’autres manières de convaincre les candidats de faire certains métiers ?
Océane : Je pense qu’il faut sortir du mode « je dépose mon CV, j’ai de l’expérience et du coup, je vais travailler dans ce milieu-là ». On peut changer de secteur d’activité. On n’est pas obligé d’avoir de l’expérience dans le domaine du service à la personne. Il est important aussi de faire ouvrir les esprits aux personnes, c’est-à-dire que : alors oui, j’ai jamais travaillé en tant qu’auxiliaire de vie, mais pourquoi pas ? Donc, toutes ces méthodes de recrutement innovantes nous permettent ça aussi.
Marie-Cécile : Il y a Carole qui vient nous rejoindre. C’est quoi les techniques aujourd’hui innovantes que vous mettez en place pour recruter ?
Carole : Alors, certaines méthodes de recrutement sont aujourd’hui sans CV. Donc, à France Travail, essentiellement, on a deux méthodes de recrutement sans CV. Donc, la MRS, Méthode de Recrutement par Simulation et le recrutement immersif. Alors, la différence entre les deux, c’est que la MRS, on va plutôt travailler sur les habiletés de la personne. Donc, on va mettre la personne en situation de travail. Alors, je vais prendre un exemple, un préparateur de commandes, on va le mettre en situation de préparer une commande et on va voir ses habiletés.
Alors que le recrutement immersif, on est plutôt sur des savoir-être professionnels. Donc là, c’est une technique, le recrutement immersif, qu’on va vraiment travailler avec l’employeur puisque chaque recrutement immersif va être différent. L’employeur va nous donner, en fait, les savoir-être professionnels qui sont importants pour lui, pour sa structure et pour les missions du poste. Et ensuite, une conseillère qui est dédiée au recrutement immersif va créer des petits défis – alors, effectivement, ils appellent ça des défis – où le demandeur d’emploi va montrer qu’il est capable de faire. Alors, généralement, le recrutement immersif, ça se fait plutôt, on va dire, en équipe.
Donc, ce sont des groupes de trois chercheurs d’emploi qui sont mis en situation et les observateurs vont voir un petit peu comment ils se comportent. Et suite à ça, après, vous avez un entretien qui est fait avec l’entreprise. La spécificité aussi du recrutement immersif, c’est qu’elle se fait obligatoirement avec l’entreprise qui recrute. Ce qui permet aux chercheurs d’emploi de faire connaissance avec l’environnement de travail aussi.
Marie-Cécile : Ça, c’est super important.
Carole : Et oui, tout à fait.
Marie-Cécile : Et là, justement, on est sur quelque chose de très innovant ?
Océane : Complètement. Quelque chose de même, je dirais, un peu fou. Une présentation des métiers via la pièce de théâtre, c’est pas mal parce que déjà, c’est fun. Et puis, en plus, elle est présentée par les auxiliaires de vie directement. Donc, ça, qui de mieux placé pour présenter ce métier-là que celles qui le font au quotidien ?
Carole : Alors, Artemis a fait de la MRS, a fait du recrutement immersif, et là, on passe un cap, effectivement, avec le théâtre. Justement, quand on fait du recrutement immersif, il y a toujours une des auxiliaires de vie qui est présente. Déjà, elle fait un témoignage. Et en plus, sur les exercices, elle joue le rôle, effectivement, soit d’un petit vieux, soit d’une personne handicapée. Voilà. Sur les mises en situation.
Et moi, je vois comment elles sont super bonnes actrices. Mais c’est pour ça que c’est super bien, cette pièce de théâtre. Parce que t’as beau faire n’importe quel recrutement, on essaie de faire des mises en situation, mais les gens, ils n’ont jamais vu. Donc, ils font comme ils pensent. Donc, c’est ce qu’on vient valider aussi, ce qu’ils sont vraiment. Mais là, le fait de voir ce qui peut se passer dans une journée, que ce n’est pas des trucs tristes, le fait de dire, voilà, moi, je peux faire des trucs super rigolos avec la personne que j’accompagne, c’est ça que je trouve intéressant, en fait. C’est de montrer tout ça.
Océane : Parce qu’on voit toujours la pénibilité du travail, mais il y a quand même de belles situations. C’est un beau métier. Il y a beaucoup de positifs aussi.
Carole : Et puis, même sur la pénibilité du travail, il y a quand même une chose, c’est qu’ils ont des outils. Ils ont du matériel pour les aider. Et ils sont formés. Donc, ça, c’est pareil. C’est un truc que tu n’as pas forcément dans toutes les agences de service à la personne. Et ça, Artémis, c’est vrai qu’ils sont super forts pour ça. Ils prennent vraiment le temps de former. Ils adaptent le temps de formation à la personne, à ses besoins.
Océane : Ils s’adaptent beaucoup. Je pense notamment aux personnes, par exemple aux étudiants. C’est vrai qu’ils peuvent s’adapter au planning. Et c’est rare. Je tiens quand même à préciser qu’il y a un employeur qui s’adapte comme ils le font, c’est très rare. Et c’est plaisant parce qu’on a aussi cette possibilité-là de s’adapter aux gens.
Pourquoi avoir accepté de soutenir le projet « On kiffe nos p’tits vieux »
Marie-Cécile : Et alors, ça a été quoi, votre réaction quand, Olivier est arrivé avec ce projet un peu fou ?
Carole : Moi, j’adore ce type de projet. Je pense qu’il faut aller vraiment vers ça si on veut permettre à des demandeurs d’emploi de s’ouvrir à d’autres métiers et à des secteurs qui sont aujourd’hui en tension.
Océane : Elle a été emballée. Donc, elle nous l’a proposée. On a monté une petite équipe de choc. On savait que c’était un projet d’assez grosse envergure, notamment pour Olivier et ses équipes. Nous, on était là en soutien sur tout ce qui est logistique. On a pris le pari. Voilà. Et on est très contentes de faire partie de ce projet-là. Et pour l’instant, de ce qu’on voit à la veille de l’événement, ça a bien fonctionné parce qu’on a beaucoup de demandeurs d’emploi qui se sont inscrits pour participer à la pièce de théâtre.
Marie-Cécile : C’était aussi une crainte dans l’organisation, que ça soit difficile de convaincre les demandeurs d’emploi de venir ? Ça a été quoi, les réactions ?
Océane : On a ouvert l’événement sur mes événements emploi. On a eu des inscrits très, très rapidement. Donc, je pense aussi que les collègues de l’agence, et on les remercie fortement, ont bien vendu l’événement auprès des demandeurs d’emploi. Donc, pour l’instant, on a pas mal d’inscrits. Donc, en espérant que tout le monde vienne.
Marie-Cécile : Donc, c’est un travail d’équipe de ce que j’entends. Et en fait, c’est aussi ça. On ne connaît peut-être pas trop ça de France Travail. C’est que vous êtes plusieurs services différents qui travaillaient ensemble, avec chacun, chacune, une particularité dans votre service au service de l’emploi.
Océane : Oui, complètement. C’est ce qui nous tient aussi à cœur de faire participer tous les services. Notamment le service indemnisation avec Béatrice, qui est venue nous aider. On a le service dits placements, donc plutôt emploi avec Agathe, moi-même. Et on a le service entreprise avec Carole et Lisa. Et on a Solange aussi, qui est sur le dispositif Avenir Pro, qui est en relation avec tous les lycées d’Avignon.
Marie-Cécile : Oui, parce qu’il va y avoir aussi des lycéens en formation.
Océane : Oui, des lycéens dans le métier. On a la formation aussi avec l’ ACOPAD (Centre d’orientation et formation professionnelle AVIGNON). Il y aura aussi dans le public l’école de la seconde chance qui viendra avec des jeunes. Ainsi que la Mission Locale d’Avignon.
Marie-Cécile : Par rapport à vous, France Travail, qu’est-ce que vous attendez comme retour, ou en tout cas, ce que vous espérez qu’il va se passer là ?
Océane : De susciter des vocations. On va espérer déjà que les personnes qui assistent à cette pièce de théâtre soient ravies. Et derrière, qu’on ait des retombées pour le job dating du lendemain. Parce qu’on fait la pièce de théâtre jeudi. Le vendredi, Artemis vient à l’agence France Travail pour faire un job dating avec les rendez-vous qui ont été pris la veille pour les personnes intéressées.
Marie-Cécile : Et toi, tu as déjà eu des candidats qui ont travaillé chez eux et qui ont une histoire ?
Océane : Oui, bien sûr. J’ai envoyé plusieurs jeunes. Notamment, j’en ai un en tête qui est en contrat actuellement. Il avait une toute petite expérience. C’est vrai qu’il avait un peu du mal à trouver. Je l’ai envoyé sur un recrutement immersif. Visiblement, il a fait le job et il est en contrat et tout se passe très bien. Donc, c’est top.
Marie-Cécile : On tient le projet jusqu’au bout avec peut-être derrière, on pourra dire qu’on a réussi à embaucher un certain nombre de personnes.
Océane : Ce serait génial. Parce qu’il a pas mal d’offres à pourvoir, je crois.
Marie-Cécile : Qu’est-ce qu’on leur souhaite aux filles d’Artemis et à Olivier à la veille de la première ?
Océane : Moi, j’ai envie de dire merde mais je ne suis pas sûre que je puisse le mettre dans le podcast (rires).
Bon, un gros merde à toute l’équipe.
Carole : Et puis, bravo parce que vous avez fait un super taf. Vous êtes très courageux. C’est super courageux de faire ça. Et ça montre effectivement que vous adorez votre métier. Et ça, c’est top.
Extrait du spectacle
Olivier : On vous présente aujourd’hui une pièce de théâtre qui a été écrite par mes ancêtres par moi, qui est jouée par cinq auxiliaires de vie de la société Artemis. On a commencé les répétitions en septembre, donc soyez indulgents. Elles se sont vraiment données un fond pour ce projet qui est en lien avec le Département et le France Travail. J’espère que vous allez apprécier cette petite heure et demi de spectacle. Merci d’être venus.
Cécile : Bonjour, bonjour. Il y a quelqu’un ? Bonjour, Madame Dubois.
Mme Dubois : Bonjour, qui êtes-vous ?
Cécile : Cécile, l’auxiliaire de vie.
Mme Dubois : Je ne vous connais pas, vous. Vous arrivez d’où ?
Cécile : De chez moi. Je viens pour m’occuper de vous avec Hanane.
Mme Dubois : Hanane ?
Cécile : Oui, Elle doit me former chez vous ce matin.
Mme Dubois ; Alors, pourquoi auxiliaire de vie ?
Cécile : C’est chouette de pouvoir aider les petits vieux. Faire leur ménage, à manger, discuter, les aider à se laver, tout ça, tout ça, quoi.
Mme Dubois : C’est aussi souvent le seul lien qu’ont les vieux. Si je devais compter sur ma fille, je serais six pieds sous terre depuis bien longtemps. Vous me maintenez en vie. Vous donnez tellement. [applaudissements]
Les ressentis après le spectacle
Marie-Cécile : Bon, je me retrouve juste après le spectacle. Comment vous vous sentez, toutes les deux ?
Cécile : Alors, moi, je me sens très fière de moi. Très fière d’avoir partagé ce moment avec toute mon équipe, toutes mes collègues et toute vibrante dans tout mon corps !!
Hanane : Moi aussi, pareil. Franchement, je suis tellement, mais tellement fière de moi, de mes collègues. On a assuré. On avait énormément de trac. On a fait ce qu’on avait à faire. On a assuré. On a pris du plaisir, honnêtement. Et maintenant, ouf ça y est, voilà, c’est passé.
Olivier : Soulagé. Vidé. Franchement, elles ont été exceptionnelles.
Marie-Cécile : À la hauteur de ce que tu voulais ?
Olivier : Je crois que plus encore. Super cohésion. Tout le monde s’est soutenu. Personne ne connaissait la pièce. Moi, en l’ayant écrite, j’ai vu les blancs, j’ai vu les manquements de texte, j’ai vu les galipettes qu’elles ont réussi à faire pour récupérer le texte parce qu’il y a eu une ou deux répliques de loupées et elles ont rebondi. Elles ont vraiment vraiment, vraiment, vraiment assuré.
Marie-Cécile : T’es fier ?
Olivier : Ah mais plus que fier même. Franchement, elles ont vraiment, vraiment assuré.
Marie-Cécile : Carole, tu en as pensé quoi ?
Carole : Juste extraordinaire. Ouais. Ouais, extraordinaire parce que quand on voit les spectateurs qui rient et pas une fois, pas deux fois, mais à chaque blague, donc c’est qu’ils sont vraiment dans le spectacle. Moi, je suis pas soulagée, moi. Je suis, ouais, heureuse. Un sentiment, tu vois, de plénitude. De plénitude…
Olivier : Ebaudie ?
Carole : Ebaudie, c’est ça (rires) !
Ce que la pièce a apporté à Cécile et Hanane
Marie-Cécile : Et est-ce que vous avez appris des choses là qui vont peut-être vous servir après quand vous allez retourner chez vos bénéficiaires ?
Hanane : D’avoir confiance en soi, je pense. Ouais. Parce que c’est vrai que la confiance en soi, moi, personnellement, j’en manque. Mais là, honnêtement, là, je me sens déjà beaucoup, beaucoup plus confiante et voilà. Et continuer à faire mon travail comme je le fais, à donner autant et j’en reçois aussi énormément. Mais à continuer à faire mon travail passionnément.
Marie-Cécile : Est-ce que vous pensez que, justement, le théâtre, ça peut vraiment aider à faire changer cette image un peu dégradante ou des clichés qu’il peut y avoir sur votre métier ?
Hanane : Ah mais, tout à fait. Tout à fait. Parce que là, ils ont vu ce qu’on fait tous les jours chez nos bénéficiaires. Comme quoi, on n’est pas là que pour le change, pour les toilettes et pour le change. On est là aussi pour apporter un soutien, pour apporter un lien social, un réconfort, je dirais aussi. Et voilà. Donc, je pense que oui, je pense que les gens, grâce à cette pièce de théâtre, vont voir ce métier autrement.
Cécile : Moi, le retour qu’on m’a fait, c’est vraiment d’avoir comme vécu un moment dans la maison de Madame Dubois. Comme s’ils avaient été en immersion, en fait, dans la scène. Ils ont été touchés, un peu émus et traversés par plein d’émotions différentes. Donc, ça, c’est chouette. Et puis, je pense qu’il y en a plein qui ont vraiment découvert le métier et qui ont été curieux de comprendre ce qui se passe à domicile parce qu’on entend souvent ce métier, mais en réalité, on ne le connaît pas. Je pense que ça peut vraiment valoriser le métier pour les personnes qui sont venues nous voir, de se dire les auxiliaires de vie, elles se donnent à fond, elles sont même prêtes à faire une pièce de théâtre, à se mettre un petit peu en danger, à apprendre un texte, à se montrer comme ça et je trouve que c’est assez valorisant de se dire c’est pas quoi des aides ménagères… Non, c’est un métier riche et on est prêtes à tout pour le montrer.
Marie-Cécile : Vous allez changer de métier ? Vous allez devenir actrice ? Alors non,
Cécile : Clairement non.
Hanane : Alors non, moi, mon mari, il m’a dit hier, je lui ai montré des extraits, il m’a dit oh là là, tu vas devenir une star, ne m’oublie pas, je lui ai dit non, t’inquiète pas, jamais. Je reste auxiliaire de vie, je suis bien dans ce que je fais, je prends du plaisir, c’est vrai que mon métier n’est pas toujours facile, ça on l’a dit, mais c’est vraiment un métier passion, je dirais, et moi, voilà, je me sens bien dans mon métier et je resterai auxiliaire de vie.
Cécile : Moi aussi, j’adore mon métier et je n’ai pas du tout envie de le changer. Souvent, on m’a demandé « ah, mais tu pourrais faire autre chose », moi en fait, j’aime vraiment mon métier. Je me régale, c’est un métier qui touche beaucoup, au cœur profondément et qui est riche et qui apporte de l’humilité, de la richesse dans les relations humaines, c’est un métier magnifique.
Un message pour celles et ceux qui hésitent à faire ce métier
Marie-Cécile : Et alors, s’il y avait quelque chose à dire aux personnes qui voudraient faire ce métier-là, qu’est-ce qu’on leur dit ?
Hanane : Franchement, il faut venir, il faut oser, il faut le faire. Toutes les filles qui ont été sur scène, elles ont toutes débuté à travailler en tant qu’auxiliaire de vie, en tant qu’aide à domicile, sans aucune expérience, donc sans expérience, donc sans diplôme. Et on a appris, c’est un métier qui n’est pas dur, je veux dire, c’est pas quelque… Il faut, du moment où on part avec… On a de la bienveillance, on aime le partage, je pense que ça… Ça va de soi, voilà.
Cécile : Moi, je dirais que je conseille à tout le monde de venir, même une personne qui n’aurait pas la conviction, parce qu’en réalité, je pense qu’on peut se révéler dans ce métier. Moi, c’était un job d’été, c’était sans aucune conviction, c’était pour gagner quelques sous pendant l’été, donc il ne faut pas hésiter à venir et venir le découvrir. Peut-être qu’il y aura une révélation, peut-être que… Peut-être pas, mais il faut essayer. Ouais, ça vaut vraiment le coup.
Quels ont été les retours des spectateurs ?
Marie-Cécile : Et c’était quoi les retours qu’on a eus dans le public ou après, les demandeurs d’emploi, tout ça, qu’est-ce qu’il y a eu comme retour ?
Carole : Alors, les demandeurs d’emploi se sont rués pour prendre des rendez-vous pour le job dating, voilà. Donc, je pense que rien que ça, ça parle. Je pense qu’ils ont vu effectivement le métier de façon différente et c’était le but aussi de la pièce. Donc, ça, c’est top. Les questions qui ont été posées par les chercheurs d’emploi ont été, je trouve aussi, super intéressantes. Parce que ce qui peut inquiéter au-delà, effectivement, du travail, des fois, un peu technique, quand même, on l’a vu, pour porter la personne, ce genre de choses, il y a aussi le côté émotionnel. Et les questions autour de ça, effectivement, elles sont importantes parce que ça peut être des fois aussi un frein. Je pense qu’ils étaient tous ravis, du coup, et effectivement, le fait de vouloir venir demain au job dating prouve que, voilà, ça les a, en tout cas, convaincus.
Marie-Cécile : Je crois qu’il y a pas mal d’inscrits sur la liste pour demain.
Carole : Tout à fait.
Olivier : Peut-être qu’il y en aura trop. Peut-être qu’il y en aura trop, mais c’est… Voilà, il fallait tester pour savoir si, justement, c’est quelque chose qui peut fonctionner côté recrutement.
Les témoignages des demandeurs d’emploi
Lakbira : Hier, c’était intéressant. Ça nous fait découvrir le métier, en fait, en réalité, maintenant. Et c’est très bien à travers des personnes qui ont effectué ce métier. Et ça, c’est bien. Ils savent ce qu’ils doivent dire, ce qu’ils doivent faire. Ils nous le montrent, en fait. Moi, j’étais… J’étais impressionnée. Oui, c’est bien. Pour moi qui n’ai pas l’habitude de rentrer dans les théâtres.
Marie-Cécile : hier, ça vous a donné envie. En tout cas, ça vous a permis de se dire, peut-être, je peux le faire aussi.
Lakbira : Oui, peut-être, je peux le faire. Peut-être que je peux aider. Je peux aider. Parce que moi, je pensais que c’est les infirmières qui s’occupent de ça. Mais en fait, quand les auxiliaires de vie, elles peuvent faire ça. C’est ça, en fait. C’est quoi, être auxiliaire ? C’est faire un peu de tout, en fait. C’est pas forcément petit déjeuner, nettoyage, non. C’était une bonne idée pour le métier d’auxiliaire de vie, pour le découvrir. Et j’étais intéressée de faire une immersion. J’aimerais bien faire de mon mieux et apporter de l’aide à ces personnes, les soutenir.
Marie-Cécile : Ça peut vous permettre de trouver un projet professionnel ?
Lakbira : Bien sûr, oui. Des opportunités qui peuvent m’ouvrir des portes.
Souad : Hier, si je vous dis que j’étais sensible à pleurer, je n’ai jamais imaginé que ça allait se passer comme ça. Je n’ai même pas des mots pour vous remercier, les gens qui se sont ont occupés de ça. En fait, j’ai l’expérience mais j’ai toujours eu des questions que je n’ai pas de réponse mais hier, j’ai eu la réponse. J’ai compris des trucs en plus. Et ça, ça m’a donné envie de plus faire ça.
Marie-Cécile : Pourquoi vous avez envie de faire ce métier ?
Souad : En fait, j’ai un bon cœur et je suis sensible. Je me sens trop bien à m’occuper des gens âgés.
Marie-Cécile : Des fois, on dit que c’est un métier qui est dégradant parce qu’on fait le ménage, on va nettoyer les gens. Qu’est-ce que vous en pensez, vous ?
Souad : Non, pas du tout parce que si tu aimes cet métier, il n’y a rien qui fait mal pour moi. Et hier, ils ont parlé trop, trop bien d’Artemis et j’aimerais bien avancer avec eux. J’aime bien. J’aime bien parce que j’ai vu Hanane comme elle a parlé. Hanane, elle a parlé au début des stagiaires. Ils ont beaucoup de patience pour les stagiaires, ça donne une chance pour les gens qui ne comprennent pas. Ça, c’est trop, trop bien pour Artemis. Je veux remercier les gens qui ont fait ça. C’est adorable, c’est trop bien. J’aime bien. C’est la façon qu’ils ont fait le spectacle. Ils ont donné à nous une bonne image pour… Ils ont bien travaillé sur ça.
Alhem : Hier, c’était une scène de théâtre qui nous a montré les choses autrement. En fait, une scène qui dit l’auxiliaire de vie, elle est là, c’est pas que pour le ménage. Elle est là pour un accompagnement de nos petits vieux pour partager des bons moments et des mauvais moments. Elle est là pour soutenir. Elle est là pour être contre l’isolement. Elle fait un travail civique aussi. Être utile, ça, c’est très important. J’étais toujours dans l’accompagnement et je me sens utile quand je suis à côté des personnes en situation de handicap. On a découvert aujourd’hui l’auxiliaire de vie en mode actrice. Voilà, c’est une nouvelle idée et vraiment, je félicite toute l’équipe. J’aime bien, en fait, quand on exprime et on valorise les métiers qui ne sont pas valorisés.
Le temps des félicitations
Marie-Cécile : Et qu’est-ce qu’on dit à Olivier d’avoir eu cette idée de fou de faire cette pièce ?
Hanane : Oui, quand il nous a parlé de ce projet, on s’est dit mais il est fada, il est fou, lui ! Mais en fait, on le remercie infiniment. Je pense que c’est la première fois qu’un RH écrie une pièce de théâtre pour ses auxiliaires de vie . Il s’est tellement investi. Il nous a fait confiance.
Cécile : Il nous a fait confiance. Et ça, un grand merci pour sa confiance.
Hanane : Et puis, il nous a permis de faire quelque chose, comme j’ai dit, que moi, personnellement, jamais de la vie j’aurais fait du théâtre. Moi non plus, jamais. Et il nous a dit, les filles, j’ai confiance en vous, vous allez y arriver. Et on lui a fait confiance et comme quoi, voilà…
Cécile : On y est allé à fond !
Conclusion des épisodes
Marie-Cécile : C’est la fin de cette série, mais pas la fin de l’histoire. Je crois que ce projet a eu bien plus d’effets positifs que prévu.
Hanane, Cécile, Chantal, Ghislaine, Sandrine et Laura, les actrices d’un jour, nous ont tous réellement bluffés, par leur énergie, leur talent, sur scène et dans leur métier.
Olivier a relevé ce défi avec brio. Je ne suis pas certaine qu’il se rendait vraiment compte de l’ampleur du projet quand il l’a lancé, mais sincèrement, sa pièce, c’est une pépite.
L’équipe de France Travail, elle a permis que les chercheurs d’emploi soient au rendez-vous, qu’ils dépassent leur appréhension pour découvrir ce métier autrement.
Et le Département du Vaucluse sent qu’il se projet n’aurait pu voir le jour. L’appel à projet voulait renforcer l’attractivité des métiers grâce à des actions innovantes, je crois que c’est chose faite.
Et on l’a bien entendu avec les témoignages de Lakbira, Souad et Alhem en fin d’épisode que j’ai rencontrés pendant le job dating. Je leur souhaite d’aimer ce métier autant que les auxiliaires de vie qui étaient sur scène.
Si le théâtre peut aider à changer un regard sur un métier, peut-être que ce podcast aussi, alors n’hésitez pas à le partager.
Merci Olivier pour ta confiance, c’était le sujet idéal pour lancer ma nouvelle saison.
Merci à toutes et à tous pour votre écoute, je vous dis à très bientôt, je l’espère-luette, évidemment.

