
Et c’est parti pour le Festival OFF d’Avignon 2026. Comme chaque année, je vous partage sur Esperluette en Mode Festival mes rencontres, mes coups de cœur, mes découvertes artistiques et humaines ! A suivre tout au long du mois de juillet.
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Mon avis sur le spectacle
Mon avis sur le spectacle
« Si vous êtes venus pour être raisonnable, il est temps de partir. Mais si vous êtes venus pour célébrer la vie, pour danser avec l’inconnu, et que vous croyez, comme moi, que ce monde est étrange… alors vous serez exactement au bon endroit en allant voir « Gatsby », la nouvelle création de la compagnie Les Pieds Nus.
Il y a quelques années, j’avais adoré leur Cyrano à trois comédiennes. Une fois encore, j’ai eu un grand bonheur à retrouver leur univers, leurs couleurs explosives, leur sens du rythme, et ces trois superbes comédiennes qui interprètent, avec un talent fou, tous les personnages de l’histoire.
Dans « Gatsby », on n’entre pas dans un théâtre classique. On entre dans un cabaret ! On a envie de chanter, d’interagir, de danser avec les personnages qui nous emportent dans leur énergie folle. Un moment festif, drôle, où le Théâtre du Rouge-Gorge devient le décor parfait pour cet univers de fête et de vertige.
Bien sûr, la base de l’histoire reste celle de Fitzgerald : le destin d’un homme prêt à tout pour reconquérir son amour perdu, jusqu’à s’y perdre lui-même. Mais ici, c’est surtout une fresque contemporaine décalée, qui nous parle de soif de réussite, d’illusions perdues et de cette course effrénée après un bonheur matériel qui nous échappe.
D’ailleurs, une phrase du spectacle m’a particulièrement marquée : « Les gens ne veulent pas être heureux, ils veulent avoir l’air heureux. C’est beaucoup moins fatiguant. »
Cette phrase, très contemporaine, nous rappelle que derrière les paillettes et les sourires, il y a souvent une grande solitude. Et c’est là que la compagnie nous emmène plus loin. Elle nous souffle que notre société n’est bien souvent faite que d’illusions, et que finalement, on se sentirait peut-être mieux si l’on emportait dans nos cœurs les gens plutôt que les objets.
« Gatsby », c’est 1h20 que l’on ne voit pas passer. 1h20 jubilatoires, entre théâtre et cabaret, qui nous étourdissent de joie pour mieux nous faire célébrer la vie. La vraie.
Si vous cherchez un spectacle qui vous secoue joyeusement et vous fait réfléchir, foncez voir ce trio de femmes aux talents de comédiennes et de chanteuses incontestables. Une pépite d’énergie pure !
Mon avis sur le spectacle
Si vous cherchez un moment de fraîcheur, de danse et d’humour pour illuminer votre journée festivalière, ne cherchez plus : il est au Golovine avec « 50 ans, présente ! ».
Carine Kermin, co-autrice, chorégraphe et interprète de ce seul-en-scène, nous embarque dans la folie douce de sa cinquantaine. Entre souvenirs du passé et réalités bien présentes, elle explore cette possible zone de turbulences. Mais attention : loin d’elle l’idée de se plaindre ou de dresser un constat amer. C’est tout le contraire. C’est le moment de faire un point, joyeux et lucide, sur cette période de transition que toutes les femmes et les hommes traversent.
Grâce à son énergie débordante, Carine nous entraîne dans sa danse pour essayer de comprendre ce que « vieillir » veut vraiment dire. Peut-être que la réponse, c’est justement de ne plus se prendre au sérieux. D’accepter les changements du corps, ces petits signes qui nous rappellent qu’on a vécu beaucoup de choses déjà et que d’autres sont à venir. Et de se permettre de regarder la société avec un regard plus caustique, plus libre.
« 50 ans, présente ! », ce n’est pas vraiment une pièce de théâtre. Ce n’est pas un spectacle de danse non plus, ni un one-woman-show. C’est un spectacle hybride, où le mouvement est un mode d’expression aussi important que l’image ou le texte. Comme le dit la compagnie, c’est une « comédie théâtrale et chorégraphique, humoristique et poétique ». Un ovni scénique qui fait du bien.
On se prend une bonne dose d’énergie positive. On chante, on fête des anniversaires, on rit, et on est ému aussi, et bien sûr beaucoup de sujets nous touchent. Carine nous partage sa sensibilité avec une vraie envie de nous faire regarder le temps qui passe autrement. Non plus comme une ennemie à combattre, mais comme une étape à traverser, à apprivoiser, voire à célébrer.
Co-écrit et co-mis en scène avec Mohamed Guellati, le spectacle décortique avec finesse les injonctions de la société sur la question de l’âge. Moin d’être invisible, là la femme de 50 ans et plus est bien visible. Elle joue avec les clichés, comme elle joue avec les mots et les mouvements.
En sortant de là, on a un grand sourire et une bonne énergie qui nous retire un petit bout de notre peur de vieillir. On se dit que la cinquantaine, ce n’est pas la fin de la fête, c’est peut-être juste le début d’une nouvelle danse, plus libre, plus authentique.
Un spectacle à voir pour se rappeler qu’on est toujours là. Présents. Et biens vivantes !
Mon avis sur le spectacle
Allez, aujourd’hui, je vous parle de théâtre classique. Le grand Molière, avec L’Avare. Vous allez me dire : « Encore ? Vu et revu ! » Et bien non ! Je vous propose une version dépoussiérée, rythmée, qui nous emmène directement au Burkina Faso
Avec « L’Avare et ses calebasses », la Compagnie Marbayassa et le Théâtre de la Trame ont créé un pont entre le théâtre classique et les traditions burkinabè. On y redécouvre le burlesque de la pièce, le comique de situation pur. On y retrouve aussi bien sûr les amours contrariés, et on se délecte des quiproquos qui créent des scènes à la fois drôles et grinçantes.
Sur scène, quatre comédiens et comédiennes, vêtus de costumes en tissus traditionnels, sont accompagnés par un musicien qui nous régale des sons envoûtants de la kora et du balafon.
Mais le cœur de ce spectacle, ce sont… les calebasses. La calebasse est un objet capital en Afrique de l’Ouest. C’est le récipient qui contient l’eau de bienvenue offerte au visiteur, les graines, les farines, c’est le coffre-fort où l’on cache ses bijoux, ses souvenirs précieux. C’est un symbole fort lors du départ de la jeune mariée, rappelant le ventre de la femme enceinte, symbole d’abondance et de fécondité.
Ici, Harpagon ne cache plus son trésor dans une cassette en bois, mais dans ses calebasses. Elles deviennent son obsession, tout comme dans l’œuvre originale, mais avec une autre dimension culturelle et symbolique.
Et bien sûr, cette pièce nous fait rire, beaucoup. Mais elle nous fait surtout réfléchir sur l’universalité de l’avarice. Aujourd’hui, on pourrait remplacer la cassette en bois ou la calebasse par notre cher téléphone portable…
L’avare et ses calebasses c’est joyeux et musical. C’est la preuve que Molière reste universel, et que même si une pièce a déjà été montée des centaines de fois, on peut encore l’adapter pour faire découvrir d’autres cultures, d’autres sonorités, et nous offrir un regard neuf sur nos défauts bien contemporains.
Mon avis sur le spectacle
Il y a des personnes au destin tragique qui trouvent en elles une telle force qu’elles déplacent des montagnes, changent la société et transforment leurs obstacles en marches pour monter encore plus haut.
C’est le cas de Dorine Bourneton. À 16 ans, seule survivante d’un crash d’avion, elle est devenue la première femme paraplégique au monde pilote de voltige. Et aujourd’hui, elle est sur scène avec « Voltige ! » pour raconter son histoire.
Écrite et mise en scène par Eric Metayer, la pièce – portée par l’énergie débordante de Dorine – a le pouvoir de remettre un peu de lumière dans nos esprits. Elle met en avant celles et ceux qui, par leurs différences, sont trop souvent invisibilisés par la société.
C’est subtil, c’est drôle. On prend un plaisir fou à « voler » avec Dorine au-dessus de ses défis. Mais pour moi, la vraie force du spectacle est ailleurs. On pourrait ressortir de là plombé, culpabilisant de ne pas assez « se bouger » face aux exploits inimaginables relevé par Dorine dans sa vie.
Et bien non ! Pas du tout. On ressort avec la banane. Conscient d’être en vie et capable, nous aussi, de nous mettre en mouvement.
Le spectacle ne cache rien des réalités du handicap. Tout y passe : le regard des autres, la rééducation, les relations amoureuses, la sexualité, une société qui trop souvent considère les personnes en situation de handicap comme inférieures. On y voit les doutes, mais surtout les grandes réussites qui ont fait bouger les lignes.
La mise en scène est ingénieuse : deux danseurs, vêtus de noir, font bouger le décor, dansent avec Dorine, interagissent avec elle avec humour. C’est cette idée, cette légèreté dans le traitement qui fait de ce spectacle une pépite inoubliable.
C’est un spectacle qui infuse doucement, une fois sorti de la salle. Un spectacle qui donne tout simplement l’envie de croquer la vie à pleines dents.
Mon avis sur le spectacle
« Paraplégique, son corps est limité, mais pas l’élan de créer. » Voilà comment est présenté le spectacle « Échelle » dans le programme du Festival. Et c’est effectivement ce qui ressort du spectacle.
Chorégraphié par Ira Kodiche, accompagnée de cinq danseurs et danseuses, Echelle est le récit corporel d’une vie qui a basculé. Ira nous raconte son histoire : celle d’un corps vivant pour la danse, qui se retrouve soudain empêché, bloqué par le handicap suite à un accident.
Comment se relever ? Comment retrouver le mouvement quand on perd l’usage de ses jambes ? Comment retrouver l’envie d’avancer, le contact avec les autres, et un nouvel élan créatif ? Il a fallu inventer d’autres manières de créer, un autre langage. Et Ira l’a fait, toujours par la danse.
Dans « Échelle », elle montre tout : les difficultés du handicap, les tensions de la rééducation, les défis du quotidien, mais aussi cette volonté sans faille de se surpasser et de trouver un nouvel équilibre. Avec des objets de son quotidien de personnes en situation de handicap – et des échelles bien sûr– les danseurs et elle tentent d’apprivoiser cette transformation.
Les danses contemporaines et urbaines qui s’y mêlent nous permettent de regarder la norme sous un autre angle. On y exprime les fragilités, les doutes, les chutes… mais aussi une autre puissance, retrouvée.
C’est un très beau travail de troupe. On sent qu’il y a bien plus qu’un exercice chorégraphique : c’est une envie de faire passer un message d’inclusion, bien sûr, mais surtout de transmettre une énergie, celle du dépassement de soi. Celle qui prouve que la résilience aide à construire de nouveaux projets, malgré les obstacles. Et celle qui nous rappelle l’importance d’être bien entouré pour y arriver.
Un très beau spectacle de danse avec une mention toute particulière pour Jimmy Leroux, qui, je trouve, par sa puissance et sa présence, apporte une énergie supplémentaire au spectacle.
Ils ne sont restés que quelques jours à Avignon. Mais si leurs échelles viennent se poser près de chez vous, allez les voir. Allez les voir, car elles pourraient bien vous aider, vous aussi, à prendre de la hauteur sur vos propres obstacles, et à voir que même bloqué au sol, on peut toujours viser le ciel.
Mon avis sur le spectacle
Chaque année, même si ce n’est pas ce vers quoi je vais spontanément, je prends toujours le temps d’aller voir au moins un ou deux spectacles jeune public.
Le spectacle à voir en famille que je vous recommande aujourd’hui,c’est L’enfant de l’arbre. Je l’ai vu l’année dernière, il faisait déjà partie de mes coups de cœur. Et il revient cette pour notre plus grand bonheur !
Dès le début, comme les enfants autour de moi, j’ai été transportée dans la forêt grâce à cet arbre majestueux qui apparaît, presque magique, planté là, au centre de la scène, qui grandit devant nos yeux. Et qui, comme un sage, à la fois veille sur nous et cet enfant sauvage qui vit heureux à son pied, et nous invite à être témoin de son histoire.
L’enfant de l’arbre, c’est une fable poétique, onirique, accessible aux plus jeunes mais qui touche aussi les adultes. La preuve avec moi !
Une fable sur notre lien à la nature, à l’eau et sur notre rapport au travail.
L’enfant de l’arbre nous emporte avec lui de manière espiègle, et intelligente pour nous montrer qu’en regardant le monde avec des yeux plus ingénus, en tentant de le voir sous un autre angle, on prend de la hauteur et on se rend compte de l’absurdité de nos comportements.
Les yeux de l’enfant, nous permettent ce regard sur les éléments plus sensible, nous permettent de retrouver cette légèreté que nous avons oubliée, et ce rapport à la nature simple et équilibré.
Je crois qu’il est vraiment temps de renouer avec notre âme d’enfant et d’aller rencontrer l’enfant de l’arbre pour nous reconnecter enfin au vivant.
Mon avis sur le spectacle
Une nouvelle fois, avec cette chronique et ce spectacle, j’ai fait plaisir à mon âme d’enfant. ✨
« Nasr et Dinn », c’est un duo qui voyage pour nous faire vivre ou découvrir les histoires de Nasreddine Hodja, ce personnage mythique de la culture musulmane .
Créé par Valérie Da Mota et Romans Suarez Pazos, ce spectacle est une merveilleuse rencontre entre la tradition orale – ce patrimoine immatériel de l’humanité – et la modernité du dessin numérique. Sur scène, les mélodies accompagnent des dessins projetés en direct et les mots nous embarquent dans de folles aventures.
On y suit les pérégrinations de Nasr et Din… et de leur âne ! Ils voguent à travers ciels et mers pour répondre aux grandes questions de la vie : de comment tailler la crinière d’un âne à connaître le jour de sa mort. Des histoires drôles, poétiques et pleines de malice à la fois.
J’aurais presque aimé voir ce spectacle dehors, sous un arbre, assise sur un coussin, avec le chant des grillons pour nous accompagner dans ce voyage magique, et être bercée par le violon sur scène. Mais même dans une salle de théâtre, la magie opère quand même. Malgré la distance avec la scène, les deux artistes arrivent à créer une proximité avec le public pour embarquer petits et grands avec eux. Car oui, accessible dès 5 ans, ce spectacle s’adresse à toutes et tous. Chacun y trouve son compte : les enfants ont les yeux qui brillent émerveillés et rient, et les adultes ont eux aussi les yeux qui brillent et retrouvent cette sagesse populaire qui nous manque parfois.
Un spectacle d’où on sort avec l’esprit léger. Une pause dans la folie festivalière qui fait du bien. Un doux moment à partager en famille, ou à venir voir seule comme je l’ai fait, pour prendre le temps d’écouter de belles histoires et s’émerveiller.
Mon avis sur le spectacle
Je suis depuis quelques années le travail de Flore Vasseur : écrivaine et réalisatrice. J’ai même eu le bonheur de l’interviewer lors d’une projection de son documentaire Bigger Than Us. Alors, évidemment, quand j’ai vu que son court métrage Meeting Snowden avait inspiré un auteur pour en faire une pièce de théâtre, et qu’elle serait présente au Festival d’Avignon, je n’ai pas voulu manquer ce rendez-vous.
C’est un exercice toujours difficile que d’adapter une histoire vraie, contemporaine, et mettre sur scène un bout de vie de personnes qui sont toujours en action. Et bien, le défi, relevé par Sylvain Bastonero, est plus que réussi.
« Rencontre avec Snowden », c’est du théâtre engagé, mais pas moralisateur, où l’humain est au centre. Il restera sans aucun doute dans mon top 5 de ce Festival OFF.
Cette pièce nous rend témoins de la rencontre entre Flore et Edward Snowden, cet informaticien et lanceur d’alerte américain qui a révélé l’existence de plusieurs programmes de surveillance de masse. Flore le rencontre en 2016, avec l’objectif de réaliser un documentaire sur l’avenir de la démocratie. Cette rencontre, retranscrite sur scène, devient un moment de confidence où chacun explique ce qui a déclenché sa prise de conscience, cette envie d’agir, et les conséquences que cela a eues sur leur vie.
Ce spectacle est un très beau travail d’équipe. Il y a bien sûr l’écriture et la mise en scène de Sylvain Bastonero, mais aussi les conseils de Flore Vasseur. Venue voir la pièce à ses débuts, elle a été tellement touchée par le travail de la compagnie qu’elle a accepté de les accompagner pour faire évoluer le texte. Cela donne encore plus de force aux messages délivrés. Et il y a le talent des comédiens et des comédiennes, dont l’interprétation reste sobre et juste.
C’est une pièce sur le courage de l’engagement, et sur l’amour aussi, mêlant l’intime et le politique. En sortant de la salle, on est ému, voire bouleversé. On s’interroge sur la réalité de notre liberté. C’est ça, la force de ce spectacle : il ne nous donne pas de leçons. Il pose des faits, tel un documentaire, et nous laisse prendre conscience de notre responsabilité en tant qu’êtres humains, faisant partie d’un tout, dans une société qui, au contraire, nous pousse de plus en plus à l’individualisme.
Une pièce essentielle, je n’ai pas d’autre mot. Essentielle pour comprendre les enjeux de notre temps, mais surtout pour retrouver foi dans la capacité des individus à sortir du cadre imposé pour changer le cours des choses.
Et puisque Flore Vasseur était à Avignon ce week-end, j’ai eu le bonheur de la revoir. Elle a, une nouvelle fois, accepté de répondre à mes questions. Rendez-vous donc dans le deuxième épisode dédié à Rencontre avec Snowden, pour l’écouter parler de ce spectacle et de son engagement.
Mon avis sur le spectacle
Si j’aime le spectacle vivant, c’est pour les émotions qu’il procure. Pour ces artistes qui donnent tout, passionnés. Pour ces mises en scène créatives qui éclairent un sujet et nous font apprendre.
Avec « Incorrigibles », j’ai été servie. Au-delà de mes attentes. Dès les premières secondes, Océane et Jeanne, le duo de danseuses et chorégraphes, nous capturent. Une lumière chaude nous plonge d’emblée dans l’univers quasiment étouffant des cales de bateaux qui les amènent au bagne en Guyane. Un pan méconnu, trop souvent oublié, de notre histoire coloniale.
Et quoi de mieux que la danse pour montrer ces corps contraints, enfermés, utilisés ? Quand on pense « bagnards », on imagine des hommes. Pourtant, ce spectacle nous parle de ces 1 000 femmes enfermées en Guyane. Des femmes bagnardes, souvent pour de petits délits. Des femmes dont la « porte de sortie » proposée était souvent le mariage forcé. Car pour peupler la colonie, l’État avait besoin de mères. Voilà à quoi sert le corps des femmes.
Un sujet dur, qui résonne tristement avec notre présent, porté magnifiquement par Océane et Jeanne. Leur amitié réelle, leur complicité dans la vie, leur permettent d’incarner ces rôles avec tellement de brio. Tantôt tendres pour se soutenir, tantôt violentes pour exprimer l’horreur vécue.
Elles ne nous lâchent pas une seconde. Au-delà de la prouesse physique, ce spectacle est pédagogique, documenté, enrichi d’extraits sonores qui ajoutent à l’intensité. Leur volonté ? Faire de la danse contemporaine un art accessible, porteur de messages clairs. Et c’est plus que réussi.
Vous l’aurez compris, « Incorrigibles » est l’un de mes plus grands coups de cœur de cette année. C’est un spectacle qui devrait être montré dans tous les lycées, en Guyane comme dans l’Hexagone. C’est la rencontre avec un duo attachant et engagé, qui pose sa colère sur la piste de danse pour partager, en toute intelligence, son indignation.
Elles nous rappellent une vérité essentielle : la connaissance évite l’oubli. Et l’oubli est la pire des menaces si l’on veut que les erreurs d’hier ne deviennent pas les récurrences d’aujourd’hui.
Une claque artistique et historique. À voir absolument.
Mon avis sur le spectacle
De 7 à 77 ans, c’est une parenthèse de tendresse et de fraîcheur dans ce festival caniculaire.
On est témoin de cette relation si unique entre un grand-père et son petit-fils. Une relation comme on aurait toutes et tous aimé en avoir. D’abord épistolaire, leur lien prend un tournant important quand Franck vient passer quelques jours de vacances chez Denis. Bon, il est vrai, d’abord pour récupérer de l’argent… Mais son grand-père va lui imposer une règle d’or : laisser de côté son téléphone et vivre pleinement ces quelques jours ensemble.
Cette contrainte amène bien sûr à trouver des activités : quelques restos, une partie de pêche, une rando, et même une tentative de soirée en boîte de nuit ! Mais surtout, elle ouvre la porte à des discussions plus ou moins sérieuses. Tout y passe : la jeunesse, l’amour, le sexe, le deuil, les relations humaines. Chacun transmet à l’autre une partie de ce qu’il est.
C’est une pièce émouvante, drôle, lumineuse. Le duo entre Franck (joué ici par Eliott Guenoden, qui reprend le rôle initialement créé par Franck Buirod) et Denis Obitz est complice et criant de vérité.
La mise en scène est épurée, très peu d’objets pour le décor, pour rester sur l’essentiel : la relation entre ces deux hommes si différents, et pourtant liés par quelque chose de très fort. On a l’impression d’être des petites souris qui ont accès à l’intimité de ce duo intergénérationnel. Comme pour nous rappeler que parfois, les choses les plus simples sont celles qui ont le plus d’impact sur nous.
C’est une pièce à voir en famille, ou en solo. Une pause nécessaire dans la frénésie du monde actuel. J’ai adoré voir ces deux personnages rigoler ensemble, s’apprendre des choses, se chamailler puis partager à nouveau. Et surtout, il y a une telle complicité entre les deux acteurs – vous l’avez d’ailleurs entendue dans leur interview – que l’émotion en est décuplée.
J’y ai lâché ma première larme du festival. Mais une larme comme je les aime, et à l’image de cette pièce : sincère et profondément humaine.
Mon avis sur le spectacle
Plus qu’une critique, après avoir vu Marcelle, j’ai eu envie de lui écrire et d’écrire à Marie également dont vous pouvez entendre l’interview dans le podcast
Chère Marcelle,
Quelle vie au service des autres. Quel incroyable engagement pour aider les plus démunis.
Avec votre mari Jean, vous avez eu 8 enfants, vous auriez pu vous arrêter là, mais vous avez décidé d’adopter une fratrie de quatre orphelins. Puis, quand vos aînés ont quitté le cocon familial, vous en avez accueillis d’autres, toutes et tous dans le besoin. Jusqu’à remplir 5 maisons et aider une soixantaine de personnes. Vous avez destiné votre vie aux oubliés et rejetés de notre société car comme vous le dites, « le bonheur des autres fait votre bonheur et leur malheur vous empêche de dormir. »
Je ne suis pas certaine qu’avec toutes ces responsabilités vos nuits aient été sereines et reposantes, mais il ressort de la pièce écrite et jouée par Marie, que cela vous mettait en joie.
Une joie simple d’aider l’autre, comme un besoin instinctif. Vous avez aujourd’hui 96 ans, il semblerait que la lutte contre l’injustice sociale offre une belle longévité.
Avec cette chronique je tenais à vous féliciter pour ces années dédiées aux autres et à la vie, d’avoir apporté votre énergie positive au monde et d’avoir suivi ce qui vous animait sans vous soucier du regard des autres. Merci pour cette belle leçon d’humanité.
Chère Marie,
Toi qui as décidé d’écrire et de jouer la vie de Marcelle, qui n’est autre que la grand-mère de ton conjoint.
Toi qui as été tant touchée par son histoire que tu as eu envie de la partager sur scène avec nous pour nous appeler à plus de solidarité. Merci.
L’exercice a dû être intense, mais il permet de garder une trace de cette femme extra-ordinaire. Ce genre d’histoire fait malheureusement trop peu partie des infos qui inondent nos sources d’information. Il est tellement plus facile de parler de ceux & celles qui font du mal que de celles & ceux qui s’engagent sans compter.
Ce seule-en-scène nous interroge sur les freins que nous nous mettons au quotidien à nous engager, à aller vers l’autre, à ne pas s’arrêter sur les préjugés, sur les moments durs de la vie. On se sent tout petit face à son énergie et sa force mais la rencontre avec cette héroïne bien réelle et contemporaine marque j’en suis sûre chaque spectateur et spectatrice.
C’est une pièce qui fait du bien, qui interpelle notre humanité. Elle donne de l’espoir, elle ouvre les esprits alors je te souhaite de continuer à transmettre le message de Marcelle dans beaucoup de salles et d’écoles.
Chère Marie, merci simplement d’être passée par Avignon !
Mon avis sur le spectacle
Ma première vraie claque de ce Festival OFF ? C’est « Ne t’arrête pas de courir ».
Évidemment, avec une production de l’Atelier Théâtre Actuel, une adaptation du roman de Mathieu Palain signée Johanna Boyé et Thibaud Houdinière, une mise en scène de Tristan Petitgirard et Kamel Isker dans la distribution… je ne prenais pas beaucoup de risques. Quoique. On le sait : parfois, quand les attentes sont trop grandes, la chute est rude.
Mais là ? Aucune déception. Juste la découverte d’un petit bijou.
L’histoire, d’abord. Celle, vraie, de Toumany Coulibaly. Un athlète promis à une grande carrière sur 400 mètres, mais rongé par une autre addiction : le vol. Le spectacle nous plonge dans la rencontre entre ce destin brisé et un journaliste intrigué. Au fil des parloirs, une amitié naît. Une question demeure : ce lien peut-il ramener Toumany sur le droit chemin ? Peut-il l’aider à se réconcilier avec lui-même ?
Ce qui fait de cette pièce un bijou, c’est surtout sa mise en scène. Dynamique, originale, elle nous tient en haleine dès les premières secondes. C’est un théâtre moderne, qui fusionne les arts. Il y a de la musique live, portée par Sara Zinger, DJ et comédienne. Une musique électronique qui intègre même la voix de Toumany, nous plongeant dans une ambiance unique, à la frontière entre fiction et réalité.
Et puis, il y a la danse. Ike Zacsongo-Joseph, qui interprète le personnage principal, livre une performance bluffante, tant dans le jeu que dans le mouvement. La danse ajoute une couche de sensations : les tensions du corps de l’athlète, bien sûr. Mais aussi les tensions de l’homme qui se bat. Pris entre son envie de réussir et la pression de son environnement qui le pousse à voler. Comme si l’adrénaline du vol était plus forte que celle de la victoire sur les pistes.
Que l’on soit passionné d’athlétisme ou non, cette pièce s’adresse à tous. Car nous vivons tous des succès et des chutes. Nous sommes tous confrontés à des décisions cruciales. Nous faisons tous des erreurs dont il faut se relever. (Celles-ci ne nous mènent pas toujours en prison, mais la blessure est là).
On est touché par Toumany. On s’interroge sur le rôle de ce journaliste qui cherche inlassablement à faire ressortir le meilleur de lui. Et surtout, on s’interroge sur nos propres vies. Sur ce qui a fait que nous sommes là où nous sommes aujourd’hui.
Une pièce mouvante, intense, émouvante. À voir sans tarder.
Mon avis sur le spectacle
Dans le premier épisode de la saison, je vous parlais de ma joie de retrouver l’ambiance du festival. Alors je me devais d’aller voir Michaël Hirsch avec son seul-en-scène qui s’appelle « Y’a de la joie ».
Michaël Hirsch, je l’avais découvert avec ses chroniques sur Europe 01 et son spectacle Pourquoi ? Il adore jouer avec les mots ce qui lui a souvent valu d’être comparé avec Raymond Devos. Mais comme je n’aime pas les comparaisons, et bien je vous le dis ce n’est pas juste pour ça qu’il faut aller voir Y’a de la joie.
Pourquoi il faut y aller, car Michaël s’est donné un an pour apprendre la joie de vivre ! Sacré défi non que l’on pourrait toutes et tous se lancer dans les mois à venir.
Dans les injonctions quotidiennes que nous recevons souvent notamment via les réseaux sociaux, on nous parle toujours de la recherche du bonheur. Mais finalement à quoi sert de trouver le bonheur, s’il cela ne se fait pas dans la joie. Est-il d’ailleurs possible d’avoir l’un sans l’autre ?
C’est certain qu’en France nous sommes plus doués pour critiquer, véritable sport national, que pour exprimer sa joie. Et bien ça se travaille, et Michaël va vous montrer comment il a fait pendant cette année pour rechercher sa joie de vivre. Année qui s’est terminée par un heureux événement.
Vous allez me dire, et bien s’il allait devenir papa c’est simple d’être joyeux. Et bien non pas forcément. Et nous ne sommes pas toutes et tous logé à la même enseigne dans notre capacité à nous réjouir des beaux moments, et ça vous le comprendrez pendant le spectacle car c’est un texte documenté qu’il nous propose.
On y trouve beaucoup d’humour, de l’émotion, quelques imitations. On y retrouve donc ce qui a fait notre bonheur dans ses spectacles précédents, mais avec une petite touche de confidence en plus qui crée un lien tout particulier avec le public.
Aller voir Y’a de la joie, c’est donc non seulement une bonne manière de comprendre que la joie ça se travaille, mais d’abord une bonne manière de débuter la journée pour la sublimer.
De quoi repartir avec le sourire et peut-être garder un petit peu de ce spectacle en vous histoire de voir la vie différemment, avec un petit peu plus de joie bien sûr !
Quand la voix s’en mêle, écrit et interprété par Isabelle Mounier, est un spectacle intime qui raconte, à travers un personnage fictif, une partie de son travail d’artiste autour de la voix.
Avant le spectacle, je connaissais déjà Isabelle pour avoir suivi certains de ses ateliers de lecture à voix haute. Vous vous doutez qu’en tant que podcasteuse, l’exercice m’a toujours intéressée, même si je le pratique souvent seule, dans mon coin : parfois face au livre que je lis, d’autres fois face à mon micro en enregistrant mes chroniques. C’est un art bien plus exigeant qu’il n’y paraît et, quand il y a un public, ça change tout. Pour Isabelle, cette facilité apparente à dire les textes, à trouver l’intention juste, est le fruit d’un long travail, celui de toute une vie, qu’elle partage maintenant avec passion avec ses élèves.
Ce que j’ai aimé dans ce spectacle, c’est de la voir sur scène dans un exercice différent de la « prof » que je connais. Elle y incarne avec justesse et espièglerie une femme d’abord timorée, qui se lance un défi : participer à un film documentaire sur la voix et la lecture à voix haute.
Pendant 18 mois de voyage initiatique, elle explore ses capacités vocales en lisant des extraits de textes de Violette Leduc, Valérie Rouzeau et Nathalie Sarraute. Mais la transformation n’arrive pas que dans la voix ; c’est surtout une transformation intérieure. Car oui, les vibrations de nos cordes vocales transmettent beaucoup de notre être aux autres et à nous-mêmes. Libérer sa voix, c’est se libérer soi-même. Ça ne se joue pas que dans la gorge, ça résonne dans tout le corps.
Dans ce spectacle, Isabelle donne vie à deux personnages : elle-même, dans sa quête pour trouver sa voix, et le réalisateur du documentaire, que l’on n’entend pas mais dont on devine les réactions. Elle nous fait comprendre les exigences et les bienfaits de ce regard extérieur. Elle nous montre que les progrès peuvent être minimes, que parfois on revient en arrière, mais qu’avec de la persévérance, il arrive le moment où il y a un déclic : le résultat s’entend et se voit.
La voix est un outil de lien et de vérité et Isabelle, avec ce spectacle, nous embarque dans cette quête des mots et du ton juste. Un spectacle qui donne envie d’oser lire à voix haute, pas uniquement seule face à un livre, mais de partager cet exercice avec les autres.
Comme chaque année, début juillet, je reçois quelques messages de mes proches qui me souhaitent un bon Festival ! Alors non, je ne suis ni comédienne, ni metteuse en scène, ni autrice, ni technicienne, mais juste une passionnée qui a l’énorme chance de pouvoir y participer depuis 13 ans maintenant.
Je n’ai jamais comptabilisé le nombre de spectacles vus, ni le nombre d’écoutes sur ce podcast, car ce n’est pas dans les chiffres que cela se joue, c’est dans les émotions. Et là, il n’y a pas de doute : j’en ai chaque année.
La première émotion c’est la joie. La joie de redécouvrir la ville d’Avignon avec un visage sublimé, avec une ambiance survoltée, des rues où les échanges & les sourires sont bien présents.
Évidemment, tout n’est pas rose et surtout pour les artistes qui se battent chaque jour sous une chaleur intense pour convaincre le public de venir voir leur travail.
Évidemment il y a des tensions la fatigue de ces 20 jours d’affilée n’aident pas toujours à prendre du recul.
Évidemment il y a du bon et du mauvais à voir car dans une liste de quasiment 1800 spectacles le choix n’est pas toujours facile à faire.
Mais je décide chaque année de n’en garder que le meilleur, car il y a beaucoup de bon et même de très bon.
Et le meilleur c’est la découverte, les rencontres, l’imprévu. Comme par exemple cette rencontre avec La Rathure. Je vous décris la scène :
Nous sommes au jour J du Festival OFF, le jour de la grande parade. J’ai déjà deux premières de spectacles à voir. Assise sur un trottoir en attendant de pouvoir rentrer dans le théâtre, Arthur m’accoste : « Bonjour, est-ce que je peux vous proposer une improvisation poétique ? » Avec grand plaisir, je me lève et il me demande de lui donner deux mots pour que le poème qu’il va me proposer vienne un peu de moi. Je choisis « Esperluette » et « joie ». Il lui a fallu seulement quelques secondes pour se lancer et me proposer ce moment hors du temps.
C’était sa manière de faire la promotion de son spectacle Les Cercles Clandestins de Poésie. Il a accepté que je l’enregistre. Je peux donc vous en partager un extrait. Le reste je le garde pour moi.
En partageant son travail aujourd’hui, c’est ma manière de vous dire d’aller le voir sans hésiter.
C’est aussi une manière de vous inciter à lever la tête pendant ce festival (et même après, d’ailleurs), à parler aux gens autour de vous, même si vous ne les connaissez pas, et à sourire. Parce que je vous assure, ça donne une vraie belle énergie et c’est ce que je viens chercher au Festival.
Je vous laisse avec La Rathure, bon festival à toutes et tous !
La Rathure :
C’est un « et » que l’on rajoute pour en faire toujours plus, quitte à avancer par saut de puce.
Et en même temps, il y a des sauts de joie dans lesquels on s’enjaille jusqu’à ce qu’on en aille, jusqu’à ce qu’on s’en aille.
Parfois, il y a l’esperluette qu’on espère-muette, celle qu’on voudrait simplement
faire s’arrêter, arrêter toutes les combinaisons dans lesquelles parfois on perd des raisons.
Et en même temps, est-ce que ce n’est pas un plaisir de sans cesse rajouter un « et »,
un autre « et » et encore d’autres, tout ce qui peut se rajouter pour faire une ronde
qui ferait le tour du monde, plutôt que se dire qu’on pourrait s’arrêter.
A n’en point douter, l’esperluette n’est pas là pour jouter, simplement pour accueillir
à bras ouverts.
Elle se dit que malgré tout les on-dits, elle continuera à prendre par la main tous ceux
qui voudraient rejoindre ses expressions sans la moindre pression.
L’esperluette n’a qu’une idée, c’est faire forte et bonne impression.
Crédits affiche du OFF 2026 : Jérôme Cosh – AF&C

















