Depuis 2013, année de mes premiers pas au Festival OFF d’Avignon, un lieu particulier retient mon attention : la Chapelle du Verbe Incarné. C’est là, dans cette bâtisse du 17ème siècle, que se retrouvent chaque année les compagnies ultra-marines pour présenter leurs créations.
Transformé en théâtre par Greg Germain et Marie-Pierre Bousquet, le lieu a maintenant une ambition forte : faire tomber les distances géographiques pour faciliter la connaissance et la diffusion des spectacles produits en Outre-Mer et dans la Diaspora. Bien plus qu’un simple lieu de représentation, la Chapelle se veut un véritable Centre de Ressources. Elle accueille les artistes, organise des conférences et des projections et impulse un maillage culturel essentiel entre l’Outre-Mer et la région PACA, en juillet mais également toute l’année.
Le projet TOMA (Théâtre des Outre-Mers à Avignon) qui y est porté :
- crée un espace d’échange et de libre expression où les artistes confrontent leurs regards et leurs problématiques communes.
- fait connaître la richesse et la diversité des créations théâtrales et artistiques de langue française au-delà de l’Hexagone.
- intègre durablement les compagnies ultra-marines dans les circuits de diffusion nationaux.
Pendant quatre ans, j’ai eu le privilège de suivre de près cette aventure en intervenant sur leur web radio, la Radio TOMA. J’y ai réalisé des interviews, des reportages et des chroniques pour donner la parole à ces artistes qui font bouger les lignes. Et depuis, je ne manque pas de découvrir les spectacles programmés pendant le Festival OFF pour souvent y découvrir de belles pépites.
Certains de ces reportages réalisés pour radio TOMA, résonnant avec la ligne éditoriale d’Esperluette, ont trouvé leur place dans mon podcast. Je les ai rassemblés pour vous sur cette page, afin de vous faire voyager, le temps d’une écoute, au cœur de ces théâtres d’ailleurs et d’ici.
L’histoire de la Chapelle du Verbe Incarné
En juillet 2020, alors que la Chapelle et les autres théâtre d’Avignon étaient fermés pour cause de Covid, j’ai eu le plaisir de pouvoir échange avec Michel Silvestre, architecte à la ville d’Avignon, pour parler du passé et du futur de ce superbe bâtiment basé rue des Lices à Avignon.
Marie-Cécile : Aujourd’hui, je vous propose une série de reportages sur l’histoire de la Chapelle du Verbe Incarné, le lieu où les compagnies ultramarines viennent présenter leurs créations lors du Festival Off d’Avignon. Ce reportage en 10 épisodes est un échange avec Michel Silvestre, architecte de la ville d’Avignon, pour parler du passé et du futur de ce superbe bâtiment basé rue des Lys. Je vous souhaite une bonne écoute.
Rencontre avec Michel Silvestre, architecte de la ville d’Avignon
Marie-Cécile : Pour débuter ce reportage à la découverte de la Chapelle du Verbe Incarné et de son histoire, j’ai rendez-vous avec Michel Silvestre dans ses bureaux derrière l’office du tourisme d’Avignon. Je vais le rejoindre. Michel, expliquez-moi quel est votre métier ?
M. Silvestre : Alors je suis architecte de la ville d’Avignon, à la ville d’Avignon, et j’ai comme charge de m’occuper principalement des monuments propriétés de la ville d’Avignon. Et c’est ainsi que j’ai été amené à travailler et à restaurer la Chapelle du Verbe Incarné.
Marie-Cécile : Vous travaillez à la ville d’Avignon depuis combien de temps ?
M. Silvestre : 38 ans. Alors j’ai eu des bâtiments, j’ai eu beaucoup d’opérations. C’est un travail avec lequel il faut être attentif. C’est un travail le plus intéressant, puisque je m’occupe des choses les plus belles.
Marie-Cécile : Qu’est-ce qui vous anime dans ce métier ? Qu’est-ce qui vous plaît pour garder ce poste depuis 38 ans ?
M. Silvestre : Tout d’abord c’est sa variété, ensuite c’est son histoire. Ce sont des bâtiments qui s’inscrivent dans l’histoire de la cité. La cité tout de même a 700 ans ou 800 ans de vie, avec un retentissement mondial. Et si je m’intéresse tant à ces monuments, c’est que je les sens fragiles, présents, que ma curiosité est sans cesse assouvie par ce que j’apprends sur chaque intervention. Et je dois dire que je n’ai pas vu passer le temps.
Marie-Cécile : Je vois des plans, des dossiers autour de nous. Que faut-il étudier pour accéder à ce poste ?
M. Silvestre : Moi je fais l’école de Beaux-Arts, à Paris. Donc tu dessines, tu présents ça. Et après tu t’améliores en suivant les chantiers. Et à ma foi, tu dois en connaître les limites. Parfois quand on ne sait pas, il ne faut pas faire. C’est comme ça que je fais des travaux, des chantiers en ce moment. Le pire tombe, alors je nettoie, j’arrange, j’ai eu l’histoire. Ça n’a rien d’extraordinaire.
Marie-Cécile : Il y a quand même une responsabilité par rapport à l’histoire.
M. Silvestre : Une responsabilité pour ne pas détériorer, il ne faut pas abîmer. Il faut que l’intervention puisse être suffisante pour conserver le bâtiment, ne pas lui enlever son âme. Et avoir l’humilité de transmettre. Être architecte et pas montrer ce qu’on fait, c’est vrai que c’est…
Marie-Cécile : C’est ça, travailleur de l’ombre en fait.
L’architecture de la Chapelle du Verbe Incarné
Marie-Cécile : Nous continuons à faire connaissance avec Michel Silvestre qui nous a expliqué dans le précédent épisode son métier d’architecte à la ville d’Avignon. Et quand je lui ai demandé des détails sur l’architecture de la Chapelle du Verbe Incarné, il m’a proposé de m’y emmener puisqu’elle est à quelques pas de ses bureaux. Est-ce que vous pouvez déjà nous décrire la Chapelle pour les auditeurs ? Nous expliquer un peu à quoi elle ressemble ? Il faut essayer de donner des mots pour nous décrire cette belle bâtisse.
M. Silvestre : Ce bâtiment est tout au moins la Chapelle du Verbe Incarné est située rue des Lys. C’est un bâtiment classique dans le grand courant de l’installation des jésuites qui sont présents déjà à Avignon. Et l’on peut rapprocher son esthétique, son architecture, avec celle des façades qui ont été construites dans le département, Bien que plus modeste, le bâtiment du Verbe Incarné a eu les mêmes caractéristiques que la Chapelle aujourd’hui du musée lapidaire rue de la République.
Marie-Cécile : Quelles sont les particularités architecturales de ce bâtiment et des bâtiments d’Avignon ?
M. Silvestre : Ce sur quoi nous devons absolument insister, c’est la qualité, non pas de la modénature de ce bâtiment, mais l’effort de construction qui se faisait à l’époque par le choix des matériaux. Si Avignon est une ville construite de pierres, celle-ci est une pierre blanche, dorée, d’une qualité assez moyenne. Et si cette façade, épaulée par deux ailerons en partie supérieure, elle est tout de même décorée pour la partie basse de colonnes se terminant par des chapiteaux de style ionique, et en partie supérieure par des colonnes avec des paniers dits « des paniers fleuris » de style corinthien. Ce sont donc deux ordres qui se superposent, qui à la fois encadrent une grande baie en partie supérieure qui éclairait la nef de la chapelle, et en partie basse, un grand portail avec un arc cintré qui permettait au public de rentrer dans la chapelle.
Marie-Cécile : Et ces caractéristiques en font un bâtiment important ?
M. Silvestre : Le bâtiment est majeur, très présent dans la cité, dans le quartier, et s’ouvre largement sur le lycée Saint-Joseph, qui est à proximité.
Marie-Cécile : On le verra, l’histoire n’a pas été un long fleuve tranquille pour la Chapelle, mais il reste encore pas mal de vestiges finalement du bâtiment d’origine, notamment sur la partie haute.
M. Silvestre : Il est vrai que l’échelle des destructeurs n’a pu monter jusqu’en haut. Les angelots joufflus, qui donnent un caractère non pas romantique, mais classique, et qui encadrent les ailerons de la nef, sont encore très visibles.
Marie-Cécile : Est-ce que c’est une porte d’origine, ou c’est quelque chose qui est…
M. Silvestre : Le portail n’est pas d’origine, puisque c’est un vieux portail qu’il faudra refaire. Néanmoins, la baie, c’est-à-dire les éléments architecturaux en pierre, sont d’origine.
La rue des Lys à Avignon à l’époque de la construction de la Chapelle du Verbe Incarné
Marie-Cécile : Dans l’épisode précédent, Michel Silvestre nous avait décrit la Chapelle du Verbe incarné, qui se trouve rue des Lys. Michel, quelle place avait la rue des Lys dans Avignon, à l’époque de la construction de la Chapelle du Verbe incarné ?
M. Silvestre : Les lisses sont les traces des anciens remparts démolis vers au XIIIe siècle, avant même qu’Avignon s’agrandisse. Et c’est sur ces lisses, c’est-à-dire l’ancien tracé de ces premiers remparts, que le bâtiment, que l’on peut voir, est en abord de cette rue.
Marie-Cécile : Que se passait-il à Avignon pour la période de la construction de la Chapelle ?
M. Silvestre : Alors, qu’est-ce qui se passait à Avignon ? Au plan architectural, Avignon était un vaste chantier. Un siècle de construction à Avignon a donné un caractère parfaitement classique que l’on voit aujourd’hui. La grande période médiévale a été, comme on le disait à l’époque, modernisée. C’est ainsi qu’un grand nombre de façades médiévales ont été modifiées. C’est le cas du Temple Saint-Martial. C’est enfin un théâtre de construction et de recherche classique, italianisante, mais surtout de recherche de stéréotomies. L’exercice de l’emploi de la pierre par la construction de voûtes, voûtes plates, voûtes très moulurées. Et c’est ainsi que ces bâtiments, encore visibles de nos jours, émerveillent les visiteurs.
Marie-Cécile : Qu’est-ce qui fait qu’Avignon est une ville si unique, finalement ?
M. Silvestre : Cette ville est exceptionnelle pour plusieurs raisons. Tout d’abord, c’est sa digestion architecturale qui est le reflet d’une longue histoire politique, religieuse, qui s’est largement ouverte à l’Europe. Et si des deux grandes périodes que l’on peut retenir d’Avignon, celle des papes qui, quand même, s’en vont au XIVe siècle, et puis cette période de l’Altera Roma, c’est-à-dire cette contre-réforme, où là, sur des emplacements déjà existants, la digestion urbaine, ont fait que les congrégations ont pu s’installer et redonner une vie économique, religieuse, universitaire, à la cité.
Marie-Cécile : En dehors des très connus Palais des papes et Pont d’Avignon, que faut-il absolument voir, à votre avis, si on visite la ville ?
M. Silvestre : Pour écouter, toutes les rues montrent des curiosités à Avignon. L’Oratoire, qui est un bâtiment absolument majestueux et que l’on découvre dans l’arbre de la rue Saint Agricole, pour la partie 17e et 18e, vous avez un grand nombre de bâtiments qui ont été bâtis tout au long du grand siècle. Et on peut aussi voir le siège de l’Académie de Vaucluse, les façades de la Chapelle des Pénitents Noirs, aussi gracieuses que ses décors intérieurs. Il y a une telle liste que j’invite aux touristes et amoureux de notre ville de découvrir ces joyaux. C’est vrai qu’Avignon est un théâtre, si je puis dire, et un décor que chacun apprécie.
L’ordre du Verbe Incarné et la vie du couvent
Marie-Cécile : Après un rapide tour d’horizon des trésors d’Avignon, je vous propose aujourd’hui d’en savoir un peu plus sur la vie dans la Chapelle et sur l’histoire de l’ordre du Verbe incarné. Michel Silvestre, je rappelle que vous êtes architecte à la ville d’Avignon. Que connaissez-vous de l’ordre qui a construit la Chapelle qui nous sert aujourd’hui de théâtre ?
M. Silvestre : En fait, les origines de l’ordre du Verbe incarné remontent dans les années 1625. Et il faut savoir que dans cette période de guerre, où l’instabilité, bien que politique, c’était une instabilité à nos frontières. La France était très peuplée, l’église catholique était menacée. Les mouvements religieux, après le Concile de Trente, souhaitaient redonner vigueur et par le biais des jésuites à la religion catholique. Et Avignon en est le socle. Un grand nombre d’ordres monastiques s’installent à Avignon. Et le Verbe incarné n’échappe pas à cet effort où Jeanne Chazelle de Matel fonde une maison d’éducation pour jeunes filles. Et cette communauté religieuse s’en occupe. Rapidement, cette congrégation s’installe à Avignon et souhaite acheter et bâtir. C’est ainsi que la Chapelle fut consacrée dès la fin du XVIIe siècle et la communauté s’installe.
Marie-Cécile : Et à quoi servait exactement ce couvent ?
M. Silvestre : Alors, ce couvent, bien sûr, recevait les sœurs puisqu’elles étaient donc cloîtrées. Elles devaient suivre une règle bien précise. L’Église a été très présente pour l’éducation des jeunes gens. S’adressant à des jeunes filles et dans l’éducation, l’éducation la plus large possible, d’hygiène, de moralité. Et elles étaient au nombre d’une dizaine à Avignon. Elles durent partir d’Avignon à la suite de la Révolution française.
Marie-Cécile : Que reste-t-il aujourd’hui de l’ordre du Verbe incarné ?
M. Silvestre : À la suite de la mort de la fondatrice, d’autres couvents, d’autres institutions se sont ouvertes dans la région, à Sarrians, à Orange, à Roquemaure et à Anduze. Il reste donc ces bâtiments. Cette institution a perduré et existe encore aujourd’hui.
Marie-Cécile : Il y a l’étranger, notamment, je crois. Et son nom, alors, quelle est sa signification ?
M. Silvestre : Alors, chacune de ces congrégations avait un objectif ou l’objet de leur existence. Pour celle-ci, le verbe incarné dit tout de son orientation.
Incendies et Révolution, les tourments de l’histoire de la Chapelle du Verbe Incarné
Marie-Cécile : De retour dans les bureaux de Michel Silvestre, car le Mistral a eu raison de nos échanges à l’extérieur. On continue l’histoire de la Chapelle du verbe incarné et elle n’a pas été vraiment douce avec ce bâtiment, nous allons le voir. Michel Silvestre, pouvez-vous nous rappeler les débuts de l’histoire de la Chapelle ?
M. Silvestre : Cette Chapelle s’inscrit dans un vaste programme d’un cloître et de bâtiments conventuels qui ont été petit à petit dessinés, achetés, construits par la Congrégation de l’Ordre du Verbe incarné qui est à l’initiative de Mme Jeanne Matel dans une période où la contre-réforme battait son plein. Et ce bâtiment a été construit vers les années 1690 et béni un an après.
Marie-Cécile : L’Ordre du Verbe incarné va rester longtemps à Avignon ?
M. Silvestre : Il reste présent jusqu’à la veille de la Révolution bien que quelques péripéties peuvent être précisées puisque le bâtiment brûle vers les années 1725. C’est là où des travaux de réparation se font. D’ailleurs, les traces sont encore apparentes. On s’aperçoit sans doute que les voûtes ne sont plus présentes aujourd’hui. Le bâtiment néanmoins vit encore jusque dans les années 1791 et la vie monastique de ce lieu poursuit son travail, si je puis dire.
Marie-Cécile : Arrive donc la Révolution qui va sonner la fin de l’Ordre du Verbe incarné à Avignon et causer beaucoup de dégâts sur le bâtiment.
M. Silvestre : C’était le courant les représentations de l’Église. L’acte révolutionnaire à Avignon a largement détérioré et vendu nos bâtiments. Le fronton a été bûché, abîmé et c’est ainsi que la Chapelle n’est pas en totalité propriété de la commune. Son aile droite a des logements et les bâtiments conventuels ont été vendus et restaurés et aujourd’hui occupés par des propriétaires privés.
Marie-Cécile : Que s’est-il passé pour la Chapelle après la Révolution ?
M. Silvestre : Après la Révolution, il y a eu des installations de teinturiers puis d’imprimeurs. Par la suite, l’Église évangélique s’y est installée, la ville d’Avignon achetée vers les années 2000 et c’est ainsi que le théâtre d’Outre Mer s’y installe.
Marie-Cécile : Est-ce que vous pensez que les personnes qui ont construit ce bâtiment s’attendaient à une telle histoire ?
M. Silvestre : Je pense qu’ils seraient ravis de savoir que leur bâtiment est encore sur pied parce qu’en vivant l’épopée révolutionnaire, je pense que… La Révolution française pour la société de l’époque a du être un traumatisme.
La renaissance du bâtiment au XXIe siècle
Marie-Cécile : On fait aujourd’hui un bond dans l’histoire. Après la Révolution et ses destructions, 1998 marque un nouveau départ dans la vie de la Chapelle du Verbe Incarné.
M. Silvestre : La ville rachète à l’Église évangélique ce lieu et puis en 2000, la ville d’Avignon fait les travaux de restauration, de mise hors d’eau et hors d’œuvre. Et bien sûr, Greg Germain souhaite être présent dans ce bâtiment qui donne un plus à la ville.
Marie-Cécile : Dans quel état trouve la ville ce bâtiment à l’époque où il est racheté ?
M. Silvestre : Alors le bâtiment n’est pas en très bon état bien sûr. Il n’a pas fait l’objet de travaux majeurs depuis d’ailleurs la Révolution puisque celui-ci avait déjà été tronqué. Ce bâtiment méritait quand même une mise en valeur, un nettoyage des façades. Il fallait l’éclairer, il fallait faire beaucoup d’interventions pour qu’il puisse être présentable.
Marie-Cécile : Vous pouvez me montrer comment elle était ?
M. Silvestre : Quand je fais des travaux, je fais des photos. J’ai donc une photothèque. Donc ça, c’était avant travaux. Vous voyez c’était tout noir, c’était moche. Oui, parce qu’on parle
Marie-Cécile : de pierre blanche, là on voit plutôt une pierre un peu noircie.
M. Silvestre : Noircie par le calcin. Quand je suis arrivé, j’ai quand même regardé les angelots, l’état du bâtiment.
Marie-Cécile : Combien de temps ont duré les travaux d’ailleurs ?
M. Silvestre : Huit mois. Huit mois. Entretenir nos bâtiments, c’est un souci permanent, c’est une surveillance, c’est un engagement et on n’est pas seul d’ailleurs pour faire des travaux puisque les services de l’État, tous les services sont attentifs à la bonne réalisation de nos chantiers.
Marie-Cécile : Et c’est donc à ce moment-là que la Chapelle du Verbe Incarné devient un théâtre dédié aux créations des Outre-mer avec le projet de Greg Germain et Marie-Pierre Bousquet.
M. Silvestre : Par la suite, quand le théâtre d’Outre-mer s’est installé, une grande opportunité s’est présentée pour que les artisans d’Outre-mer, notamment de la Guadeloupe, puissent intervenir pour restaurer l’intérieur. C’est une chose qui a été faite avec grand sérieux. C’est ainsi que les voûtes, certaines voûtes, certaines parties architecturales ont été nettoyées et mises en valeur. Je dois dire qu’on ne peut que louer cette intervention et ce projet.
L’histoire contemporaine de la Chapelle du Verbe Incarné, comment garder son âme.
Marie-Cécile : Nous échangeons depuis hier avec Michel Silvestre à propos de l’histoire contemporaine de la Chapelle du Verbe incarné et les débuts de son aventure avec l’Outre Mer. Aujourd’hui, elle accueille du public, notamment pendant le Festival d’Avignon, mais elle a quand même gardé son âme. Elle a gardé à l’intérieur aussi des traces de l’histoire.
M. Silvestre : Tout à fait. La Chapelle du Verbe incarné, l’intérêt, c’est que ce bâtiment d’architecture classique, qui est quand même un socle d’une vie, d’une histoire riche de la cité, s’est ouverte au monde, à l’Outre-mer, par le biais d’un théâtre qui est une culture qui était une révélation pour le Festival d’Avignon. Cette nouvelle vie de ce bâtiment a pu être vivifiée par cet effort collectif.
Marie-Cécile : Quel rôle ont joué les artisans des Outre-mer dans la rénovation de la bâtisse ?
M. Silvestre : Les ouvriers, les artisans d’Outre-mer ont très bien joué leur rôle dans l’exercice de restauration. Il y a eu trois stages de deux mois qui ont été échelonnés de 2001 à 2003 sous la forme d’un chantier-école avec des artisans guadeloupéen. C’est tout l’intérêt de cette histoire et je trouve qu’il faudrait poursuivre et recommencer à l’occasion peut-être d’une intervention spécifique mais elle n’est pas obligée d’être sur le bâtiment lui-même. Elle peut être aussi dans les recherches du bâtiment, de la vie du théâtre. Et c’est cet effort là qu’il faut mener et sur lequel il faut réfléchir.
Marie-Cécile : Nous avons vu dans l’épisode précédent que la ville a récupéré le bâtiment en mauvais état. Quel est le travail de recherche à réaliser avant de se lancer dans de tels travaux ?
M. Silvestre : Alors bien sûr, on ne restaure pas un bâtiment sans le connaître. Restaurer, c’est de savoir limiter ses ambitions de restauration. C’est de donner toujours vie à un bâtiment où les traces et cicatrices de l’histoire sont encore visibles. C’est de la lecture, des recherches, c’est la bonne compréhension de la construction même de ce qui a été édifié deux siècles ou trois avant et en plus en la connaissant et en faisant une étude approfondie du bâtiment on est toujours amené à faire quelques découvertes.
Marie-Cécile : Et le projet du Thomas et ce à venir n’empêche pas de garder le lien avec l’histoire du lieu en fait.
M. Silvestre : C’est une continuité dans le renouveau du deuxième, troisième et cinquième vie de l’édifice et de cette activité culturelle qui est spécifique au Verbe incarné.
Marie-Cécile : Et je trouve que cela s’inscrit aussi très bien dans l’esprit du festival.
M. Silvestre : Le festival d’Avignon est un théâtre de recherche et tout artiste contemporain, différentes cultures qui s’y exercent ne peut qu’enrichir mais ça je ne suis pas spécialiste c’est un sentiment que je donne.
La chapelle du Verbe Incarné au rythme du Festival d’Avignon avec les théâtres d’Outre Mer
Marie-Cécile : Nous avons dans les épisodes précédents relaté les vies antérieures de la Chapelle du verbe incarné. 1998 le théâtre d’Outre-mer en Avignon est créé. Michel Silvestre vous qui êtes architecte à la ville d’Avignon comment vivez-vous le festival chaque année ?
M. Silvestre : Le festival d’Avignon c’est une grande fête mais quand on y travaille c’est très difficile parce qu’il faut que vous sachiez que les travaux doivent être arrêtés au mois de juin ils doivent reprendre au mois d’août où il n’y a personne, les budgets qui doivent être entrepris pour les travaux sont quand même difficiles à gérer donc les chantiers se reprennent en fin août nous devons nous dépêcher pour que les chantiers se déroulent dans les conditions les meilleures.
Marie-Cécile : Ca veut dire que c’est le festival qui rythme la ville en fait ?
M. Silvestre : Le festival impose des séquences ont des conséquences sur nos travaux effectivement.
Marie-Cécile : Et cette année malheureusement nous n’aurons pas le plaisir de voir la ville se transformer ni de découvrir les créations venues d’Outre-mer.
M. Silvestre : Malheureusement effectivement mais les travaux se font quand même puisque nous avons pris du retard avec cette situation. Nous espérons que tout se passe au mieux pour que les bâtiments, notamment les Célestins, qui sont en cours de chantiers, que les travaux puissent être réalisés dans les délais impartis
Marie-Cécile : Vous vous souvenez du premier festival du Thomas à la Chapelle du Verbe Incarné ?
M. Silvestre : Très bien je me souviens surtout du cocktail et du rhum. bien sûr je me souviens du succès qu’a eu le théâtre du Verbe Incarné de la recherche mais surtout je me souviens aussi des efforts des compagnons des ouvriers de la Guadeloupe qui ont par une chaleur torride réalisé des améliorations pour que le théâtre puisse s’ouvrir et que ce soit une réussite
Marie-Cécile : C’était quoi votre sentiment au moment où vous êtes assis la première fois sur ces sièges en bois ?
M. Silvestre : Vraiment j’étais très heureux et puis j’étais bien sûr pas seul et bien sûr Greg Germain était toujours inquiet comme vous le connaissez
Marie-Cécile : Vous avez des souvenirs de spectacles que vous avez vus dans la Chapelle et qui vous ont marqués ?
M. Silvestre : Ce qui est très surprenant, amusant qui quand même répond à une curiosité c’est ces théâtres qui se sont produits dans ce lieu où chacun a pu trouver une très grande diversité non pas de culture mais de jeux et nous pouvons dire tous ceux qui ont pu assister à ces spectacles cette grande variété d’approches, peut réjouir vraiment le spécialiste des théâtres qui cherche d’ailleurs des spectacles variés, pas de variétés, variés.
L’avenir et les nouveaux projets d’aménagement
Marie-Cécile : Le festival d’Avignon n’a pas lieu cette année mais la vie de la Chapelle du Verbe Incarné continue et de beaux projets sont à l’étude pour continuer à accueillir l’Outre-mer à Avignon Michel Silvestre en quoi c’est important de continuer à réhabiliter les bâtiments ?
M. Silvestre : Vous voulez dire par là la deuxième vie ou la troisième vie de la Chapelle du Verbe Incarné c’est-à-dire que le Verbe Incarné n’est pas aujourd’hui un bâtiment statique avec une programmation statique. effectivement le Verbe Incarné mérite des travaux d’amélioration qui doit répondre à de nouvelles un nouveau programme à de nouvelles aspirations ce programme doit être complété conforté par nos nouveaux systèmes de présentation médiatique si je puis dire par les présentations de nos spectacles il est vrai que la Chapelle doit avoir des travaux de restructuration important c’est l’objet d’études de maquettes qui ont été menées par monsieur Repellin qui est architecte en chef des monuments historiques confiés à son bureau pour que le projet puisse répondre au mieux aux inspirations du théâtre du Verbe Incarné
Marie-Cécile : et est-ce que vous pensez que de transformer une Chapelle en théâtre ça ne lui fait pas perdre un peu son âme ?
M. Silvestre : écoutez malheureusement ce bâtiment avait perdu pas son âme mais avait perdu sa première vocation puisque ça a été comme je l’ai dit une imprimerie un magasin de tanneurs que voulez-vous aujourd’hui c’est un théâtre et c’est un théâtre qui est largement ouvert au public on ne peut que se réjouir de cette nouvelle vie
Marie-Cécile : De nouveaux travaux sont prévus ?
M. Silvestre : Ce qu’il convient de préciser c’est que tout au moins la salle de spectacle doit répondre aux nouvelles normes avec une acoustique tout à fait améliorée c’est ainsi que le bâtiment la ville sera partenaire sans doute pour sa restauration du clos et du couvert pour que cette nouvelle aventure se fasse
Marie-Cécile : Et vous trouvez ça important justement qu’au fur et à mesure de l’histoire on s’approprie ces bâtiments ?
M. Silvestre : Oui c’est important parce qu’un bâtiment il faut qu’il vive c’est un bâtiment il a plusieurs vies et peut-être qu’après il redeviendra église écoutez il n’est pas démoli un bâtiment meurt que s’il est rasé ce n’est pas son cas on n’arrête pas d’y travailler pour qu’il puisse avoir de nouvelles vocations
Que souhaiter à La Chapelle du Verbe Incarné pour l’avenir ?
Marie-Cécile : Dernier épisode à la Chapelle du Verbe Incarné avec Michel Silvestre architecte à la ville d’Avignon qui nous a décrit la ville son histoire et celle de la Chapelle du Verbe Incarné sur plus de 300 ans on regarde maintenant vers l’avenir quels sont les projets d’aménagement qui sont en étude pour la Chapelle ?
M. Silvestre : Alors si aujourd’hui la Chapelle l’aménagement n’a pas eu des modifications majeures depuis que l’église évangélique est partie il convient tout de même de souligner que les travaux qui sont menées pour compléter améliorer la capacité de l’immeuble font que certaines modifications intérieures devront être menées alors bien sûr il y a l’accessibilité handicapée il y a les circulations verticales pour améliorer la sortie de secours nous avons aussi la création d’un plancher supérieur pour pouvoir avoir un espace pour les loges pour les zones d’échauffement pour des bibliothèques et médiathèques enfin ce programme est très complet bien sûr ces espaces peuvent être segmentés pour que tout ne puisse pas être ouvert en même temps mais il faut remarquer que le projet est tout à fait séduisant
Marie-Cécile : cela signifie que l’outre-mer sera présent toute l’année à Avignon ?
M. Silvestre : absolument c’est le souhait de de théâtre d’Outre-mer d’être présent.
Marie-Cécile : c’est une touche supplémentaire qui va s’ajouter aux nombreux atouts d’Avignon
M. Silvestre : ah oui c’est tout à fait le cas, une richesse complémentaire pour la ville d’Avignon c’est une ville ouverte à tous à tous c’est pas désagréable d’y vivre c’est une ville vivante où la culture est très présente où les immeubles sont magnifiques et je souhaite la bienvenue à tous ceux qui veulent visiter notre cité
Marie-Cécile : merci Michel Silvestre pour toutes les informations que vous nous avez données sur la bâtisse qui accueille l’outre-mer et ses créations artistiques
M. Silvestre : De rien, je suis ravi de répondre à vos questions
Marie-Cécile : voilà c’était le dernier épisode d’Escales à la Chapelle du Verbe Incarné j’espère que vous en connaissez maintenant un peu plus sur l’histoire de la Chapelle et ses futurs projets. les échanges avec Michel Silvestre ont été passionnants et j’étais ravie de pouvoir participer cette année encore à la radio du TOMA malgré cette situation singulière. je peux vous dire que les artistes du festival de l’Outre-mer et l’équipe du TOMA nous manquent énormément ici à Avignon j’ai hâte de vous retrouver l’année prochaine de voir la Chapelle évoluer et de m’asseoir dans la salle et de revivre ces quelques minutes avant le spectacle où les sièges en bois craquent les spectateurs papotent dans l’attente des émotions propres au spectacle vivant à bientôt l’équipe du TOMA !
Les auteurs de pièces de théâtre à la Chapelle du Verbe Incarné
Trois parcours d’auteurs de pièces de théâtre : Ils nous parlent de ce qui les a amenés au théâtre et de qui les inspire dans leur travail d’écriture.
– Gregory Alexander :
La première rencontre de cet épisode est avec Gregory Alexander, auteur, chorégraphe et metteur en scène de la Forêt des illusions. Il raconte son parcours, sa formation dans l’hexagone, son retour en Guyane, ses engagements bénévoles. Il parle de liens : entre danse et théâtre, entre le corps et les mots, entre les territoires et les hommes.
– José Jernidier :
Auteur et l’un des deux acteurs de Circulez !. Il est également metteur en scène et enseigne le théâtre en Guadeloupe. Il nous explique comment il a découvert le théâtre, qui est aujourd’hui un métier mais surtout pour lui une véritable passion. Passion qu’il souhaite transmettre pour que la relève puisse trouver sa place à la fois en Guadeloupe, dans les Outre-Mer et en hexagone.
– Gaëtan Peau :
Auteur, chorégraphe et metteur en scène de Le Corps en obstacle, une pièce qui nous interroge sur le destin des sans papiers érythréens et le métier peu reconnu des agents de sécurité. Il pose son regard sur les événements de notre époque en s’inspirant des gens qui l’entourent et de ses lectures. Ce sont donc le présent et l’actualité qui animent son travail d’écriture.
Les préparatifs du Festival d’Avignon à la Chapelle du Verbe Incarné
Enregistré en 2018 pour Radio TOMA, voici plusieurs portraits d’artistes ou de membres de l’équipe administrative et technique du lieu.
Avant que le Festival ne commence, parlons d’abord des préparatifs. L’installation dans les théâtres se fait environ une dizaine de jours avant la date d’ouverture avec les équipes techniques puis arrivent les compagnies. Dans cet épisode, séparé en trois parties, je suis allée à la rencontre de deux comédiens, du régisseur général et de l’administratrice générale du lieu pour tester la température à quelques heures de l’ouverture du Festival.
– Tepa Teuru et Tuarii Tracqui :
Deux comédiens originaires de Tahiti, qui jouent, avec Guillaume Gay, dans les Champignons de Paris et nous parlent de leur plaisir de participer à leur premier Festival d’Avignon.
– Jean-Pierre Népost :
C’est le régisseur général du théâtre. Il travaille avec l’équipe de la Chapelle du Verbe Incarné depuis sa création et nous explique en quoi consiste son métier.
– Séverine Nativel :
Séverine est quant à elle administratrice. 2018 était son 11 ème Festival d’Avignon et pourtant, elle en parle avec toujours autant d’enthousiasme et ne se lasse pas de cette aventure culturelle et humaine.

Produit par Marie-Cécile Drécourt
Productrice de podcasts depuis 2018 et anthropologue de formation, je crée des récits audio qui mettent en lumière les personnes, les métiers, les initiatives et les liens qui tissent notre quotidien.
Avec Esperluette, j’explore des histoires humaines, sociales, artistiques ou solidaires, ancrées dans le Vaucluse… et au-delà.
Forte de 20 ans d’expérience en communication et narration, j’accompagne également les entreprises, associations et indépendant·es dans la création de contenus audio authentiques, sensibles et pédagogiques.
👉 Plusieurs manières de travailler avec moi :
Épisode dédié dans Esperluette : un format sensible pour mettre en lumière votre mission, vos valeurs ou vos engagements.
Le Podcast Suspendu® : un dispositif solidaire pour offrir un épisode à une association ou une initiative qui vous tient à cœur.
Podcast en marque blanche : je conçois et produis votre podcast de A à Z, pour porter votre voix et vos histoires.
Accompagnement / Formation : je vous aide à créer et structurer votre podcast en toute autonomie, avec méthode et bienveillance.

