rencontre avec Emilie Couët, Émilie Couët, opératrice du son à Radio France qui travaille notamment sur les fictions radio

Emilie Couët, la fiction radio et l’amour des sons

Et si on on écoutait de la fiction à la radio ?

Emilie Couët répond aux question d'Esperluette Podcast pour son 10 ème épisode
Pour en parler, j’ai eu la chance de croiser sur Avignon le chemin d’Émilie Couët, opératrice du son à Radio France. Elle vogue aujourd’hui vers de nouveaux horizons professionnels mais sa première passion c’est le son. Vous allez entendre comment ce métier s’est imposé à elle dès l’adolescence, et comprendre tout le travail qui se cache derrière l’enregistrement d’un épisode radiophonique.
Tendez l’oreille, je pense qu’après cette interview vous n’écouterez plus de la même manière.

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Merci Émilie de m’avoir raconté ton parcours. Depuis l’enregistrement réalisé il y a presque 3 mois, je suis devenue ultra fan de ces fictions à écouter, support que je ne connaissais pas.
Mes gros coups de cœur auditifs :
Les aventures de Tintin ou comment replonger dans les souvenirs de mes lectures d’enfance,
Zoologiques d’Eric Chevillar, dialogues d’animaux captifs dans un zoo,
Lettre d’une inconnue de Stefan Zweig, une autre manière de découvrir un classique de la littérature.

Et évidemment Le Chat du Rabbin, cité par Émilie pendant l’interview,  qui est de nouveau disponible en podcast pour notre plus grand bonheur !

Je souhaite à Émilie beaucoup de réussite dans ses nouveaux projets. Je suis certaine qu’elle n’abandonnera pas complètement son premier amour professionnel : le son. Peut-être qu’elle viendra un jour faire une chronique sur Esperluette pour nous parler de sa deuxième passion, les plantes.

Ce dixième épisode d’Esperluette est maintenant terminé, je vous laisse avec tout cet enthousiasme dans les oreilles et je vous retrouve dans un mois avec une nouvelle rencontre inspirante et (petit indice) musicale.

Les Esperluettes d’Émilie : La rencontre avec des gens qui ont osé et la danse ❤ Je valide à 100 % ?
Les émissions de fictions sur France Culture à ne pas rater :
Le feuilleton : https://www.franceculture.fr/emissions/fictions-le-feuilleton
Samedi Noir : https://www.franceculture.fr/emissions/fictions-samedi-noir

N’oubliez pas de partager, commenter chaque épisode que vous écoutez, cela permet de faire connaître le podcast et donc de développer notre audience.
Merci à l’équipe de la Péniche Althea de toujours me trouver un petit espace de tranquillité pour pouvoir enregistrer mes interviews.
À une prochaine, on l’espère-luette évidemment 🙂

Propos recueillis en 2019 par Marie-Cécile Drécourt


Rencontre avec Emilie Couët, opératrice du son à Radio France qui travaille sur les fictions audio.

Pour les malentendants, une version sous-titrée est disponible sur la chaîne Youtube Esperluette -Podcast inspirant.

Ou vous pouvez lire l’interview dans son intégralité ici :

Marie-Cécile : « Et si on écoutait de la fiction à la radio ? Pour en parler, j’ai eu la chance de croiser le chemin d’Emilie Couët, opératrice du son à Radio France. Elle vogue aujourd’hui vers de nouveaux horizons professionnels, mais sa première passion c’est le son. Vous allez entendre comment ce métier s’est imposé à elle dès l’adolescence et comprendre tout le travail qui se cache derrière l’enregistrement d’un épisode de feuilleton radiophonique. Tendez l’oreille, je pense qu’après cette interview vous n’écouterez plus de la même manière ! Bonne écoute ! »

(musique)

Emilie Couët : « Alors je suis Emilie Couët, bonjour. Je suis ce qu’on appelle à Radio France opératrice du son, spécialisée fiction aujourd’hui. Mais je suis passée par toutes les cases à peu près, toutes les cases du technicien son à Radio France. Je dis ça parce qu’il y a vraiment plein, plein de métiers différents au niveau du son. Je suis passée par les antennes direct de France Inter, France Culture, France Info, enfin toutes les chaînes de Radio France. Et FIP aussi, on apprend tous à mixer sur FIP. Je suis passée par là, mais aujourd’hui disons que si on doit avoir une spécialité même, si ce n’est pas vraiment le cas, je fais beaucoup de fictions radio.

(musique)

Ça fait 16 ans que je suis à Radio France et je savais quasiment dès que je suis rentrée que c’était ça, que c’était la fiction radio que je voulais dans ma vie. En termes professionnels en tout cas, enfin ça va même au-delà du professionnel. Mais bon, je ne le savais pas encore. En fait c’est déjà ce métier quand j’avais 16 ans… J’ai vu un film qui est ce qu’il est, je suis d’accord mais ça a été mon déclic. Chacun on peut avoir un déclic un peu différent, bon le mien c’était le film « A la poursuite du diamant vert ». Ouais, ouais, le truc avec Danny Devito (rires) et heu… je sais même plus comment elle. Bref ! A la fin de ce film, alors là ça a été un déclic incroyable et je me suis dit : « oh là là mais ils ont dû trop rire pendant tout le film ! Je veux faire ça moi, c’est ça ma vie ! » Et puis j’étais pianiste, ça faisait 15 ans que je faisais du piano… non à 16 ans c’est pas possible mais enfin voila j’ai fait quinze ans piano… Je faisais du piano à l’époque, la musique c’était déjà hyper important dans ma vie et je m’apercevais que le travail d’équipe ça allait être pour moi quelque chose de très important. Je me suis dit : « bon alors qu’est-ce qui peut allier tout ça ? » Et en fait j’ai trouvé le son. Donc à partir de 16 ans, bille en tête je suis partie : je veux faire du son, je veux faire du son, je veux faire du son ! Donc j’ai réussi, j’ai fait du son, je suis rentrée à la radio et il se trouve que parallèlement à tout ça, mais en fait j’avais pas encore fait le parallèle, j’écoutais beaucoup de fictions sur vinyls, le soir en colo, dans ma famille aussi, enfin c’est quelque chose qui se faisait assez facilement et j’avais aussi tout ce qui est, vous savez les petits livres là où en fait avec une cloche on tourne les pages et en même temps on écoute la cassette défiler. J’étais complètement… Je m’abreuvais de ça tout le temps, tout le temps j’écoutais ça et ça me fascinait total. Du coup il n’y avait pas l’image, on pouvait se référer à quelque chose mais voilà l’imaginaire était vraiment à fond, c’était mieux qu’un livre pour moi. Voilà j’écoutais ça et puis un jour, donc je suis formée à Radio France pour ces métiers là. La fin de ma formation arrive, le premier truc que je fais toute seule, j’arrive dans mon studio, je prépare mes petites affaires. J’étais tout stressée parce que j’étais toute seule et puis voilà je suis là très concentrée et tout d’un coup j’entends une voix et je me dis : « mais cette voix c’est pas possible, je la connais ! C’est pas possible ! » Et je lève la tête et c’était Catherine Laborde. Je ne savais pas qu’elle faisait des fictions radio. Les comédiens qui viennent faire de l’édition radio viennent de tous bords, ça peut être des comédiens de la Comédie Française, des gens qui sont vraiment très amoureux de ce média là et qui veulent jouer et continuer à jouer pour la radio. Donc c’était Catherine Laborde et là ça a fait tilt et je me suis dit mais en fait je suis en train de faire le métier que j’écoute, qui me nourrit depuis que je suis toute petite. J’ai trouvé ça complètement incroyable et voilà et j’ai su que c’était la fiction radio que je voulais faire, c’était obligé !

(musique)

La radio sans image c’est assez drôle du coup (rires). On s’affranchit de l’image donc on peut vraiment inventer plein de configurations, notamment ce qui me vient c’est qu’un jour on a fait une fiction qui se passait sur mars et donc on devait faire communiquer trois comédiens différents : l’un dans le vaisseau spatial, l’autre sur mars et le dernier sur la terre. Donc en fait on devait créer trois atmosphères différentes et on cherchait un moyen d’avoir un scaphandrier, de faire ce truc très enfermé avec un vieux micro cravate qui marche pas, enfin à moitié et on a trouvé le truc, la solution, c’était des cartons sur la tête. Donc on a tous découpé des cartons histoire qu’on se voit quand même et en fait tout le monde se parlait comme ça toute la journée. On a réussi à créer quelque chose qui est complètement transparent pour l’auditeur, c’est-à-dire que l’auditeur croit vraiment qu’on est sur mars, enfin moi-même je trouve qu’au bout du mix ça marche, on y est quoi ! (rires) Voilà par où on est passé ! Mais ça c’est possible parce qu’il n’y a pas l’image. Sinon pour pour revenir à comment se passe une fiction radio elle se passe en trois phases, on va dire trois grandes phases qui peuvent peut-être se mélanger mais disons trois grandes phases. Déjà on est quatre à pouvoir réaliser quelque chose comme ça. Quatre à la technique c’est-à-dire deux en réalisation, un réalisateur, un assistant réalisation un chef opérateur du son et un opérateur. Donc moi dans ce maillon là je suis l’opérateur et on se retrouve tous les quatre. Préalablement le réalisateur a reçu un script, un texte classique ou contemporain, ou qui a été écrit spécialement pour la fiction, parce que c’est une écriture vraiment différente. Tout ne s’entend pas à la radio, il faut vraiment faire passer des choses des fois très très subtilement pour appeler l’imagination de l’auditeur. Ça se passe pas du tout en fait comme si on avait l’image. Alors il y a des choses oui, mais il y a des choses vraiment à forcer, il y a des choses au contraire à vraiment envoyer très subtilement parce que sinon on ne va pas comprendre et c’est ridicule. Enfin la fiction radio c’est quand même un truc assez spécial. Donc le réalisateur reçoit un texte il dit oui ou non, et là il va réfléchir dans sa tête à la façon dont il va commencer à rendre audible la chose. Il s’aide de son assistant qui fait le lien entre les comédiens, nous et lui. Ils font leurs castings, ils font ensemble un planning de production et puis on les retrouve le premier jour d’enregistrement. Donc on est tous les quatre à réfléchir, ça potentiellement été fait en amont, à réfléchir comment on va pouvoir créer l’univers sonore de la scène, de toutes les scènes qui vont suivre. Ca c’est c’est un vrai travail parce qu’en fait quand on arrive en studio de fiction, on arrive dans quelque chose qui doit faire 100 mètres carrés. C’est un studio qui est complètement… on peut faire ce qu’on veut : il y a des endroits moquettés, il y a une balustrade, des escaliers en bois, des escaliers en métal, il y a des portes en métal, en bois usé de tant d’années de claquements de porte, d’ailleurs on n’en peut plus et à chaque fois on se dit : « oh non pas encore une porte ! Non c’est bon on va la faire. » On a aussi des petites des petites surfaces qui ressemblent à un son en extérieur comme ici par exemple où on se parle, on est en extérieur. Je ne sais pas si vous pouvez entendre mais il y a au loin la circulation, il y a quelques oiseaux qui sont encore dans les arbres, le vent atteint les feuilles. On peut sentir une atmosphère paisible s’installer et on sent même qu’il y a du soleil… Ouais je suis sûre si si écoutez… C’est ensoleillé, enfin moi je trouve. Bon bref donc voilà on établit ça. Donc pour ces sons en extérieur , il y a des salles qui sont dédiées aux sons en extérieur c’est à dire un son absolument pas réverbéré dans lequel vous trouverez du gravillon, du sable et des bandes de pavés pour faire de la marche différente. C’est assez drôle ça aussi parce que des fois il faut faire courir deux comédiens qui font une course poursuite de police, de machin avec le tout le monde qui se tire dessus dans deux mètres carrés, même pas deux mètres carrés d’ailleurs ça doit faire un mètre carré, parce que c’est juste le côté pavé qu’on va retenir, donc en fait ils font du sur-place et pour pas que s’entendre le sur-place à la radio, le technicien qui va percher va aussi courir. Ca donne des trucs, je vous raconte même pas ! Ca, ça faudrait filmer parce que ça c’est drôle pour que vous voyez un peu comment ça peut se passer. de temps en temps. Voilà, c’est que de la création tout ça ! Il y a aussi ce qu’on appelle une chambre claire, c’est une chambre avec une certaine réverbération innée à la salle dans laquelle on peut faire des église, tout ce qui est à inventer quoi, une grotte, enfin un puits et après on peut jouer à… Au niveau de la porte ça va pas sonner pareil que si on est complètement dans la salle… enfin c’est tout ça, c’est assez à inventer. On a fait un Tintin aussi. On a adapté Tintin aussi en BD, ça été un grand truc. C’est encore en cours en ce moment. Par exemple on fait parler Tintin dans un espèce de gros tuyaux en inox et puis pour lui faire sortir comme ça, pour avoir le son de l’intérieur d’une jarre, parce qu’à un moment donné il sort d’une jarre comme ça, en fait ce sont des trucs qui ne se voient que en radio. C’est assez drôle !! (rires) Ca c’était la première phase d’enregistrement et vraiment je ne peux pas vous parler de cette phase d’enregistrement sans vous parler des bruiteurs. On à 4 / 5 bruiteurs à la radio et alors eux aussi ils ont un univers artistique monumental. Ils inventent tout le temps plein de choses. Il me vient toujours cette histoire aussi que j’ai vécue lors d’un enregistrement. C’est un peu glauque, au finale ça ne l’est pas tant que ça mais en fait c’est un peu glauque. On devait faire une scène dans un abattoir. C’était un abattoir aussi imaginé donc on n’était pas obligé d’être dans un truc concret mais quand même. Avec Sophie Bissantz, la bruiteuse, on a inventé quelque chose. Ca dure 7 minutes en gros. On a mis six heures à enregistrer ça. Elle s’est munie de choux, de pamplemousses, de pâtes qu’elle avait fait cuire et qu’elle avait un petit peu encore laissées dans leur jus (rires)… Qu’est-ce qu’elle avait utilisé encore ? D’un poireau qu’elle casse, des petits heu… Ah oui, elle avait utilisé quelque chose pour faire les petits os qui se craquèlent, enfin bon ça avait été très très loin. Mais c’est hallucinant, elle a fait tomber donc un chou à travers un escalier… et en fait tout ça on l’a travaillé, on l’a monté pour faire une espèce d’évolution de ce qui se passe dans cet abattoir, et mixé pour rajouter des effets si y’en avait besoin. Mais tout était quasiment là déjà et mettre tout ça en place on a mis peut-être, je sais pas, un jour et demi à faire tout ça pour sept minutes de … Mais j’ai encore ce souvenir, c’est hallucinant. Si jamais vous allez le voir, c’est dans une fiction qui s’appelle Berlin Alexanderplatz et c’est tout un feuilleton qu’on a fait en vingt épisodes je crois et qui est peut-être encore podcastable, je ne sais pas. C’est l’épisode IV, je m’en souviendrai tout le temps (rires). C’est sublime ! C’est un vrai travail de son qui n’est possible que là finalement à Radio France. A partir du moment où on a cette phase d’enregistrement qui est faite, le Chef Op. qui est lui vraiment véritablement responsable de la qualité sonore, qui aura choisi ses micros, son implantation, la façon dont il va pouvoir rendre audible ce que le réalisateur veut. Une fois que ça c’est fait, il nous quitte pendant un petit moment, pendant le temps du montage et moi je prends le relais. Moi aussi j’ai eu pas mal de trucs à faire pendant la phase d’enregistrement. Avec mon Chef Op est tout le temps en train de déplacer des micros d’aller pointer le truc à 30 degrés de plus ou de moins, parce que ça change tout et parce que tout va devenir juste à ce moment là. Et puis on ne peut pas juste mettre un micro et puis allez-y les gars décliner votre texte, ça ne marche pas du tout comme ça. C’est vraiment un travail entre le comédien, le réalisateur et le preneur de son. Ca se réfléchit et ça s’installe, ça marche pas, ça marche mieux, enfin c’est une recherche perpétuelle toute la journée en fait. Une fois que cette phase est faite, je vais monter avec le réalisateur et l’assistant. On a nos scripts sous les yeux et voilà c’est parti pour vraiment un bout à bout. Et on place aussi les futurs éléments qui vont pouvoir aider à mixer. Alors moi c’est une phase que j’adore le montage. Parce qu’on part de rien, enfin juste on a plein de sons en boîte et on doit mettre tout ça ensemble et tout prend forme, c’est-à-dire qu’en fait il y a tellement de façons de monter quelque chose. On peut tout faire, en plus avec le numérique aujourd’hui on peut tout faire, on peut tricher complètement. L’intérêt je pense d’ailleurs aucun ne le fait trop, on triche sur la façon dont on va rendre le son mais on ne va pas tricher sur l’intention, parce qu’on choisi les comédiens. aussi pour certaines raisons. On veut lui et pas un autre parce qu’il a telle intention et on le sait. C’est une phase qui de création intense et j’aime beaucoup cette phrase parce qu’en tant qu’opérateur, on a vraiment de la place pour s’exprimer et pour exprimer aussi notre sensibilité. Comme le chef Op. va l’exprimer aussi dans sa façon de prendre le son, mais aussi dans sa façon de mixer quand il reviendra nous rejoindre après. Et la troisième phase c’est donc le mixage. Le mixage on va rajouter les petits oiseaux quand il faut, telle personne qui marche à gauche il faut qu’elle soit vraiment à gauche parce que sinon ça n’a pas de sens, par exemple une scène se termine à droite et puis la personne rentre… enfin c’est comme au cinéma en fait, sauf que c’est vraiment que pour les oreilles. On va rajouter telle voiture, la voiture de l’année 1650 qu’on a été chercher dans une heu … non ça n’existait pas à l’époque… (rires) le cheval et une charrette (rires) Voilà on a des banques de données assez grandes aussi à Radio France qui nous permettent aussi de faire tout ça, banques de données que nous les gens du son on en apporte un peu plus chaque fois. Il y a plein de gens qui ont voyagé, on est tous à ramener des sons et à agrandir cette banque de données dès qu’on peut. Pour vous donner un ordre d’idée, un épisode qui fait 25 minutes, disons qu’il y a cinq épisodes dans la semaine qui peuvent passer sur France Culture par exemple, et ben on met peut-être un mois pour faire 5 épisodes. On invente des choses qui sont assez sympas.

(musique)

Je n’étais pas du tout partie vraiment sur Radio France, je pensais plus ciné au départ. Et je n’ai fait le lien que une fois que j’ai travaillé à Radio France, que c’était vraiment ça que je voulais faire, avec la fiction. Parce que vraiment on s’affranchit totalement de l’image et pour moi c’était c’est ça que je voulais faire. Ensuite j’ai rencontré des gens à Radio France qui m’ont dit : « mais tu sais que ça existe une formation en alternance, tu apprends les métiers du son et puis des métiers spécifiques Radio France et puis voilà quoi. » Et c’est incroyable j’ai postulé et j’ai été prise et formée, et j’ai pu avoir accès à cette espèce d’énorme chance qu’est Radio France et bouillon de culture surtout c’est incroyable. On peut passer une journée par exemple en étant à la radio, on peut, en allant bosser et faire de la fiction, on peut croiser un studio qui va enregistrer des eskimos qui viennent de je ne sais pas où et qui s’assoient en tailleur avec des instruments qu’on n’a jamais vu, ensuite tu vas voir dans le studio d’à côté Peter Gabriel, et puis ensuite tu as le quatuor voilà qui est en train d’enregistrer un disque, et puis après tu arrives dans l’univers de la fiction, c’est assez incroyable. J’ai eu trop de chance de pouvoir faire ça. C’est plus trop le cas aujourd’hui mais en tout cas voilà l’amour de ça est partagé encore par tout le monde. Au sein de Radio France, j’ai pu tester un peu tout ce que je vous ai déjà dit tout à l’heure et après je savais très bien que c’était la fiction qui m’animait totalement. Il se trouve que le centre de production cherchait des gens à ce moment là, moi j’ai répondu présente et voilà. Même si on ne doit pas avoir une spécialité bon il se trouve que ce que je fais le plus c’est la fiction. Je me régale, j’adore mon métier, j’adore mon métier, c’est… j’adore mon métier. J’ai pas de mots en fait c’est vraiment… Ca me remplit vraiment, c’est un travail d’équipe, exactement ce que je voulais en fait. C’est le travail d’équipe, la création et puis on s’entend bien, on n’est jamais avec les mêmes équipes. Ca change, on est vraiment ensemble à élaborer quelque chose qui soit audible pour les gens.

(musique)

Alors il va sans dire que 16 ans à Radio France font qu’on ne peut plus entendre le monde comme avant. Petit à petit l’oreille elle se fait déjà. On entend des bruits qu’on n’entendait pas du tout avant. C’est un muscle ! Aujourd’hui c’est rare les moments où je me balade sans mon enregistreur. Les voyages que j’ai faits, saisir l’instant, quelque chose qui me saute aux yeux ou écouter ce qui se passe en fait. Le son je me suis rendue compte que ça me renvoie vraiment à quelque chose de méditatif. On est vraiment dans l’instant quoi, dans l’instant. Par exemple, je ne sais pas si vous avez déjà fait l’expérience, mais si l’ on s’affranchit de toute image, de les voir, on ferme les yeux, qu’est-ce qu’on entend ? A quel moment ? Et qu’est-ce qui se passe ? Est-ce-qu’il y a un feu rouge là-bas ? Pourquoi ça crie ? Est-ce-que c’est l’été, l’hiver ? Enfin on entend tout ça en fait, c’est vraiment des choses heu… En fait je passe ma vie dans mon métier à essayer de rendre ça audible. Et j’adore ça… Si vous deviez écouter une fiction à la radio ou essayer d’avoir le virus. Alors j’ai conscience vraiment que c’est pas facile d’écouter une fiction radio, parce qu’on n’a pas l’habitude de ça, pas forcément on n’a pas l’habitude de ça. Et parce que bah ça peut être austère un peu, en plus on a eu quand même une mauvaise réputation, je ne sais pas pourquoi. Moi je vous conseillerais peut-être de passer par une écoute avec des techniques de son qui émergent en ce moment notamment je pense aux binaural. Ca peut vous faire un premier pas vers l’écoute sonore en tout cas, vraiment une écoute active. Vous prenez un casque et puis vous allez podcaster quelque chose ou des émissions qui peuvent être en binaural, ou même en direct vous trouvez ça. Et là vous allez vous prendre une claque, mais vraiment une claque ! C’est-à-dire qu’aujourd’hui on travaille avec un format qui est la stéréo. Avant c’était la mono, après d’un coup ils ont découvert la stéréo donc ça a été l’éclate hein, gauche-droite c’est super mais ça crée un espace. Et là aujourd’hui, on découvre le binaural qui est assez complexe parce que c’est assez subjectif aussi. On n’a pas tous les mêmes oreilles, on n’est pas tous foutus pareil mais en tout cas c’est une technique sonore qui permet d’écouter disons pour résumer à 360 degrés. Donc c’est aussi une autre manière de réaliser les fictions : est-ce-qu’on est au centre de l’écoute, est-ce-qu’on est loin de ce qu’on veut donner à écouter, ça c’est des choix de réalisation mais en tout cas il se passe quand même des choses au niveau de l’audition qui sont… la claque quoi ! Moi je vous conseille, allez jeter une oreille parce que ça vaut le coup. Peut-être que ça peut être un moyen de rentrer dans la fiction, dans une autre écoute. Sinon honnêtement vous avez un choix hallucinant à écouter. Vous pouvez écouter des textes classiques, du Phèdre, du Shakespeare enfin tout en fait, et aussi des textes qui ont été vraiment écrits pour ça, contemporains, de la BD, on a même fait des…là je parlais du ‘Chat du Rabbin’ par exemple. Quelque chose qui m’a vraiment éclaté à faire avec mon équipe, ça a été ‘Le Chat du Rabbin’ en version BD de Joann Sfar. Alors là, on a fait un 10 épisodes là-dessus. Ce sont des épisodes de 25 minutes, je sais pas s’ils sont encore trouvables et podcastables sur France Culture. Ca a été une joie pas possible de faire un truc pareil ! On a rigolé, on a a vraiment créé… je pense qu’on a réussi. Ca pour un premier pas c’est assez sympa à écouter. En plus le casting il est d’enfer, je vous laisse le découvrir. Après tout dépend des goûts mais fouillez parce qu’il y a un choix incroyable. On a la chance de pouvoir maintenant écouter les fictions quand on veut. Voilà essayez, si c’est pas ça, ça peut être carrément autre chose qui vous tiendra parce que ça dépend de la façon de réaliser, ça dépend du son que vous entendrez, ça dépend … c’est comme tout, c’est comme un film en fait hein, c’est un film pour radio. Il y a des fois ça va matcher, il y a des fois ça va pas du tout matcher. Donc faites-vous plaisir, soyez curieux, allez-y ça vaut le coup d’oreilles !! (rires)

(musique)

Mon son préféré, ça c’est une très bonne question. Je suis complètement fan de l’ingénieur du son de David Lynch. Voilà si tu m’écoutes, ingénieur du son de David Lynch, je ne sais même pas ton nom c’est c’est horrible. Je suis une mauvaise fan, mais voilà ça ne se joue pas là pour moi. Je veux te rencontrer parce qu’il a un son dans ses films. Y’a le son des pas sur le perron, des films de Lynch et même de sa série c’est exactement les mêmes de toute façon. Vraiment je reconnais sa patte à cet ingénieur du son et ben ça c’est mon sens préféré. Il est rond, non mais c’est trop bizarre, il est rond et en même temps il est clair. Il est… Je ne sais pas je suis complètement fan de ce son là. On pourrait parler du vin dans ces termes là, mais d’ailleurs je suis actuellement en reconversion, parce que j’adore mon métier, si je pouvais le faire ailleurs ce serait super, mais Paris, Paris j’en peux plus en fait. Paris, je te quitte. (rires) Je voudrais te quitter. Et fait je découvre depuis plusieurs années l’univers des plantes et notamment l’univers des senteurs. Et je me rends compte que je suis capable de parler de senteurs, de vins, des choses comme ça des sens en fait, comme je parle du son. Pour moi c’est très très très lié. Ma sensibilité en tout cas elle s’exprime exactement de la même façon.

(musique)…Esperluette…(musique)

Mon inspiration du moment, c’est la rencontre avec tous ces gens qui ont osé. Voilà, clairement, ça porte, c’est incroyable ce que ça porte. Cette inspiration est très tempérée par la danse, très importante aussi. D’ailleurs qui rejoint la musique tout ça et mon amour de ça, qui me permet de rester, de me recentrer quand même sur toutes les informations que j’ai en ce moment. Mais je dois dire si vraiment, en ce moment, il devait y avoir une inspiration, ce sont les gens que j’ai la chance de rencontrer tout au long de cette année qui me portent vraiment dans mes envies, qui me disent : « mais regarde en fait, regarde c’est possible. Et puis regarde, retourne toi, bon ben voilà déjà tout ce que tu as fait et puis tu verras où ça mène. » Voilà personne n’est mort tout va bien, voilà tout le monde a l’air d’être heureux en plus. Voilà mon inspiration, c’est les gens heureux que je rencontre parce qu’ils ont osé. Le conseil que je pourrais vous donner si vous avez des envies qui vous paraissent complètement folles et irréalisables … Parce que je viens quand même de Lozère, le son si vous voulez vous allez dans les pages jaunes, il y a un trait, à audiovisuel il y a un trait en travers. Donc déjà c’est une peu (rires) on se dit mais qu’est ce qu’on va faire de ça ? Mais en fait je l’ai ressenti tellement fort cette envie que de toute façon il n’y avait rien qui pouvait m’arrêter. Après si on n’est pas comme ça et qu’on n’ose pas en fait je crois qu’il faut, il faut suivre son cœur. Et puis, et puis c’est juste quoi. On n’a qu’une vie, faut y aller, tout est possible, franchement tout est possible. Si je l’ai fait c’est que tout est possible. Et après les choses se mettent en place. On rencontre les personnes qu’il faut, les personnes qui vont nous booster. Moi-même en ce moment je suis en pleine reconversion, plein de questionnements, cette année plus activement. C’est pour ça que je vous parle derrière ce micro aujourd’hui d’ailleurs Grâce à ça je me lance aussi vers autre chose et j’ai rencontré des personnes formidables qui m’aident tous les jours à aller vers ce que je ressens maintenant, qui est beaucoup plus juste pour moi. On n’a pas qu’une vie. On a plein de possibilités dans la vie, de pouvoir s’épanouir. On n’a pas qu’un seul chemin. Peut-être que oui, peut-être qu’il y a des personnes comme ça et c’est très bien. Je sais que moi personnellement non. Beaucoup de choses peuvent m’épanouir dans la vie et c’est une réelle difficulté d’y aller mais par contre je crois qu’on est obligé. On est obligé d’y aller, c’est trop important ! Et je pense en plus que par exemple le son fera toujours partie de ma vie. Je ne sais pas de quelle façon mais je l’intégrerai dans ma nouvelle vie. Plantes et son ben aussi bizarre que ça puisse paraître je pense que c’est lié aussi, ça peut l’être. Et j’espère que ça le sera parce que le son fait partie de ma vie. J’aime la musique, j’aime la fiction, j’aime les documentaires sonores, ça me transporte ! J’ai pas besoin de l’image et je veux vivre ça encore longtemps !

(musique)…Esperluette… (musique)

Petit message personnel (rires), j’en profite ! Je souhaite longue vie, vraiment longue vie à la fiction parce que c’est vraiment quelque chose qui pourrait tendre à disparaître. C’est vraiment un endroit unique et je trouve que ce serait vraiment dommage si cette part là de culture venait à disparaître. Donc longue vie à la fiction, j’espère qu’on aura plein d’autres, si je suis plus là c’est pas grave je vous apporterai des tisanes. Et merci en tout cas, déjà de tout ce que j’ai pu faire avec vous. »

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Marie-Cécile : « Merci Emilie de nous avoir raconté ton parcours. Depuis l’enregistrement réalisé il y a presque trois mois, je suis devenue ultra fan de ces fictions à écouter, support que je ne connaissais pas du tout. Je m’évade, je découvre des auteurs, cela me donne envie d’écrire, de lire et surtout j’appréhende les montages avec encore plus de passion et j’écoute la vie différemment ! Donc merci mille fois Emilie d’avoir décidé de faire ton stage de reconversion professionnelle sur la Péniche Althea, là où nous nous sommes rencontrés, et d’avoir pris du temps pour partager ton métier avec moi, surtout que l’enregistrement n’a pas été facile puisque la carte SD a planté au bout d’une heure d’enregistrement et qu’il a fallu tout recommencer. Ca ne t’a pas fait perdre ton sourire, au contraire, et ça aussi, comme le soleil, on l’entend. Je te souhaite beaucoup de réussite sur ce nouveau chemin mais je suis certaine que tu n’abandonneras pas complètement tes premiers amours professionnels. Tu sais également que si tu as envie d’enregistrer une chronique sur Esperluette tu seras toujours la bienvenue. Il est temps pour moi de vous laisser avec tout cet enthousiasme dans les oreilles. On se retrouve dans un mois pour une nouvelle rencontre inspirante. A une prochaine, on l’espère-luette évidemment !

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