Nougats Silvain - Rencontre sur Esperluette à l'écoute du Vaucluse avec Claire Silvain, un regard féminin enrobé de traditions familiales & provençales

Nougats Silvain : Claire Silvain, un regard féminin enrobé de traditions familiales & provençales

Dans cet épisode, je vous invite à explorer, travers le portrait de Claire Silvain, l’une des traditions ancestrales du Vaucluse le Nougat. Directrice de la Nougaterie Silvain à Saint-Didier, elle nous dévoile l’histoire gourmande d’une entreprise familiale profondément ancrée dans les traditions provençales depuis plus de 30 ans. Claire, avec son regard moderne et féminin, nous raconte comment la nougaterie a su évoluer tout en conservant ses valeurs et son authenticité.ire en ce moment, ce sont bien les nougats Silvain.

Enregistrée dans l’atelier même de fabrication, cette interview permettra à vos oreilles de savourer l’ambiance sonore témoin de l’activité incessante de l’équipe. Au fil des discussions, Claire nous parle de la culture de l’amandier en Provence, du rôle essentiel des abeilles, et de son parcours au sein de l’entreprise familiale. Elle partage également des anecdotes personnelles, des souvenirs d’enfance dans l’atelier, et son aspiration à innover sans jamais compromettre la qualité et l’authenticité du nougat.

Cet épisode n’est pas uniquement une invitation à découvrir le monde sucré du nougat, mais surtout le témoin de traditions, de transmission et de passion propre au terroir provençal. Il vous donnera certainement l’envie de déguster ces délices tout en découvrant les magnifiques paysages du Vaucluse.

Bonne dégustation auditive !

Propos recueillis en mai 2021 par Marie-Cécile Drécourt

« Je pense que ça fait partie de notre force de toujours se remettre en question, de ne jamais voir les choses comme acquises et de vouloir s’amuser. Noël c’est « acquis », moi tout mon enjeu c’est que la nougaterie vive tout le reste de l’année. »

Claire Silvain

Pour retrouver les délices de la nougaterie Silvain, rendez-vous sur leur site internet : nougats-silvain.fr/ ou sur Facebook ou Instagram

La nougaterie Silvain et notamment à droite leur nouvelle gamme de barre énergétique naturelle : L’Endurante

Marie-Cécile Drécourt - production de podcast à Avignon, Carpentras, Vaucluse, Monteux, Orange. Credit Photo : Audrey Papadopoulos

Produit par Marie-Cécile Drécourt

Productrice de podcasts depuis 2018 et anthropologue de formation, je crée des récits audio qui mettent en lumière les personnes, les métiers, les initiatives et les liens qui tissent notre quotidien.
Avec Esperluette, j’explore des histoires humaines, sociales, artistiques ou solidaires, ancrées dans le Vaucluse… et au-delà.
Forte de 20 ans d’expérience en communication et narration, j’accompagne également les entreprises, associations et indépendant·es dans la création de contenus audio authentiques, sensibles et pédagogiques.

👉 Plusieurs manières de travailler avec moi :
Épisode dédié dans Esperluette : un format sensible pour mettre en lumière votre mission, vos valeurs ou vos engagements.
Le Podcast Suspendu® : un dispositif solidaire pour offrir un épisode à une association ou une initiative qui vous tient à cœur.
Podcast en marque blanche : je conçois et produis votre podcast de A à Z, pour porter votre voix et vos histoires.
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Pour celles et ceux qui préfèrent lire, voici la retranscription complète de l’interview de Claire

Rencontre avec Claire Silvain : la nougaterie familiale au cœur du Vaucluse

Ce mois-ci, je vous emmène dans le joli village de Saint-Didier à la rencontre de Claire Silvain, la directrice de la nougaterie du même nom. Quand j’ai réfléchi à l’invitée du mois, je me suis dit que nous avions tous besoin de douceur et de gourmandise. Et s’il y a un petit plaisir qui me redonne à chaque fois de l’énergie et le sourire en ce moment, ce sont bien les nougats Silvain.

Alors évidemment, cet épisode va vous donner envie d’amandes et de bon miel de lavande provençale, mais il est surtout dédié à l’histoire de cette nougaterie créée il y a plus de 30 ans. Une histoire de famille, plutôt gérée par les hommes au départ, qui a su garder ses valeurs tout en se modernisant. Aujourd’hui gérée par une femme, Claire donc, l’entreprise est en constante recherche de nouveautés, autant dans la création de ses nouveaux produits que dans le développement de la filière paysans nougatiers.

Dans cet épisode, on parle de la place de l’amande en Provence, des abeilles, de la tradition du nougat sur le territoire vauclusien, du regard d’une cheffe d’entreprise sur le confinement de 2020 et, bien sûr, de nougat. Petite info supplémentaire : cet épisode a été enregistré dans la salle juste à côté de l’atelier de fabrication des nougats. Vous entendrez donc quelques petits bruits de fond qui prouvent, si vous en doutiez, que l’équipe de la nougaterie Silvain ne chôme pas. Bonne dégustation auditive !

Les origines agricoles d’une entreprise familiale

Je suis Claire Silvain, j’ai 33 ans, je suis la Directrice de la nougaterie Silvain. La nougaterie, elle se retrouve à Saint-Didier, au centre du village, depuis 30 ans. Elle a toujours existé à Saint-Didier, c’est vraiment l’origine de la nougaterie, c’est ce village, là où toute ma famille habite.

Ça a démarré il y a une trentaine d’années, c’est Philippe et Pierre, deux frères, donc mon père et mon oncle, avec Claudine, ma mère, et Remédios, la femme de Pierre. Ils étaient agriculteurs et pendant l’hiver, ils ont décidé de compléter leurs revenus parce que ce n’était pas suffisant, ils n’arrivaient pas à bien vivre à vraiment deux familles sur leur exploitation agricole. En plus, c’était la période des quotas européens où on leur demandait de jeter leurs récoltes de cerises ou de raisins et être payés pour jeter leurs récoltes. Donc voilà, ils démarraient leur carrière, donc ce n’était pas possible. Donc ils se sont dit : on va transformer nous-mêmes nos récoltes. Et donc pendant l’hiver, ils ont commencé à transformer leurs amandes et leur miel en nougat.

À l’époque, c’était minoritaire les amandes. Mon oncle Pierre était apiculteur et ils avaient surtout des cerises et des raisins, comme beaucoup d’agriculteurs d’ici. Petit à petit, ils ont commencé à arracher leurs cerisiers et leurs vignes pour planter des amandiers. Et bon, ça a pris des dizaines d’années avant d’arriver à aujourd’hui. L’origine de l’histoire, c’est vraiment de compléter leurs revenus avec la fabrication de nougat l’hiver pour Noël.

La tradition du nougat noir et les secrets de fabrication

C’est vrai que le nougat, dans la tête de beaucoup de personnes, c’est Montélimar. Je ne connais pas exactement pourquoi Montélimar. Il y a sûrement une histoire bien précise. Alors étonnamment, Montélimar, ce n’est pas en Provence, alors que le nougat fait partie des 13 desserts dans la tradition provençale, le gros souper, la veillée de Noël. Donc en Provence, toutes les familles pour Noël, avec justement les amandes qu’elles venaient de récolter, parce qu’on récolte en septembre, donc c’est vraiment un fruit à coque de fin d’année. Et donc elles faisaient leurs nougats dans leur cuisine, leurs nougats noirs.

Le nougat noir, c’est le nougat qui est assez simple à fabriquer, comparé au nougat blanc, qui est plus technique. Mais le nougat noir, en fait, c’est simplement du miel et du sucre caramélisés dans une bonne casserole en cuivre, on va dire, c’est le mieux le cuivre. Et une fois que le miel est arrivé à bonne température, donc il faut quand même maîtriser la cuisson du miel et du sucre, on y plonge les amandes. Par exemple, mon arrière-grand-mère, Henriette, ça la faisait griller les amandes dans le miel. Nous, on préfère les faire griller à part, pour éviter que le miel soit trop cuit ou que les amandes soient trop grillées. Donc voilà, on fait cuire les amandes dans le miel.

Et ensuite, quand l’amande, on dit qu’elle éclate, ça veut dire que c’est cuit et qu’il faut donc couper la cuisson. Et là, il faut mettre un liquide. C’est une sorte de déglaçage. Henriette, déglaçait avec du zeste d’orange et un petit peu de cognac. Donc nous, on met de l’arôme naturel d’orange et un petit peu de cognac. Mais après, toutes les familles ont leur petit… Là, c’est le moment où il faut se laisser inspirer. Donc on peut mettre du vin rouge ou un peu de vanille. Voilà. Et ça parfume du coup vraiment le goût du nougat.

De l’emballage à la direction : une transmission féminine

Je suis née dans le nougat. Ils avaient aménagé un genre de grange familiale qu’ils ont transformé en labo. Donc oui j’ai grandi en voyant mon père fabriquer, à coller des étiquettes, à faire des cartons. C’est sûr qu’être dans la fabrique de nougat, c’était un super bon souvenir. Mais c’est vrai que moi, ce qui m’a marquée, c’était plus l’emballage à la main, j’adorais emballer, parce qu’à l’époque, on emballait les barres dans du papier qu’on soudait sur les fers à repasser qui étaient retournés, soudés avec des petites pattes en acier. Et du coup, le fer à repasser, triangle en triangle, il était de l’autre côté. Et donc, on venait souder le plastique des barres au fer à repasser.

Et moi, j’adorais apprendre ça, à faire en sorte, comme ma grand-mère, qui les faisait super… Elle était super rapide. Et elle faisait vraiment… Elle les serrait bien. Le but, ce n’était pas de faire une barre où ça flottait. Et donc, on faisait la compète avec ma grand-mère. On voulait bien faire la compète, celle qui allait plus vite. Et donc, voilà, j’ai ces souvenirs surtout de manipulation, être habile avec ses doigts, faire les petits nougats aussi. On les empapillotait à la main. Et donc, on empapillotait, on les jetait au milieu de la table. Et allez, c’était parti, on faisait ça pendant des heures !

Donc, j’ai plus ces souvenirs-là, vraiment. Moi, j’étais un peu reléguée au travail des femmes. C’était l’emballage, voilà. Donc, c’est aussi… Mais ça a évolué, mais c’était ça. Aujourd’hui, je ne suis plus reléguée au rôle de l’emballage. La femme est devenue la Directrice, vous voyez. (rires) Non, mais voilà, aujourd’hui, j’ai la chance de gérer l’entreprise. Alors, il y a toujours mes parents qui sont là et avec qui on prend toutes les grandes décisions, bien sûr. Mais ils me font vraiment confiance. Et voilà, je peux envisager tous les projets que je veux. On a refait l’identité visuelle, on a revu la boutique. Enfin, vraiment, ils me donnent toute leur confiance. Et donc, ça me permet de m’éclater dans ce que je fais, ouais. Donc, ça, c’est cool.

Mon père est très agriculteur dans sa façon de penser. Donc, on a cette force de la transmission qui est importante. Donc, je ne me disais pas : « Ah, chouette, je vais pouvoir faire tous les métiers du monde enfant ». Je sentais bien quand même que j’avais une sorte de destinée qui m’était tracée. Je n’avais pas forcément envie de faire du nougat. Mais voilà, je sentais que c’était quand même mon patrimoine et qu’il fallait que j’en fasse quelque chose. Donc, petit à petit, j’ai commencé à faire mes études. Donc, moi, je me suis plus orientée vers la communication parce que c’est un domaine qui me plaît. Et petit à petit, du coup, j’ai apporté ce que j’avais à apporter, ce que j’avais envie et comment m’épanouir dans l’entreprise.

J’adore travailler avec mes parents parce que c’est super aussi de travailler en famille. On n’a pas besoin de tout expliquer, d’être toujours dans des schémas de management. Là, c’est simple, la communication est plus simple. Mais ce qui est intéressant, c’est qu’on est une vraie équipe où, du coup, il y a des personnes de l’extérieur, ce qui fait qu’il y a plein de compétences, de façons de penser, de l’oxygène qui vient de l’extérieur. Et ça, pour moi, c’est super important.

Une équipe polyvalente et une filière agricole locale

Donc, aujourd’hui, en fait, il y a mon père qui travaille les matinées. Donc, il a allégé vraiment son emploi du temps. Et justement, il a envie d’être plus à l’extérieur. Ma mère, qui travaille encore, qui fait son plein temps. Elle n’est pas encore à l’âge de la retraite. Donc, elle est plus axée sur le côté boutique. Mon frère, lui, il est vraiment axé sur la partie agriculture. Les amandiers et il est apiculteur, il s’occupe de notre filière agricole. Les amandes et le miel, ça dépend des années. Mais par exemple, là, pour l’année 2020, c’est des amandes et du miel qui viennent de notre filière. Donc, ça, c’est une grande fierté.

Alors, tout ne vient pas de nos exploitations agricoles. C’est-à-dire que dans notre filière, il y a Adeline Silvain, qui est la fille de Pierre. Il y a Jean, c’est mon frère. Et ensuite, on a trois autres amandiculteurs et apiculteurs. On est cinq, six dans la filière, en fait. Mais ils sont tous du sud de la France. Avec la même exigence, c’est la qualité. Les valeurs autour de l’agriculture, autour du monde paysan, c’est le travail, quoi. C’est vraiment la valeur centrale. On aime ce qu’on fait, mais on ne compte pas ses heures. Et on travaille, il faut faire ce qu’il y a à faire, quoi. Voilà, il y a cette valeur-là.

C’est pour ça qu’aussi, dans cette entreprise, on est très polyvalent, parce qu’on n’est pas chacun à son poste. S’il faut faire ça, on le fait. S’il faut aller aider à la découpe, s’il faut aller aider à la boutique, s’il faut aller aider à faire des colis. Et c’est ce qui fait aussi notre force, c’est qu’on est capable, avec une équipe de dix personnes, de faire énormément de choses et d’offrir énormément de services et de produits.

L’amande en Provence : défis climatiques et renouveau

Dans les années 50, c’était l’apogée de l’amandier en Provence. Toutes les terres en Provence étaient couvertes d’amandiers. C’était très peu mécanisé. Donc, il y a vraiment ce travail autour de la récolte, après de la casse qui durait tout l’hiver, où les familles se réunissaient dans chaque maison le soir pour casser les amandes. Et donc, ça faisait vivre vraiment toutes les familles. C’était une grosse économie. Et puis, petit à petit, ils ont commencé à se rendre compte que la cerise et le raisin, c’était quand même beaucoup plus rentable. En plus, avec l’arrivée du tracteur. L’amande, pour récolter une amande, ça ne se fait pas facile à mécaniser. C’est que récemment qu’on a réussi à mécaniser la récolte. Alors que les vignes,… La cerise, c’était très cher à l’époque. Ça se vendait énormément. Oui, ça avait un bon… C’était « rentable ».

Donc, du coup, ils ont préféré arracher leurs amandiers. Et c’est pour ça, d’ailleurs, qu’on retrouve plein d’amandiers sauvages, en fait, dans tous les bords, parce qu’ils ont laissé, du coup, sur les bords des parcelles, les amandiers pour quand même avoir encore un peu des amandes à manger, pour faire le nougat, etc. Mais c’est devenu vraiment en marge de leur activité. Et donc, il n’y a plus d’amandiers en Provence. Il n’y a plus d’abricotiers ou de pistachiers, même il y avait de la pistache aussi à l’époque. Donc, alors que le climat de Provence, la terre argilo-calcaire qu’on a ici, elle est très adaptée à l’amande. Donc, voilà, c’est les Espagnols qui s’y sont mis en Europe, principalement. Puis après, la Californie, etc.

Parce qu’aussi, pour avoir une bonne rentabilité de l’amande, il faut l’arroser, il faut irriguer. C’est quand même assez technique. Et donc, les paysans de l’époque, ce n’était pas évident. C’est vrai que ça revient parce que l’amande française et notamment l’amande de Provence, parce que de toute façon, au-delà de la Provence, c’est compliqué. Mais bon, il y a même Toulouse, vraiment tout le sud de la France. C’est l’amande française, elle est valorisée, ça se vend bien.

Ce qui est plus compliqué, c’est d’arriver, d’avoir des bons rendements d’amande. Parce que ça alterne, l’amandier, c’est comme l’olive. En fait, une année, on a un bon rendement, l’année d’après, un peu moins, etc. Et puis ensuite, ça peut geler vu que la floraison est très tôt dans l’année. C’est autour de mars que ça fleurit. Et notre objectif, c’est de trouver des variétés qui fleurissent tardivement pour éviter les premières gelées de mars. Là, par exemple cette année, la semaine où ils ont fleuri, et il a fait super froid, il a fait des -6°. Donc voilà, mon frère, ma cousine, ils ont allumé des bottes de foin, des bougies dans les amandiers. Mais ça n’a pas suffi à sauver la récolte. Donc cette année, ça va être très compliqué. C’est pour ça qu’on a d’autres amandiculteurs dans notre filière qui ne sont pas tous positionnés. Nous, c’est vraiment Saint-Didier, Venasque, Pernes. Donc ça gèle. On a un amandiculteur qui est dans les Alpilles. Donc lui, cette année, il n’a pas gelé. Et on en a un autre qui est à Montauban. Et lui aussi, c’est un peu plus doux. Donc c’est tout l’avantage aussi, c’est d’avoir pas les mêmes zones géographiques pour essayer de rééquilibrer un peu, d’assurer su moins notre approvisionnement en amandes. Notre but, c’est de fabriquer notre nougat avec les amandes françaises et de notre filière. C’est vraiment l’objectif.

C’est vrai que c’est une inquiétude, notamment parce que l’amande, il y a besoin d’eau. Alors tant qu’il y a le canal, qu’il y a de l’eau au canal, tout va bien. Mais moi, je pense que c’est pas une valeur si sûre que ça. Et puis je pense qu’il va faire des températures très élevées. Plus il fait chaud, plus il faut arroser. Après, on n’arrose pas toute l’année. Mais en tout cas, l’été, il faut arroser quand même pour pas qu’elles soient complètement déshydratées, toutes sèches. Donc après, peut-être, il va se planter des amandiers un peu plus au nord de la France. Donc c’est pas l’amande. Je pense qu’il y a de la place pour l’amande en France sur de longues années. Mais c’est vrai que là, en Provence, il va falloir quand même observer les choses de manière un peu plus près.

Abeilles, agriculture biologique et qualité gustative

Et après, pour l’abeille, l’abeille, oui, bien sûr, c’est toujours pareil. C’est l’eau aussi, c’est les fleurs, la diversité florale. Je sais qu’en Vaucluse, mon frère, parce que même s’il est transhumant dans plusieurs régions, souvent, il ramène le rucher ici en Vaucluse. Mais de plus en plus, il les laisse en Bresse en fait. Parce que naturellement il y a beaucoup plus de fleurs, c’est moins traité, parce que, mine de rien, ici, il y a beaucoup d’agriculture, ce qui est très bien, mais du coup, il y a beaucoup de traitements. Donc il les préserve un peu plus dans des régions plus naturelles, on va dire. Et puis où il y a plus d’eau, donc c’est plus vert. C’est vrai que la génération de mon père, ils étaient dans l’agriculture raisonnée, comme on dit, mais bon, c’était quand même avec des traitements. Et là, il y a vraiment une remise en question de la manière de cultiver le sol, de plus désherber, de plus arroser forcément au goutte à goutte, parce que dit goutte à goutte, dit désherbage, etc. Donc c’est vraiment une vraie remise en question.

Donc mon frère, avec mon père, on a 7 hectares d’amandiers, et ils sont tous en conversion Bio. L’année prochaine ça va être en bio. Mais c’est assez compliqué le bio en France, parce que dans le label bio, il y a interdiction d’utiliser un produit qui permet de tuer la mouche qui va pondre dans l’amande. Quand on voit des amandes noires qui restent sur les branches, c’est des amandes dans lesquelles la mouche a pondu. Donc il faut trouver d’autres techniques pour ne pas que cette mouche vienne pondre dans l’amande. Elle est très, très intelligente cette mouche. Mon frère, du coup, il fait partie d’associations, de recherches. Et voilà, les 7 hectares, c’est vraiment expérimental. Et là, ça a l’air de fonctionner, ce qu’il a mis en place. Donc on est ravis. Là, on a eu une petite récolte cette année. Bon les 7 hectares ne sont pas encore en production, il y en a qui sont tous petits, mais on en a 2 hectares en production et ça a l’air de fonctionner. Il y a une vraie biodiversité qui se recrée dans les vergers d’amandiers et ça c’est super encourageant. Ça fait plaisir de voir ça.

L’amandier qui est cultivé de manière plus douce et de manière moins intensive, où on n’est pas là à le booster avec des engrais chimiques, automatiquement, l’amande, elle va être beaucoup plus savoureuse. Donc oui, ça se ressent dans le goût. Nous, quand on goûte d’autres amandes, même déjà, selon la variété, ce n’est pas le même goût. Parce qu’il y a 38 variétés d’amandes. Donc vraiment, il y a des amandes qui sont énormes, toutes petites. Il y a une diversité dans l’amande qu’on ne se rend pas compte. On a l’impression qu’il n’y a qu’une variété d’amandes et puis c’est tout. Nous on en a trois de variétés, et puis c’est super important aussi d’avoir différentes variétés pour la pollinisation, on ne peut pas avoir un verger que d’une seule et même variété. Il y a beaucoup d’agriculteurs qui font venir les ruches dans leurs vergers pour polliniser leurs vergers, leurs fraisiers, leurs melon. L’abeille, nous, on l’a. Donc c’est déjà une bonne chose pour les amandes. Et ensuite, ils font du miel. C’est mon frère qui s’occupe avec Fanny, sa compagne. Il a 400 ruches. Et alors lui, avec Fanny, il s’occupe principalement du miel qu’on a en boutique en pot. Leurs 400 ruches, ils les divisent en plusieurs ruchers qui vont transhumer dans différentes régions. Pour le miel d’acacia, de châtaignier, le miel de lavande, ce n’est pas dans les mêmes régions automatiquement. Donc ça, c’est du boulot. Puis après, les autres apiculteurs qui sont dans la filière, eux, ils ne produisent que du miel de lavande, soit à Sault, sur le plateau de Valensole, bien sûr, mais aussi l’enclave des papes à Valréas. Notre nougat est exclusivement fabriqué avec du miel de lavande, Label Rouge. C’est très important pour nous de mettre du miel de lavande parce que même après la cuisson du nougat, on sent encore le goût du miel dans le nougat, alors que si on mettait un miel d’acacia ou de tournesol ça serait juste histoire de sucrer le nougat mais ça n’apporte pas de goût particulier. Nous on assume complètement ce goût de miel dans le nougat.

Innovation et diversité : des nougats pour tous les goûts

On a une large gamme de nougats. Donc il y en a pour tous les goûts, ceux qui sont très traditionnels et ceux qui, à la base, n’aiment pas trop le nougat et puis finalement, c’est quand même sympa, le petit goût de fruits rouges, le petit goût d’abricot, voilà. Donc ça, il y en a pour tous les goûts. Aujourd’hui, ce n’est plus mon père qui fabrique, c’est mon cousin, François. On aime beaucoup créer de nouvelles recettes, c’est vrai que c’est assez sympa quand même à faire. Des fois, on n’en crée que pour certains clients. Par exemple, le dernier, c’est un client qui a voulu qu’on lui fasse un nougat à la myrtille, donc on ne le fait que pour lui, ou un autre qui veut un nougat à la praline, voilà. Mais ça, c’est que pour les clients, on ne le met pas en boutique.

Et puis après, nous, en boutique, là, on est plus avec l’envie de développer notre côté barre énergétique, notamment parce que François adore, il fait de la course à pied et il aime bien développer ce genre de produits qui sont tournés vers peut-être une autre clientèle ou une autre manière de consommer aussi la confiserie. Et voilà, c’est une barre énergétique naturelle, donc ça sort aussi un peu des sentiers battus de la nutrition sportive, on va dire. Là, la dernière, c’est une barre avec toujours des amandes, du miel cette fois-ci de tournesol, on ne veut pas cette fois mettre en avant le goût du miel, parce qu’il y a des olives noires et de la fleur de sel, c’est une barre plutôt salée. Pour le moment on est plutôt sur cette lancée de l’innovation autour des barres énergétiques.

Le nougat, on peut penser que c’est plein de sucre, mais ça dépend du nougat. Le nougat, souvent, il a une mauvaise réputation parce qu’on voit ses grosses mottes sur les marchés où c’est presque fabriqué sans miel parce qu’il n’y a pas de label ou une charte qui encadre le terme nougat. N’importe qui peut faire une confiserie, l’appeler nougat. Ça nous dessert un petit peu, nous qui voulons faire un nougat de qualité, qui faisons un nougat de qualité. Donc voilà,nous, on met beaucoup de miel et des amandes, mais à proportion différente dans certains nougats. Par exemple, tout ce qui est nougat croquant, automatiquement, pour faire du nougat croquant, on met moins de miel et on met plus de sucre parce que le miel, on a beau le caraméliser, il ne va jamais devenir croquant. Tandis qu’on a des nougats tendres, comme le noir tendre, par exemple, où on a le soyeux, il ne se fait exclusivement qu’avec du miel. C’est sans sucre raffiné ajouté. Et après, certains nougats ont beaucoup d’amandes, d’autres un peu moins et c’est là qu’on joue aussi sur les quantités et qui donnent des saveurs tout à fait différentes. Le miel, c’est sûr que ça apporte autre chose que juste du sucre. C’est du fructose donc assimilé différemment par l’organisme, et ça dépend des miels aussi. Moi je sais que je n’ai jamais fait de crises de foie avec le nougat, comparé avec le chocolat qui est plus dur à digérer. (rires)

Visites, ateliers et lien direct avec les clients

On aime beaucoup avoir des rendez-vous dans l’année où vraiment, on met en avant tout le côté filière agricole. Donc là, par exemple, en mars, on a fait une visite dans les champs d’amandes en fleurs. Donc ça, ça plaît beaucoup et on aime bien le faire. Et aussi, on essaie au moins une fois dans l’année de dédier une journée au monde du miel et de l’abeille. On fait un genre de journée portes ouvertes où mon frère et Fanny viennent et ils font l’extraction de miel. Donc on voit vraiment comment le miel est extrait des cadres de ruches. Et puis après, on a du miel en vrac, il y a la dégustation, il y a des petits ateliers aussi pour les enfants. Enfin ouais, on aime bien aussi avoir des moments comme ça.

Alors on le fait comme on peut. Alors c’est difficile d’amener les gens sur les ruches. En fait, ça c’est toujours un grand souhait qu’on aimerait mais au niveau sécurité et puis en grosse quantité s’il y a beaucoup de monde. Voilà, c’est compliqué à le faire mais voilà, quand on fait cette journée-là, mon frère va sur un rucher mais dont les ruches sont loin. Voilà, c’est juste vraiment histoire d’aller un peu au plus près d’un rucher.

On a toujours eu quand même une clientèle locale curieuse donc c’est vrai qu’on a toujours fait des visites guidées et de ce côté-là, c’est vrai qu’on sent quand même qu’il y a une demande la plus actif dans la visite, on va dire. Tandis que voilà, avant on avait une salle où les gens s’asseyaient, regardent un film, là on sent, voilà, on fait quelque chose de plus dynamique où on échange avec eux, on parle, on va dans l’atelier. On ne peut pas malheureusement faire des ateliers de fabrication de nougat parce que c’est,… techniquement, on n’est pas conçu pour. Mais on sent que oui, ça serait vraiment le souhait des clients, c’est de faire, donc tout ce qui est vraiment en interaction directe avec le nougatier, avec les agriculteurs, ça plaît beaucoup et nous aussi d’ailleurs, c’est ça qui est intéressant.

Là, quand on entre, on peut voir directement la fabrication, on est au cœur de l’atelier, alors c’est vrai qu’il y a même des gens qui arrivent et qui se disent parce que ce n’est pas immense non plus : « Mais parce que on fait 30 tonnes de nougat, tout le nougat est fabriqué là, il n’y a pas… ??» Non, non, on n’a pas un atelier caché, tout est fabriqué là et ce n’est pas de la figuration !

Le confinement comme opportunité de réflexion et d’adaptation

Il y a 12 mois, on était un peu comme tout le monde, voilà, sous le choc. Alors on a la chance encore une fois d’avoir une équipe qui est toujours d’attaque. Non mais voilà, c’est vachement important et donc, on s’est adapté tout de suite sur la boutique en ligne mais aussi, voilà, proposer déjà des choses. On s’est dit de toute façon, ça ne va pas durer non plus six mois quoi, donc dès que ça va réouvrir, il faut qu’on soit là à proposer… Donc on a aménagé notre terrasse à l’extérieur, on a fait plein de choses. On est toujours dans l’action, préparer les documents de communication, c’était aussi une nouvelle façon de… puis d’avoir un moment de pause pour réfléchir et ça, mine de rien, dans le cours de la vie d’une entreprise, c’est rare d’avoir ces moments de pause.

Je disais même à mes parents là, tout à l’heure, je disais : « J’ai la nostalgie de l’année dernière mais c’est fou quand même de dire ça ! ». Mais en fait j’ai la nostalgie d’avoir une pause maintenant. Au début quand ça s’est passé, on s’est dit : « Oh mon dieu, mais quelle horreur ! » Par ce qu’il y avait quand même une angoisse. Mais, au fond, ça a fait du bien et et là, voilà, c’est, en plus nous, on a toujours comme toute entreprise le bilan comptable qui se finit maintenant. Donc voilà, non mais ça, ça tombe bien de dire : « Moi je reprendrais bien un petit mois de réflexion, … ».

Le fait, oui, que ça soit une entreprise familiale, donc c’est pas comme si c’est moi qui avait créé son entreprise. Celui qui a créé son entreprise, on a une plus grande liberté, que quand c’est déjà quelque chose qui a déjà été créé par ses parents, son oncle et sa tante. On n’a pas envie de tout gâcher, on a une certaine responsabilité, mais malgré tout, voilà, j’ai une carte blanche quoi. Mais j’ai peut-être pas aussi toujours ce regard extérieur que je pourrais avoir sur le nougat. Mais non, on est toujours quand même dans une dynamique de créativité, d’envie de toujours se remettre en question, de voir les choses autrement et donc je pense pas que, voilà, on est là dans un… on ne tourne pas en rond quoi. Je pense que ça fait partie de notre force de toujours se remettre en question, de jamais voir les choses comme acquises et de vouloir s’amuser.

Noël, c’est acquis entre guillemets. Donc moi, tout mon enjeu c’est que la nougaterie vive tout le reste de l’année et que les gens aient envie de manger du nougat et puis tout ce qu’on fait, parce qu’on fait pas que du nougat, on fait des calissons, on fait des pâtes de fruits, on fait des biscuits, enfin. Donc le but c’est vraiment, de faire vivre la nougaterie toute l’année et que les gens aient envie de venir à Saint-Didier. On est un super petit village et voilà, on est dans un coin du Vaucluse qui est superbe, c’est ça, on a la chance d’être là.

Saint-Didier, c’est, moi je trouve ça super parce que c’est un petit village qui vit toute l’année, tous les commerces sont ouverts toute l’année, on n’est pas figé dans un mode touristique mais c’est vraiment les locaux qui sont là toute l’année. Donc c’est sûr qu’on n’est pas perché comme à Gordes mais c’est très agréable parce que c’est la simplicité quoi. Il y a le Beaucet, il y a Venasque qui sont magnifiques à côté, donc c’est agréable de vivre ici à l’abri du Mistral.

Inspiration printanière et philosophie de l’authenticité

Mon inspiration du moment, moi, c’est l’envie de faire mon potager. J’ai hâte de planter les fleurs et le potager. Voilà, en ce moment j’attends que ça. Ça va être ce qui m’inspire : le printemps Mon père trouve que je n’ai pas l’esprit assez de paysan mais en fait au fond, je pense que plus que ce qu’il imagine. Mais oui c’est ça, c’est le plaisir d’être en extérieur, de travailler la terre, de pouvoir planter quelque chose qui va pousser. Je trouve que c’est, c’est super inspirant, apaisant et j’adore faire ça. Ce que j’aime, c’est planter des choses diversifiées et que du coup dans l’ensemble, après ça soit beau. Alors qu’il y ait à la fois des légumes mais aussi des fleurs, des plantes. Je trouve que c’est ça qui fait que c’est beau, en fait. C’est pas juste qu’il y ait des rangées de tomates ou des rangées de courgettes. Moi je veux qu’il y ait des fleurs au milieu et que quand on arrose comme ça, ça soit beau quoi, verdoyant, coloré. Et c’est bon après, si on a bien bossé, qu’on n’a pas fait complètement n’importe quoi.

Justement j’ai des copines Elfi et Ola qui font de la pépinière comme ça, donc elles ont justement des conseils pour associer les fruits, les légumes et les fleurs. Donc je m’inspire de leurs conseils.

Le nougat Silvain, c’est… on peut se rapprocher du goût du nougat en trempant une amande dans du miel. Ceux qui l’ont jamais fait, il faut le faire, c’est excellent. Et puis c’est du miel caramélisé. On adore mettre de l’arôme naturel d’orange, donc c’est gourmand et à la fois simple. C’est, voilà, des goûts. On a mis en avant le miel et les amandes de manière très sobre et avec des bons ingrédients, on arrive à faire un bon nougat. On n’a pas des ambitions que ça grossisse, ça grossisse. Voilà, moi ce qui est important, c’est que ça reste authentique. Après de développer des activités, que le lieu soit attrayant et que le nougat surtout reste la même qualité. Le but n’est pas de grossir, en fait, c’est de rester dans quelque chose de qualitatif, d’accueillant, de convivialité. C’est pas plus compliqué que ça !

Marie-Cécile :

Merci à Claire d’avoir partagé avec nous son regard moderne et féminin sur cette entreprise familiale ancrée dans les traditions provençales. Comme quoi, il est possible de tout faire cohabiter. J’espère que cette interview vous a donné l’eau à la bouche. Si c’est le cas, vous pouvez retrouver toutes les informations sur la nougaterie Silvain en description de cet épisode ou sur mon blog esperluette-podcast.fr.

Puisque vous avez écouté cet épisode jusqu’au bout, c’est qu’il a dû vous plaire. Alors n’hésitez pas à aller jeter une oreille aux autres rencontres d’Esperluette ou à vous abonner sur votre plateforme audio préférée. Si vous êtes dans l’équipe iPhone, pensez à mettre 5 étoiles et un commentaire sur cet épisode. Je le répète à chaque fois, mais je réalise chaque épisode seul sur mon temps libre. Pour vous donner un ordre d’idée, un épisode comme celui-là me demande l’équivalent d’un peu plus d’un jour de travail. Alors je vous demande de prendre juste quelques minutes de votre temps pour écrire ce commentaire sur Apple Podcast ou de partager l’épisode sur vos réseaux sociaux. Ça me permet de faire connaître le podcast à encore plus de monde et, je l’avoue, ça me donne à chaque fois une petite dose d’énergie supplémentaire pour continuer à produire Esperluette.

Un grand merci à vous et à une prochaine, je l’espère-luette, évidemment !

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Enregistrement des épisodes sur les Vins de Rasteau - ©BrunhildePech

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