Rencontre avec Coco, la créatrice de Youpi Tours
Aujourd’hui, je vous emmène rencontrer un duo unique : Coco & Poppy. Coco, c’est la créatrice de Youpi Tours, qui propose des échappées belles en Drôme Provençale et dans le Nord-Vaucluse en compagnie de Poppy, sa Citroën Dyane.
Coco, c’est une douce alchimie entre connaissances, empathie et amour de la nature et des êtres humains qui font les territoires. Et c’est ça qui fait que ses circuits ont une saveur particulière, hors du temps et du stress ambiant.
J’ai eu la chance de passer une journée avec elle, et nous nous sommes posées en fin de journée sur un banc, dans un petit village perché, pour que je comprenne d’où vient cette manière de créer des expériences touristiques si uniques.
Entre anecdotes croustillantes sur l’histoire des villages, pique-nique avec vue époustouflante loin des foules et une écoute quasi instinctive des besoins de ses voyageurs, Coco transforme chaque sortie en un véritable déclic émotionnel. Dans ce nouvel épisode, elle nous explique comment elle a appris à faire de son hypersensibilité, longtemps vécue comme une fragilité, son atout majeur pour réenchanter le regard des autres sur un territoire… et sur eux-mêmes.

Ce qui frappe chez Coco, c’est sa capacité à transformer ses émotions en outils de connexion. Elle capte l’état d’esprit de ses voyageurs·euses dès les premières minutes. Fatigue, stress, joie contenue : rien ne lui échappe. Elle utilise cette « boussole intérieure » pour adapter son itinéraire, choisir la bonne anecdote historique (préférant toujours l’histoire drôle et humaine à la date académique) et provoquer des déclics.
Passer un moment avec elle c’est s’offrir un temps suspendu où l’on se rappelle que l’essentiel n’est pas dans la pression des réseaux sociaux et de l’ultra performance mais dans le lien, dans le rire, dans ces « petits soleils » que l’on s’offre mutuellement.
Écoutez, vous allez comprendre.
Pour aller plus loin
Découvrez tous les circuits et l’univers de Youpi Tours sur : https://youpitours.fr/ – Instagram @youpitours.guide.provence – Facebook



Un hommage à Anne-Cécile, La Montilienne
Cette journée aurait dû être le moment d’une autre rencontre avec une femme tout aussi passionnée par les territoires et par les gens qui les font : Anne-Cécile, que beaucoup connaissent sous le nom de La Montilienne. Coco aurait dû nous permettre de nous rencontrer, mais malheureusement Anne-Cécile nous a quitté bien trop brusquement la semaine de l’enregistrement. Nous avons donc décidé de lui dédier cet épisode.

Influenceuse de territoire passionnée, Anne-Cécile a passé des années à faire briller les acteurs locaux, à donner de la visibilité à celles et ceux qui s’engagent pour transformer leur coin de pays, souvent au prix d’un combat contre la dureté des algorithmes et, plus récemment, contre la connerie humaine.
Ici, avec Coco, nous évoquons sa mémoire, sa sensibilité et l’importance de prendre soin de nous et des autres.

Produit par Marie-Cécile Drécourt
Productrice de podcasts depuis 2018 et anthropologue de formation, je crée des récits audio qui mettent en lumière les personnes, les métiers, les initiatives et les liens qui tissent notre quotidien.
Avec Esperluette, j’explore des histoires humaines, sociales, artistiques ou solidaires, ancrées dans le Vaucluse… et au-delà.
Forte de 20 ans d’expérience en communication et narration, j’accompagne également les entreprises, associations et indépendant·es dans la création de contenus audio authentiques, sensibles et pédagogiques.
👉 Plusieurs manières de travailler avec moi :
Épisode dédié dans Esperluette : un format sensible pour mettre en lumière votre mission, vos valeurs ou vos engagements.
Le Podcast Suspendu® : un dispositif solidaire pour offrir un épisode à une association ou une initiative qui vous tient à cœur.
Podcast en marque blanche : je conçois et produis votre podcast de A à Z, pour porter votre voix et vos histoires.
Accompagnement / Formation : je vous aide à créer et structurer votre podcast en toute autonomie, avec méthode et bienveillance.
Pour les malentendant·es ou celles & ceux qui préfèrent lire, l’épisode est entièrement retranscrit ci-dessous :
Peut-on faire de son hypersensibilité une boussole pour guider les autres vers la joie et créer des expériences touristiques uniques et humaines ?
Aujourd’hui, je vous emmène rencontrer Coco et Poppy. Coco, c’est la créatrice de Youpi Tours, qui propose des échappées belles en Drôme Provençale et dans le Nord-Vaucluse en compagnie de Poppy sa Citroën Dyane. Coco c’est une douce alchimie entre connaissances, empathie et amour de la nature et des êtres humaines qui font les territoires. Et c’est ça qui fait que ses circuits ont saveur particulière, hors du temps et du stress ambiant.
J’ai eu la chance de passer une journée avec elle, et nous nous sommes posées en fin de journée sur un banc, dans un petit village pour que je comprenne d’où vient cette manière de créer des expériences touristiques si uniques.
Entre anecdotes croustillantes sur l’histoire des villages, pique-nique avec vue époustouflante loin des foules et une écoute quasi instinctive des besoins de ses voyageurs, Coco transforme chaque sortie en un véritable déclic émotionnel. Elle nous explique comment elle a appris à faire de son hypersensibilité, son atout majeur pour réenchanter le regard des autres sur un territoire… et sur eux-mêmes.
Écoutez, vous allez comprendre.
Qui est Coco ? L’origine de Youpi Tours
COCO : Je m’appelle Coco. J’ai un prénom que je n’apprécie pas trop. C’est Corinne, donc c’est un prénom quand même assez banal pour ma génération. Je suis née dans le Beaujolais et je suis arrivée en Provence il y a maintenant presque 20 ans. Je suis arrivée d’abord en Vaucluse et très vite j’ai eu envie de m’expatrier, pas très loin, du côté de la Drôme Provençale. Je n’ai pas su dire pourquoi, des villages perchés, une atmosphère particulière et puis j’ai perçu une humanité, une simplicité chez les gens et ça, ça m’a plu tout de suite, ça m’a immédiatement attirée.
MC : On te connaît sous le nom de Youpi Tours. Pourquoi ?
COCO : Parce qu’il y a plus d’huit ans, j’ai démarré une entreprise que j’ai appelée Youpi Tours. Tour, ça vient de l’anglais qui veut dire circuit. Donc c’est une micro-entreprise. Je suis toute seule aux manettes et je fais des circuits privés, sur mesure, justement en Nord-Vaucluse et en Drôme Provençale.
MC : Avec un compagnon, une compagnonne ?
COCO : Ah oui, j’ai deux véhicules, mais la compagnonne fidèle, j’en ai changé en cours, mais en tout cas toujours le même type de véhicule, c’est une Citroën Diane. La dernière est de 1973, elle est plus ancienne que la précédente. La première s’appelait Daisy et celle-ci s’appelle Poppy.
MC : Pourquoi tu as choisi de faire des tours, justement, dans ces voitures ?
COCO : C’est une assez longue histoire. D’abord, j’ai fait plus de dix ans de nos tourismes en région, un peu par hasard. J’arrivais de Lyon, je cherchais un job. J’étais fraîchement diplômée d’un nouveau diplôme qui était un master de traduction et de rédaction éditoriale. Et je m’étais dit, je pouvais peut-être faire peut-être de l’événementiel, puisque j’avais déjà derrière moi une carrière de 25 ans d’assistante de direction qui m’avait certes emmenée aux États-Unis et fait faire des choses sympas, mais qui ne m’avait jamais remplie, qui ne m’avait jamais comblée. Et donc, j’arrive en me disant peut-être de l’événementiel. Et puis, à mi-chemin entre les deux, je me suis vue proposer un poste à la CAF de Rasteau en tant que responsable d’œnotourisme. Donc, j’ai passé plus de neuf ans. Et en fait, pendant neuf ans, je crois que j’ai façonné un peu mon idéal de l’accueil des clients. Parce qu’évidemment, je n’étais pas à mon compte. Je ne pouvais pas faire comme je voulais. Je ne disposais pas du temps que je souhaitais. Et j’étais tout le temps, tout le temps limitée dans mes envies, dans ma créativité, dans ce que je voulais proposer aux clients. Bien entendu, je n’étais pas maître à bord. Il me manquait toujours quelque chose. Et à chaque fois, je disais, si c’était moi, je ferais autrement. Si c’était moi, on prendrait une bouteille de rosée, on irait la déguster là-haut face aux vignes. Si c’était moi, on irait parler avec un des vignerons. Si c’était moi, on en profiterait pour aller voir une petite expo à tel endroit. Et si c’était moi, il y aurait plus de nature et plus d’humains. Et puis, bien entendu, il y a toujours un moment de la vie, surtout à l’approche des 50 ans, où j’ai eu un peu moins de patience. Et quand j’ai vu une porte ouverte, je me suis dit, ben voilà, je vais démarrer ma propre entreprise et je vais faire comme je veux. Et aujourd’hui, quand vous voyez marqué Youpi Tours, un tourisme humain par nature, ce n’est pas du marketing. Moi mes deux priorités, c’est d’abord l’humain et ensuite la nature, et donc mon concept il est simple je prends les humains et je les emmène dans la nature.
MC : Tu parlais de faire plaisir à l’humain. Il y a l’humain, la personne qui vient avec toi en tour. Il y a aussi tous les producteurs, les viticulteurs, toutes les personnes que tu connais. On s’est baladé un peu. Tu dis beaucoup bonjour.
COCO : J’aime beaucoup les gens. J’aime me dire que quand je fais mes circuits, quelque part en amont, déjà, ça fait travailler des gens. En aval aussi, puisque les clients, je les accueille comme de la famille. Je leur fais voir les vrais lieux avec beaucoup de sincérité, d’authenticité. On essaye vraiment de rencontrer les gens et d’aller attraper comme on a fait aujourd’hui. On est seul au monde un dimanche de fin avril à pique-niquer. C’est quand même un cadre merveilleux. L’idée, c’est vraiment d’emmener les gens pour vivre une expérience archi-locale. On les accueille comme si c’était des gens de la famille. On va dans les petits villages tranquilles. On fait comme on a fait aujourd’hui, un pique-nique fin avril, par un dimanche après-midi avec pas une âme en vue, c’était quand même exceptionnel. L’idée, c’est d’aller retrouver à la fois ce calme et cette rencontre vers les autres. Et ensuite, ce que j’apprécie aussi, c’est de me dire qu’en donnant le meilleur de moi-même à chaque fois, je vais donner envie aux gens de revenir. Et en leur donnant envie de revenir, ça fait travailler les hébergeurs, les artisans gourmands, les artisans. Ça fait un peu travailler tout le monde.
Conseils pour un tourisme responsable en Provence ou ailleurs
MC : Est qu’est-ce que tu pourrais donner comme conseil aux gens qui veulent visiter le territoire ou pas. Parce qu’on parle beaucoup de tourisme, de surtourisme aussi, par ici on a des endroits qui sont surexploités, tout ça. Comment on peut vraiment apprécier quand on visite un endroit ?
COCO : Généralement, quand on va visiter un lieu, on pense à soi et à son expérience au présent et on ne pense pas aux traces qu’on laisse derrière soi. Ce que je veux dire, c’est que essayez évidemment de vous faire conseiller, ça c’est toujours utile, par des humains. Je sais qu’il y a des gens qui font leur circuit avec l’IA et qui disent je veux visiter ça, ça et ça. Ça m’a bluffée, j’ai une copine voisine que j’adore qui m’a dit qu’elle faisait ça, j’ai essayé. Pfff, et ben je n’ai pas vu les coins les plus authentiques. En tout cas, par rapport à ma grille, mon niveau d’exigence à moi, je ne m’y suis pas retrouvée. Donc déjà, faites-vous conseiller par un humain. Certains offices de tourisme vous diront regardez sur Internet, vous les oubliez, vous les rayez de la carte. Il y a des offices de tourisme où vous êtes bien accueillis. Essayez de bien vous entourer. Moi, on ne dirait pas mais j’ai 50% de mon job qui est non rémunéré parce que c’est du repérage et c’est du conseil. Deux gens qui ne viendront peut-être jamais chez moi. Première phase, c’est votre expérience à vous et ce que vous laissez derrière vous et ça, je trouve que c’est vraiment une responsabilité individuelle. On va dans un endroit, c’est très beau, on ne veut pas de tourisme de masse derrière soi donc c’est très bien de montrer des photos de dire grosso modo où on est passé mais s’il vous plaît aujourd’hui, les cascades et les points d’eau, arrêtez de vouloir gagner des followers sur Instagram en mettant des cascades luxuriantes avec la localisation de la cascade. Si vous êtes dans une petite gorge méconnue, qu’elle le reste ? Ça ne vous empêche pas de dire circuit aujourd’hui, même de mettre l’image, mettez l’image. Si on vous demande, soyez vague, les gens authentiques, sérieux, qui aiment la nature et qui la respectent, ils trouveront toujours…
L’hypersensibilité : un superpouvoir au service des voyageurs
MC : On l’entend bien, pour Coco, il ne s’agit pas de suivre un itinéraire tout fait ou de réciter un catalogue de dates, mais de faire vivre une expérience unique à ses voyageurs en total respect avec le territoire qu’elle fait visiter. Avant de choisir cette vie professionnelle, Coco a eu des expériences dans un tourisme un peu plus institutionnel. C’est là qu’elle s’est rendue compte qu’elle pouvait offrir autre chose : du temps, du lien, des circuits adaptés aux personnes qu’elle a en face d’elle et aux moments, parfois ‘imprévus, qu’ils sont en train de vivre ensemble. Et tout ça, ça demande un sacré travail de fourmi.
COCO : Toute notre vie, quand on travaille dans des grandes entreprises, on nous dit de ne pas mettre d’affect dans notre travail. Et le jour où on est à notre compte, au contraire, je pense que c’est le moment d’en mettre et d’être vraiment qui on est. Et se dire que des choses qui ont pu être perçues comme des défauts peuvent être des qualités, me concernant par exemple l’hypersensibilité, j’ai longtemps hésité à savoir si c’était une force ou pas. Maintenant, je me dis que c’est mon mini superpouvoir et ça me permet d’écouter les gens. Tous les clients qui viennent, je les écoute. Je demande à leur parler au téléphone, alors qu’ils soient anglais, américains, français ou autre. Il y a toujours une audio, toujours au moins une demi-heure au téléphone, parce qu’on va poser des questions pratico-pratiques. Je veux qu’ils comprennent en amont que toute la partie sécurité, réglementation, c’est carré. Il y a les assurances qui vont bien, il y a les diplômes qui vont bien, aussi bien pour la rando, les assurances voiture, l’assurance RC, tout ce qui n’est absolument pas intéressant, mais qu’il faut savoir. Je leur pose toutes les questions d’usage. C’est là qu’on rentre dans le sans gluten, pas d’alcool, avec alcool. Même si on est deux, on est deux personnes individuelles, et ces individus-là n’ont pas les mêmes goûts. Donc, madame, elle va prendre du nectar d’abricot, monsieur, j’ai envie de vin rouge. Pas de problème, je suis à l’écoute. Moi, mon moteur, c’est de faire plaisir. Donc, je ne fais pas plaisir à une masse informe, je fais plaisir à une grappe d’individus. J’ai besoin que chaque personne se dise, elle a entendu, moi, je n’aime pas le fenouil, moi, on m’a dit, je n’aime pas les crevettes, je ne supporte pas l’ail. Très bien, trois quarts des personnes aiment l’ail, on va avoir une partie avec ail, une partie sans ail. Même les gens qui arrivent avec leur gros berger allemand sans avoir prévenu qu’il y allait avoir un chien. Tu acceptes les chiens ? Oui, oui, oui, oui, oui, j’adore même. Je ne sais pas si les gens sont nombreux à accepter les chiens, mais oui, sur les circuits. Sur les circuits, ils viennent à deux, ils ont un chien aussi gros qu’eux. Oui, souvent, j’accepte presque tous les chiens, dans la mesure où ils sont gérés par leur maître. Ça fait partie des détails, mais je veux que les gens, quand ils arrivent, ils se sentent attendus. C’est la même chose que la petite dédicace sur la voiture.
MC : La personnalisation de la voiture.
COCO : Bien entendu, simplement avoir son prénom, un petit clin d’œil, un bienvenue à bord ou en route avec deux petits prénoms enlacés, peu importe, mais c’est je vous attends. Et pour moi aussi, ça paraît un détail, mais moi qui suis une perfectionniste vite inquiète, j’ai réussi à lutter contre cette anxiété permanente en me disant, quand j’attends des joies, il faut que les gens… Je refais le lapsus !! Quand j’attends des joies.
MC : J’adore.
COCO : Deux fois, quand j’attends des joies. Quand j’attends des gens… Eh bien, je les ai les joies.
Speaker undefined : Voilà.
COCO : J’essaie de me mettre en joie, justement, en me disant, retour à l’enfance toujours, de me dire, quand j’avais hâte de quelque chose, qu’est-ce que je faisais ? Je veux frotter les mains comme ça, parce que j’avais trop hâte. Je veux retrouver cette émotion-là du cœur qui s’emballe parce que… Mais j’ai hâte. Donc du coup, quand je prépare et que je prépare mon buffet, je ne suis pas en mode… Oh là là ! Elle, elle ne veut pas ça. Au contraire, je suis là. Alors ? Parce que du coup, j’ai les prénoms de tout le monde. Véronique pas d’ail. Alors, elle, c’est ça. Pierre, c’est ça. Je me mets en joie. Je fais comme je le ferais pour ma famille. Et le fait de me mettre en joie, ça apaise le côté anxieux. Toujours l’impression de jamais faire assez ou que ce ne soit pas assez bien ou pas assez travaillé. Et ça me met dans une disposition de joie qui efface tout le reste. Ça, c’est super.
MC : Parce qu’il n’y a pas que de la nourriture. Depuis tout à l’heure, on parle de nourriture. Mais en fait, il y a aussi de la visite et de la connaissance. Moi, tu m’as présenté des tonnes de fleurs dont je ne connaissais absolument pas le nom. Tu m’en as fait manger. Tu m’as parlé de l’histoire des villages dans lesquels on était. Enfin, tu as une connaissance qui est du territoire qui est énorme. C’est quelque chose que tu travailles régulièrement.
COCO : Là où la vie est bien faite, c’est que j’ai décidé un jour de créer ce métier qui n’existait pas, qui est d’être une guide humaine, gourmande et un peu patrimoine. Complètement en accord avec qui je suis. Moi, j’aimais courir, je ne peux plus, mais j’aime randonner. J’aime la vieille pierre. J’aime les petites histoires de villages. Donc, en fait, c’est exactement qui je suis. Mon papa, qui est décédé il y a très longtemps, qui était un érudit de géographie et d’histoire. Vraiment d’origine, avec une vie super modeste, mais toujours en train d’apprendre. Il se retournerait dans sa tombe. De dire, « Ah, c’est elle qui a eu trois au bac qui raconte des histoires. » Trois au bac. Mais en fait, je n’ai jamais dit que je n’aimais pas l’histoire et la géo. J’ai dit que je n’aimais pas la façon dont on nous les racontait. Nuance, ça n’a rien à voir. Il n’y avait jamais d’anecdotes. Il n’y avait jamais de petites histoires. C’est quand même ce qu’on retient le plus. Oui, je peux t’expliquer de quelle époque datent absolument toutes les églises de la région. Mais in fine, si je te raconte que le maçon du Pontillard a assassiné l’architecte en 1902, le jour de l’inauguration de l’école, si je te raconte qu’ici, dans ce village, à la fin du 19e siècle, il y a eu un épisode de choléra et qu’on a mis longtemps à trouver la cause, les gens se souviennent des anecdotes qui les ont amusées. Le reste, c’est que du bruit. Moi, si ça m’ennuie, je sais que ça va ennuyer les gens. Je pense que par l’humour, la tendresse et l’anecdote, on fait vraiment, on donne du relief aux choses. Et faire du tourisme, comme si on avait 12 ans, en allant, comment on va le faire dans 10 minutes, voir des boules de montagne ? Et si vous voulez savoir ce que c’est,
MC : Faites le tour avec Coco.
COCO : Le mystère de la boule de montagne. La boule de montagne. (rires)
MC : C’est là où ton hypersensibilité, elle est un super pouvoir ? Parce que tu y mets de l’émotion ?
COCO : Oui, sûrement. Parce que, déjà, moi, je capte, dès que les gens arrivent, je capte ce qui se trame. Les gens, ils arrivent dans un état émotionnel. Souvent fatigués, parce que les gens, ils viennent des fois que pour une soirée ou c’est le début des vacances. Ils attendent quelque chose. Il y a des gens dont je sais dans quel état ils vont arriver parce que s’ils étaient, entre guillemets, un peu tendus et exigeants au téléphone, ça me raconte tout de suite qu’ils sont inquiets. Ils sont inquiets et fatigués. Donc, je récupère souvent deux, trois personnes dans cet état-là. Et qu’est-ce qu’on en fait ? Est-ce que je me dis « Oh là là, ça va être long. » Eh bien, on va s’occuper d’eux. On va essayer de les détendre et qu’on a quatre ou cinq heures pour les emmener un petit peu de l’autre côté de la colline avec une vue sur un vallon verdoyant qu’ils n’ont peut-être pas vu depuis longtemps. Et évidemment, je ne parle pas au sens propre.
Je dessine mes circuits comme on ferait un court-métrage. Il faut que régulièrement il y ait une scène tendre, une scène drôle, une scène franchement amusante, une scène étonnante. Donc, en fait, il faut qu’on s’arrête régulièrement et avoir des choses à raconter. On roule, on s’arrête, on raconte, on remonte à bord, tatatata. Voilà. Tout de suite, le fait d’être en Dyane, c’est universel. Ça rappelle, en tout cas à tous les Européens, l’enfance. La tantine, le papa, le grand-père, l’enfance. L’odeur, je ne sais pas si tu as remarqué, l’odeur fait voyager beaucoup plus vite que quoi que ce soit d’autre. Et quand on s’assied à bord d’une 2 chevaux ou d’une Dyane, l’odeur, elle est saisissante. Tout de suite, on a cette odeur de vieux plastique, mais aussi, le moteur, il n’est pas en reste. C’est ça. Et à ce moment-là, tout de suite, qu’on le veuille ou non, on part ailleurs. Donc, on n’est plus dans la réunion, en ville cet après-midi, avec le patron qui a été désagréable, l’EDF qui n’est pas passé. Sans s’en rendre compte, le fait de s’asseoir dans la voiture et d’avoir rouler déjà 5-10 minutes, on a déjà un tout petit peu défait la besace. Et moi, là, je prends le relai quand je vois que ça s’ouvre un peu.
Et très vite, on voit on voit le lien. On voit le lien entre des époux, entre un jeune de couple, entre des gens qui se connaissent depuis 50 ans, peu importe. Le lien, il est là, très visible, même si eux, ils l’ont perdu de vue. Et moi, en fait, je vais me servir de ce lien-là, en même temps que je raconte mes anecdotes, en même temps que madame a envie de voir un truc donc du coup on fait une petite boucle qu’on n’avait pas prévue, et je vais jouer sur ce lien. Et c’est comme ça qu’on se retrouve avec des couples on dirait au bord de l’implosion quand ils arrivent et on les retrouve une heure après en train de s’embrasser comme deux jeunes amoureux, tout ça parce qu’on leur a dit à un moment donné, très franchement et sans détour dans la voiture, je vois exactement pourquoi vous êtes ensemble. Je vois ce quis vous lie et c’est chouette. Ah bon ? Et ça leur rappelle pourquoi ils s’aiment. Et c’est génial. Je vois des couples repartir. Je ne dis pas qu’ils sont rabibochés pour la vie. Mais je pense qu’on a vraiment gagné en joie de vivre. Et après, ça peut être pour autre chose puisque évidemment, il n’y a pas que des couples mais même des individus un peu exsangues. Je vais sentir des gens qui sont vraiment fatigués ou des gens qui sont invisibilisés ou des gens qui s’occupent tellement de tout le monde qu’on ne s’occupe jamais d’eux ou jamais d’elles. Ce n’est pas parce qu’on a été plongé dans un environnement âpre qu’on n’a pas droit à tous ces petits soleils et ça, c’est chouette de le montrer aux gens. De dire, je ne renie pas quoi que ce soit qui se passe chez vous parce qu’on ne sait jamais ce que vivent les gens, on ne peut pas avoir la prétention de le faire mais par contre de dire : laissez-moi vous emmener de l’autre côté de la colline juste pour ce soir.
L’envers du décor : savoir se ressourcer seule pour être pleinement présente lors des circuits
Marie-Cécile : L’hypersensibilité comme un super pouvoir pour nous apporter des petits soleils et nous faire voir notre monde autrement. Cette joie qu’elle offre ne tombe pas du ciel. Et cette hypersensibilité ça oblige parfois à se battre contre la fatigue que cela implique et une bonne dose d’anxiété. Au final, débuter un circuit c’est un peu comme monter sur scène, peu-être que les angoisses partent une fois le moteur de la Dyane démarré ?
COCO : Souvent, quand j’ai un gros groupe et que je suis fatiguée, je vais faire une nuit exécrable alors que tout est déjà géré. la veille pour le lendemain. Si j’ai un gros groupe comme j’ai déjà eu en jeu de piste, 15 ou 18 personnes ou 30 personnes, j’ai déjà des ressources pour m’aider, mon jeu de piste, tous les supports sont prêts, qu’est-ce qui pourrait se passer ? Il peut toujours, il peut toujours se passer quelque chose même si vraiment tu peaufines ton travail. Chaque année, les gens ne s’en rendent pas compte. Avant de faire les circuits, je dois retourner dans les villages parce que, comme on l’a vu l’autre jour, il y a une route qui est coupée, là c’est effondré, tu ne peux pas juste prendre pour acquis que c’est la même chose que les années précédentes. Et puis, comme on le disait, tu vas au Poët Sigillat, il n’y a que les personnes qui sont passées récemment qui le savent, mais par exemple, il y a deux ans, quand ils ont coupé toutes les roses trémières, tu ne peux pas arriver en disant, vous allez voir, il y a une allée de roses trémières en bas du village ! Et le cantonnier est passé, il a tout rasé et il n’y a pas une rose trémières. Bon, ben voilà. Et pour revenir à ce que tu disais, le gros groupe, donc je dors mal, c’est typique, je relave les vitres au dernier moment, je recharge tout, clac, clac, clac, je fais les deux, trois textos aux partenaires qui vont être là pour que tout roule. J’arrive, il y a toujours la boulangère qui n’a pas préparé la commande qu’elle devait préparer où tu te dis, ça commence mal. Et à partir du moment où les gens arrivent, à chaque fois, je me dis, rappelle-toi, c’est du théâtre. Je démarre la Diane, c’est le rideau qui s’ouvre et là, ça se passe super bien. Je n’oublie pas les choses, je suis à l’aise, déjà dès que je vois les visages des gens, je suis dans la joie. Donc, je peux m’inquiéter, mais il y a toujours un moment donné où la joie d’embarquer va prendre le pas sur l’inquiétude et cette espèce de syndrome de l’imposteur que les femmes ont souvent de j’espère que ça sera assez bien, est-ce que ça sera suffisant, est-ce que…
Marie-Cécile : On l’entend, tenir ce rythme et ce niveau d’exigence demande une discipline de fer. Coco a appris, parfois à ses dépens, qu’on ne peut pas donner sans se recharger.
COCO : J’ai appris curieusement que j’étais aussi solitaire que j’étais sociable. Alors ça, c’était très nouveau et je ne l’aurais pas appris si je n’avais pas été aussi épuisée par cinq ans non-stop de youpi. Sans répit, sans répit, sans répit. Et puis, j’ai commencé grâce à l’amie qui m’a présenté sa première Dyane et qui m’a fait tourner avec sa première Dyane à voyager en van avec elle, mais une personne très indépendante. Donc, on allait randonner, elle ne t’attendait jamais en randonnée, elle faisait sa vie, donc tu finissais par marcher toute seule. Au début, je me disais, il ne faut pas l’intérêt de partir à deux pour être toute seule. J’ai pris l’habitude de marcher toute seule. Pendant sept ans, j’ai eu un chien que j’adorais, que maintenant, je n’ai plus, donc j’emprunte le chien de mes amis, Billy, mon filleule et je pars en voyage toute seule avec le chien et je marche toute seule en silence et ça n’est jamais assez. Et en fait, j’en ai besoin de marcher toute seule… Tu as vu tout à l’heure quand on allait voir les boules de montagne qu’on traversait la forêt. Il y a eu plusieurs moments où on était un peu éloignés l’une de l’autre et on marchait en silence.
MC : J’ai adoré.
COCO : C’est efficace. Ça te lave plus que tout. Et en fait, je réalise que cette solitude-là, qui n’est pas la solitude de la maison où tu fais ta vaisselle toute seule et ton ménage toute seule et tu es toute seule face à ton ordi ou toute seule à dîner. Ça, ça fait des années que je vis seule donc j’ai l’habitude. Mais la vraie solitude choisie, celle où enfin tu marches et puis au bout d’un moment, tes pensées, le flot de ce que tu dois régler, ta to-do list qui ne te quitte jamais. Je ne sais pas où elle est. Elle est partie. Et tu as à nouveau, comme je disais, 12 ans. Tu regardes les cailloux, tu regardes les papillons, tu regardes les fleurs, tu regardes le ciel, les paysages. Tu te dis, tiens, je n’avais pas remarqué qu’il y avait autant d’abricotiers du côté d’Arpavon, presque autant que de vignes et de lavande. Et même si quelque part ça va nourrir quelque chose que tu sais et ça va encore resserrer les mailles de ta connaissance de ton territoire, c’est hyper reposant. Je peux donner beaucoup mais à condition d’avoir des moments où je ne donne rien. C’est terrible à dire.
MC : Qu’est-ce que tu souhaites à Youpi Tours ?
COCO : Depuis peu, je me suis prise, surprise surtout, à rêver de ma retraite qui est quand même que dans 7 ans et demi. C’est pour dire mon grand âge. Voilà. J’ai envie de liberté, de solitude ou de presque solitude et de ne plus regarder la montre et de ne pas avoir d’agenda. Ça, c’est vraiment quelque chose dont je rêve. Donc, ça, il faudra que je me l’offre à un moment donné. Mais ce que je rêve, c’est d’arriver à un équilibre où effectivement, je peux continuer sur les 7-8 années qui restent à être généreuse sans trop m’épuiser moi, sans que ce soit au détriment de mon bien-être à moi. Et du coup, c’est vraiment quelque chose sur lequel je travaille. Sur, comment donner aux autres un petit peu plus que ce qu’ils attendent, sans non plus me priver de sommeil, me priver de repos, me priver de beaucoup de choses parce qu’effectivement, les gens se disent c’est cool. Elle nous récupère à 17 heures, elle nous ramène à 11 heures du soir, ce n’est pas trop une grosse journée. Sauf qu’il y a tous les préparatifs. Le matin, je me lève pareil et puis évidemment, il y a tout le reste parce qu’il y a quand même, vous le savez, du marketing, de la communication, de la comptabilité, de l’administratif, des échanges en tout genre, des devis qu’on fait qui ne vont jamais nulle part, tu le sais.
MC : Jamais. (rires)
COCO : À qui ça arrive ? Donc en fait, on a vite des journées de 16 heures. Et ça, je me suis promis de ne plus faire de journée de 16 heures. Si jamais, par exemple, je commence à travailler à 8 heures le matin et je sais que je vais rentrer à 11 heures, que je vais faire la vaisselle jusqu’à minuit, que je vais faire de la com’ jusqu’à 1 heure et demie du matin, que je vais prendre ma douche, je vais me coucher à 2 heures, il faut quand même que j’arrive à avoir 2 heures sans travailler dans la journée. C’est quand même la moindre des choses. On ne peut pas faire 8 heures, 2 heures du matin. C’est inhumain. Et c’est pourtant ce que je fais tout le temps. Tout le temps, tout le temps. Avec l’excuse de, oui mais quand je suis avec les clients le soir, il y a un moment donné où le rapport guide-client s’atténue jusqu’à s’effacer et je prends quand même du plaisir à être avec eux. Donc c’est comme si je ne travaillais pas. C’est comme si je ne travaillais pas mais effectivement, comme le font remarquer les clients eux-mêmes, vous dressez quand même le buffet, vous débarrassez quand même, vous portez quand même les paniers, vous avez le souci de nous donner telle indication, telle indication, vous conduisez. Et même si ça a l’air très léger, en fait c’est quand même du travail et ça demande quand même de la concentration. Le seul truc dont je ne me sens pas privée et je préfère le dire parce que tout le monde me pose la question, non, ça ne me prive pas de ne pas boire d’alcool quand je conduis. Et oui, je suis toujours à jeun quand je vous conduis.
MC : Parce qu’elle parle de vin mais en fait elle n’en boit pas.
COCO : Dans la vie, j’en bois. Dans la vie perso, je n’ai absolument rien contre, j’apprécie ça beaucoup mais par contre, évidemment, il est hors des questions de ne pas être sérieux. Donc voilà. Donc je vous accueille avec beaucoup de joie, mais c’est préparé et c’est carré. Ça se sent que c’est préparé ? J’espère que c’est quand même léger.
MC : Mais c’est très léger, mais c’est là où c’est le plus difficile.
COCO : Oui.
MC : Cette façon de raconter les villages, les anecdotes de manière vivante, de faire découvrir la nature qui nous entoure. C’est comme un héritage. Comme si, à travers elle, son papa continuait de transmettre sa passion de l’histoire et de la géographie, mais avec un joyeux souffle de liberté.
COCO : Moi, je suis là pour les gens, je ne suis pas là pour moi. je ne suis pas là pour flatter mon niveau de connaissance parce qu’il y a des tas de gens qui savent beaucoup plus que moi. Je suis là pour régaler les gens.
MC : Moi je pense qu’il doit être fier ton papa !
COCO : Oui il doit vraiment rire. Déjà que c’était quelqu’un qui riait beaucoup, il doit se dire, alors celle-là, elle est bien bonne. C’est génial. Mais je n’y ai jamais pensé avant cet instant. Au moment où tu me dis, c’est génial, mais je pense que peut-être que balader les gens, c’est aussi une façon de se dire s’il avait été encore en vie. Il aurait adoré faire un tour en Dyane et écouter les petites histoires. Je suis sûre qu’il aurait adoré, adoré !
Merci Marie-Cécile.
MC : Merci à toi !
Conclusion : Célébrer la vie et la mémoire d’Anne-Cécile
Marie-Cécile : Je suis certaine effectivement que son papa, tout comme moi pendant cette journée aurait adoré faire cette virée magique en Dyane avec Coco et Poppy. Un moment qui restera gravé comme une parenthèse de douceur et de joie absolues dans mes souvenirs. Et c’est très, très précieux. Une bulle de temps suspendu où l’on se rappelle que l’essentiel n’est pas dans la pression des réseaux sociaux et de l’ultra performance mais dans le lien, dans le rire, dans ces « petits soleils » que l’on s’offre mutuellement.
Et justement, cette journée aurait dû être le moment d’une autre rencontre avec une femme tout aussi passionnée par les territoires et les gens qui les font : Anne-Cécile, que beaucoup connaissent sous le nom de La Montilienne. Coco aurait dû nous permettre de nous rencontrer, mais malheureusement Anne-Cécile nous a quitté bien trop brusquement la semaine de l’enregistrement. Nous avons donc décidé de lui dédier cet épisode, et de lui consacrer un petit épisode supplémentaire, juste pour elle, que vous pourrez écouter après celui-ci.
Si la tristesse de son absence était immense, je suis convaincue qu’elle aurait adoré ce moment partagé avec Coco, ses anecdotes croustillantes et cette joie pure que nous avons partagé avec simplicité. Alors, vivre cette expérience, soutenir ce tourisme humain, c’est aussi une façon de célébrer la vie, comme Anne-Cécile l’aurait voulu.
Merci Coco pour ta confiance, ta transparence et cette hypersensibilité utilisée comme un super pouvoir pour rendre ces moments mémorables. Merci à vous d’avoir écouté. Si vous voulez vivre ce moment comme moi, toutes les informations pour voir tout ce que propose Youpi Tours sont dans la description de l’épisode.
Je suis Marie-Cécile, alias Esperluette, l’anthropologue du quotidien. À très bientôt, je l’espère-luette, évidemment !

