Mini-série de podcasts sur le numérique responsable tirée de la table ronde organisée par le Grand Avignon et l'Académie Vaucluse Provence

Numérique responsable : Et si on reprenait le contrôle ? 

Comment mettre en place une stratégie de numérique responsable en entreprise ?
Découvrez les clés, les outils et les impacts réels du numérique (IA, data centers, écrans) grâce à cette table ronde d’experts que j’ai eu le plaisir d’animer à l’occasion de la Semaine du Numérique Responsable, organisée par le Grand Avignon et Académie Vaucluse Provence.
Une ressource complète pour agir dès maintenant.

Autour de la table avec moi :
Pierre-Hubert MARTIN, Délégué territorial Vaucluse La Poste Groupe et Délégué au développement du numérique sur la région Sud Paca,
Lionel Jarmasson, Directeur de l’agence Canopée / design & communication, Expert Accompagnateur Cèdre et Praticien FSSD
Rafaël Torres, Ingénieur & Ambassadeur IA du plan National « Osez l’IA », Cogérant et pilote des activités IA au LICA – Laboratoire d’Intelligence Collective et Artificielle
Et Sébastien TOUQUET, Fondateur SHAKPA, Animateur de Fresques Climat et Numérique, et Ambassadeur Pro MyCO2 de Carbone 4.

Crédits photos : Frédéric Dahm

Épisode 01 : Usages du numérique : poids et impacts

Quelle place le numérique occupe-t-il  dans nos vies et quels prix la planète et nos cerveaux payent-ils réellement pour ces outils dits virtuels ?

Une table ronde dense, et dont nous avons décidé de vous partager le contenu en une mini-série de trois épisodes.

Le premier, est fait pour poser les bases : le virtuel n’a d’impalpable que le nom. Avec, en moyenne, 11 écrans par foyer, 4 heures passées pour nos loisirs devant eux, et une utilisation de l’IA en croissance exponentielle, l’impact sur la planète est bien concret jusqu’à créer des tensions d’usage. L’impact sur notre cerveau est également de plus en plus visible.

Pourtant, malgré l’urgence, nous peinons à changer nos habitudes.

Pourquoi ? La réponse est peut-être dans notre tête, vous allez l’entendre. Avant de choisir des alternatives et de comprendre comment agir, je vous propose donc d’ouvrir les yeux sur le réel du virtuel.

Écoutez, vous allez comprendre.

Épisode 02 : Numérique responsable, développer une stratégie

Existe-t-il une méthode fiable pour réussir sa mutation vers une stratégie numérique responsable ?

Si le premier volet nous a ouvert les yeux sur le coût réel du virtuel pour la planète et nous, les êtres humains qui l’habitons, ce deuxième épisode se focalise sur la première étape cruciale pour toute structure qui souhaite évoluer : développer une stratégie. Car avant toute chose, chaque structure doit intégrer dans cette réflexion ses réalités de terrain et ses objectifs de rentabilité.

Dans cet épisode, vous comprendrez l’impact que la révolution numérique a eu sur le Groupe La Poste, cette entreprise dont l’histoire débute au XVe siècle et qui est aujourd’hui une entreprise à mission.

Avec les autres intervenants, nous vous présenterons ensuite plusieurs outils pour permettre aux entreprises d’appréhender cette transformation dans sa globalité, en intégrant à la fois la réduction de l’empreinte carbone et l’implication des équipes. Et bien sûr, nous parlerons financements pour vous permettre de passer du discours à l’action.

Épisode 03 : Numérique responsable, la boîte à outils

Quels premiers pas pouvons-nous faire pour avoir une utilisation plus responsable de nos outils numériques ?

Après le constat des impacts, la réflexion stratégique à long terme pour une meilleure adhésion des nouveaux usages, il est temps de vous proposer une boite à outils.

Meilleur usage de nos mails, du parc informatique, éco-conception de sites internet outils IA alternatifs et bien sûr gestion en tout sécurité de nos données personnelles, voici autant de sujets abordés dans ce dernier volet.

L’objectif n’est pas d’être exhaustif, ni de tout changer du jour au lendemain, mais de vous donner des clés pour agir, dès maintenant, dans votre sphère professionnelle et même personnelle.

NDLR : La prise de son a été faite sans accès à la régie, la qualité audio est donc moins bonne que d’habitude sur Esperluette, mais cela n’enlève rien à la qualité des échanges

Après l’épisode 01 :

Après l’épisode 02 :

Après l’épisode 03 :

L’animation de la table ronde et la production de ces podcasts a été rendue possible grâce à une collaboration commerciale avec le Grand Avignon

Marie-Cécile Drécourt - production de podcast à Avignon, Carpentras, Vaucluse, Monteux, Orange. Credit Photo : Audrey Papadopoulos

Produit par Marie-Cécile Drécourt

Productrice de podcasts depuis 2018 et anthropologue de formation, je crée des récits audio qui mettent en lumière les personnes, les métiers, les initiatives et les liens qui tissent notre quotidien.
Avec Esperluette, j’explore des histoires humaines, sociales, artistiques ou solidaires, ancrées dans le Vaucluse… et au-delà.
Forte de 20 ans d’expérience en communication et narration, j’accompagne également les entreprises, associations et indépendant·es dans la création de contenus audio authentiques, sensibles et pédagogiques.

👉 Plusieurs manières de travailler avec moi :
Épisode dédié dans Esperluette : un format sensible pour mettre en lumière votre mission, vos valeurs ou vos engagements.
Le Podcast Suspendu® : un dispositif solidaire pour offrir un épisode à une association ou une initiative qui vous tient à cœur.
Podcast en marque blanche : je conçois et produis votre podcast de A à Z, pour porter votre voix et vos histoires.
Accompagnement / Formation : je vous aide à créer et structurer votre podcast en toute autonomie, avec méthode et bienveillance.

Pour les malentendant·es ou celles & ceux qui préfèrent lire, l’épisode est entièrement retranscrit ci-dessous :

Marie-Cécile
Quelle place les outils numériques occupent-ils dans nos vies pro et perso ?
Et quel prix la planète et nos cerveaux payent-ils réellement pour ces outils dits virtuels ?

Je suis Marie-Cécile, alias Esperluette, l’anthropologue du quotidien.
Et aujourd’hui, je vous emmène dans les coulisses d’une table ronde que j’ai eu le plaisir d’animer à l’occasion de la Semaine du numérique responsable,
organisée par le Grand Avignon et Académie Vaucluse Provence.
Une table ronde dense et dont nous avons décidé de vous partager le contenu en une mini-série de 3 épisodes.
Le premier, celui que vous écoutez, est fait pour poser les bases.
Le virtuel n’a d’impalpable que le nom.
Avec, en moyenne, 11 écrans par foyer, 4 heures passées pour nos loisirs devant eux,
et une utilisation des IA en croissance exponentielle,
l’impact sur la planète est bien concret, jusqu’à créer des tensions d’usage.
L’impact sur notre cerveau est également de plus en plus visible.
Pourtant, malgré l’urgence, nous peinons à changer nos habitudes.
Pourquoi ? La réponse est peut-être dans notre tête, vous allez l’entendre.
Donc avant de choisir des alternatives et de comprendre comment agir, je vous propose d’ouvrir les yeux sur le réel du virtuel.
Écoutez, vous allez comprendre.

Le poids matériel du virtuel et chiffres clés

Pour commencer, il faut regarder les faits en face.
On parle souvent de dématérialisation, comme si le numérique flottait dans les airs.
Mais la réalité, c’est une accumulation d’objets physiques dans nos foyers et dans nos poches,
et c’est Sébastien Touquet, facilitateur de transition écologique de l’agence Chacpa,
qui nous a permis de poser le décor avec des chiffres très parlants.

Sébastien Touquet
Pas facile de forcément trouver des données pour des études qui ont été menées,
mais on en a quelques-unes, notamment une étude de l’ARCEP.
Donc grosso modo, aujourd’hui, on est arrivé à 91% de personnes en France qui sont équipées d’un smartphone.
Et on est passé de 9,6 équipements numériques qui possèdent un écran, donc un smartphone, une tablette, un écran de télévision par exemple, par foyer. En 2024, il y a eu une légère baisse,
donc on était plutôt à se dire que possiblement il pouvait y avoir un petit peu de sobriété qui arrivait.
Et puis finalement, c’est reparti à la hausse.
L’année dernière, c’était 11,2 en moyenne, et on a augmenté le nombre de terminaux d’équipements qui sont dans nos placards.
On est passé de 1,8 par foyer à 2,8 par foyer,
donc un de plus qui est stocké dans une armoire et qui finalement n’est plus utilisé, même s’il fonctionne.

Pour ce qui est du reconditionné, on stagne.
On stagne, on est à 20% de smartphones qui sont achetés en reconditionnés ou d’occasion, mais il n’y a pas de progression de ce côté-là.
En termes d’usage, on a à peu près 3 français sur 4 qui passent plus de 2 heures par jour sur un écran à titre personnel.
3 français sur 4, ce qui nous amène, parce qu’il y en a qui sont au-delà des 5 heures,
ça nous amène à une moyenne par personne en France de 4 heures par jour sur un écran.
4 heures, ça représente la moitié du temps libre des personnes qui travaillent ou qui étudient.
Dans les 8 heures de nuit, 8 heures de travail ou d’études, il ne reste plus grand-chose, donc ça représente la moitié du temps restant.

Marie-Cécile
La moitié de notre temps libre est devant un écran.
Si cette consommation de temps est massive, sa traduction écologique l’est tout autant.
On imagine souvent que le poids du numérique,
c’est surtout pour celles et ceux qui passent leur journée devant les réseaux sociaux,
c’est vrai, mais ce n’est qu’une partie de l’iceberg.

Sébastien Touquet
On a une empreinte carbone française qui n’est en lien qu’avec le numérique, qui est de 4,4% de l’empreinte carbone totale.
Ça représente à peu près la même chose que tous les poids lourds qui transitent par la France.
Donc ça fait une belle empreinte carbone.
Une grosse partie de l’impact du numérique est portée par les terminaux utilisateurs.
Et aujourd’hui, vous avez 30 milliards de terminaux utilisateurs dans le monde (téléphones portables, télé connectées, frigo connectés, …)
30 milliards, c’est considérable !

Et sur la partie matériel, il y a un impact sur la quantité d’énergie nécessaire pour la fabrication et pour l’utilisation.
Puis il y a tout l’impact environnemental sur l’extraction des minerais, etc.
Et donc il y a un vrai enjeu, c’est de faire en sorte que ces terminaux-là soient renouvelés le moins souvent possible.
Ça sous-entend qu’il faut qu’il y ait un bon dimensionnement de la part des entreprises, mais à titre individuel, c’est pareil.
Si possible, d’avoir du matériel qui soit réparable.
Et puis quand on souhaite renouveler, ça va être de lui donner le maximum de vie possible,
donc de le mettre sur des réseaux de second vie, de les amener sur du reconditionné, sur du réemploi, et éventuellement sur du recyclage pour, à minima, récupérer une partie de la matière pour la remettre en circulation.
Donc il y a bien un gros focus aussi intéressant là-dessus pour les entreprises.

Le numérique responsable en entreprise progresse un petit peu, mais pas tant que ça.
Donc on a 39% des entreprises françaises qui déclarent avoir nommé un responsable Green IT.
Alors c’est sur un panel de 550 entreprises, mais c’est probablement représentatif d’après l’étude du Green IT qui a été faite.

La moitié commence à mesurer la consommation électrique de l’IT, souvent pour faire des économies électriques, mais encore une fois, il n’y a pas de petites actions.
Et ensuite, le signal réglementaire qui est donné par la France, puisque en décembre 2025, sur la SNBC version 3, donc c’est la Stratégie Nationale Bas Carbone,
donc la France réévalue régulièrement sa stratégie bas carbone pour émettre moins sur l’ensemble du territoire de gaz à effet de serre, ils ont inscrit le numérique pour la première fois dans cette stratégie,
parce qu’ils se rendent bien compte que 4,4% ce n’est pas négligeable, et surtout, c’est l’augmentation qui est à venir d’ici 2035, x 4 quasiment dans les consommations, ce n’est pas neutre en impact.

L’impact de l’IA : eau, énergie et humains

Marie-Cécile
Multiplier par 4 la consommation électrique, ce n’est pas juste une ligne dans un bilan carbone ou sur une facture d’énergie.
Il est temps de l’intégrer dans les organisations des entreprises et des associations.
Autre point important, l’explosion de l’utilisation des IA dans tous les secteurs.
Rafaël Torres, co-gérant du LICA, le laboratoire d’intelligence collective et artificielle, nous a montré que derrière la magie de l’IA, il y a aussi de l’eau, de l’énergie, et des humains qu’on oublie trop souvent.

Rafaël Torres
C’est vrai qu’on a une technologie qui arrive dans tous les foyers, dans toutes les entreprises, avec un peu la culture de quelque chose d’un peu mystique.
L’IA, ça tourne dans le cloud, on ne sait pas trop ce que c’est, ça a l’air léger, c’est un oracle qui a toutes les réponses, etc.
Donc on a un peu un mythe qui se construit autour de ça.
Et la définition qu’on peut donner parfois de l’IA éthique, c’est justement l’IA qui va demander de rendre des comptes, de la transparence sur comment ça fonctionne en fait,
derrière, qu’est-ce que ça veut dire en termes d’impact.
Et les impacts, il y en a beaucoup.
Les impacts environnementaux, on a une accélération de la consommation de données dans les data centers.
Et donc du coup, on a eu un impact environnemental qui s’accélère énormément.

Il y a quelques années, l’impact du numérique, c’était principalement, pour des pays comme la France, c’était principalement les terminaux produits, les recycler.
Aujourd’hui, ça devient autant les data centers pour faire tourner les données, les stocker, les consommer, etc.
Parce que des technologies comme l’IA utilisent des quantités de données faramineuses.
Et la tendance, elle est exponentielle.
On a des acteurs privés qui se procurent des centrales nucléaires pour pouvoir fournir l’énergie qui va être nécessaire à faire tourner ces data centers.
On a déjà des conflits d’usage sur de l’eau, sur l’énergie, dans des territoires qui sont déjà en tension sur ces sujets-là.

Et donc aujourd’hui, c’est la réalité du terrain derrière ChatGPT, quand on utilise ChatGPT. Et d’autres, d’ailleurs, pas que ChatGPT.
On a aussi des enjeux environnementaux, des enjeux sociaux, parce que tous ces sujets IA derrière, pour faire tourner ça, il y a beaucoup de métiers, il y a beaucoup de travail.
On appelle ça notamment les travailleurs du clic, qui sont toutes les personnes qui vont aller
labelliser, traiter les données dont on a besoin pour faire fonctionner ces modèles-là.

Marie-Cécile
Oui, il y a des humains derrière l’IA.

Rafaël Torres
Il y a beaucoup d’humains.
Il y a beaucoup d’humains qui voient beaucoup de données, beaucoup d’informations qui doivent la modérer et qui peuvent être très traumatiques, parce que l’être humain met des choses plus ou moins clean dans ces données.

On a des impacts dans le monde du travail qui sont hyper importants aussi.
C’est en train de vraiment changer nos métiers, nos compétences, les façons qu’on a d’interagir les uns avec les autres, etc.
Ça, c’est très documenté. Il y a beaucoup de choses qui se passent. Aujourd’hui, c’est quelque chose qui est comparable à la révolution Internet.
Et aujourd’hui, c’est impossible de penser, par exemple, monter un restaurant sans penser passer par Internet, parce que ça change les modèles économiques, ça change les modèles sociaux, etc.
Et l’IA, c’est pareil aujourd’hui.
L’appropriation est plus rapide que les smartphones, que Internet.
Et donc, on est encore aujourd’hui avec des publics qui nous disent, non, mais moi, je n’ai pas besoin de l’IA parce que je n’ai pas besoin de rédiger du texte, je n’en ai pas besoin, etc.
Et nous, on fait beaucoup de sensibilisation sur le fait que vous n’avez peut-être pas besoin d’IA aujourd’hui, à l’instant T, de cette manière-là.
Mais la probabilité que vous étudiez l’IA ou que vous soyez confronté à des marchés d’autres acteurs qui utilisent de l’IA, elle est très haute, très importante.
Et on va se retrouver demain avec des entreprises qui sont des natives AI entreprises qui auront pensé leur modèle économique autour de l’IA, comme ça a été le cas avec Internet, et qui vont aller profondément bouleverser
le monde du travail.

Biais cognitifs et attachement émotionnel avec les IA

Marie-Cécile
L’IA, c’est fascinant et inquiétant à la fois.
On parle d’intelligence artificielle, mais elle peut donner l’impression d’être là pour sacrifier nos ressources naturelles déjà très limitées.
Mais il y a un autre impact sur nous les êtres humains, la perte de compétences, de notre attention et aussi de la qualité de nos interactions sociales.

Rafaël Torres
Les modèles d’IA, tels qu’ils sont conçus, inventés, ils se basent sur des bases de données et ils font une compréhension du monde sur ces bases de données-là.
C’est pour ça qu’on appelle ça des systèmes socio-techniques.
C’est que c’est des systèmes qui ont une représentation du monde via les données qu’on leur donne et aussi via les concepteurs, les développeurs qui viennent aussi mettre des règles, les aider à apprendre ces informations
en les orientant.
Et donc du coup, on a un peu ce mythe que, parce que c’est un algorithme, parce que c’est une IA, c’est neutre.
En fait, c’est tout sauf neutre.
C’est fortement biaisé.
Il y a ce sujet-là qui produit les hallucinations, etc.
Et il y a tout le sujet aussi de l’attachement émotionnel et du fait de considérer que tout est fait pour flouter la frontière humain-machine et qu’on considère les IA comme des humains,
des logiques d’anthropomorphisme.
C’est-à-dire qu’on va utiliser du vocabulaire qui dit IA hallucine, elle apprend, elle me répond, elle est très sympa. Elle me répond toujours, elle va dans le sens de ce que j’ai à lui demander.
Et les noms qu’on lui donne, c’est des noms de personnes, c’est Claude, c’est etc.
Donc tout est fait pour flouter cette frontière-là.
Et aujourd’hui, dans le monde du travail, on a des vrais enjeux qui arrivent sur l’attachement émotionnel parce que ce n’est pas que le sujet individuel de personnes qui seraient isolées, qui seraient en détresse émotionnelle
et qui auraient parlé à l’IA comme avec un psy.
En fait, ce qu’on a aujourd’hui, c’est beaucoup de collaborateurs et de collaboratrices qui n’ont plus envie de parler avec leurs collègues parce que leurs collègues, ils ne leur répondent pas toujours les choses top, parce qu’il n’est pas toujours précis, parce qu’il n’est pas toujours disponible,
parce que…
Pas toujours de bonne humeur, qui préfèrent interagir de plus en plus avec des IA, qui les comprennent.
Et donc, aujourd’hui, dans l’entreprise, on est en train de s’attacher et en fait, c’est un sujet qu’on croit lointain et en fait, on est tous très sujets à de l’attachement et à dialoguer avec quelque chose qui est disponible tout le temps, qui est empathique, qui est un vrai sujet.

Psychologie et numérique : pourquoi adoptons-nous ces outils malgré leurs impacts ?

Marie-Cécile
Alors, pourquoi continuons-nous ?
Malgré les conflits d’usage, l’urgence écologique, la perte de compétences, pourquoi adoptons-nous ces outils à une vitesse fulgurante ?
La réponse se trouve dans notre propre biologie et c’est Lionel Jarmasson, Directeur et designer conseil de l’agence Canopé, qui nous explique ce qui se passe dans notre cerveau.

Lionel Jarmasson
Vous savez que le dernier organe qui doit être fonctionnel quand on est en train de mourir, c’est le cerveau.
Ce qui veut dire que le cerveau, qu’est-ce qu’il fait ?
En permanence, il est en train de calculer la quantité de sucre, donc d’énergie, en gros, qu’il a à sa disposition.
Et le cerveau a horreur de consommer son stock d’énergie.
C’est un gros radin de cerveau !
Donc , dès lors qu’il va trouver une solution, ce qui est le cas avec l’IA, qui fait que
je peux faire une tâche sans même consommer peut-être 1% de mon stock de sucre, d’énergie, et bien c’est génial, je le fais !
Et c’est là où le côté machiavélique du sujet est présent et qui amène toutes ces dérives dont on parle, c’est parce que le cerveau, qui est le pilote à la place du pilote, parce qu’on pense bien sûr
qu’on maîtrise nos vies et qu’on les tout à fait à même de …
Non, non, je vous rappelle que seulement 20% de nos actions sont conscientes, 20% de nos actions sont conscientes, le reste c’est de l’inconscient. donc ça veut dire qu’on ne le maîtrise pas du tout.
Partant de là, le cerveau, il se dit c’est super, c’est facile, et plus on va dire c’est facile, moins le cerveau va fonctionner, moins il va consommer de l’énergie, plus il va être content, donc plus il va vous amener à faire et vous allez reproduire la même chose.
Mais il y a quand même une bonne nouvelle. La bonne nouvelle c’est que le cerveau c’est comme un muscle, si on décide de l’entraîner, de le forcer à travailler et de le conditionner, il va retrouver ses fonctionnalités.
Alors c’est sûr que si on a perdu deux ans d’entraînement, quatre ans, cinq ans, dix ans d’entraînement, ça va être encore plus dur.
Et comme tous les modèles sont faits avant tout pour faire de l’argent, pas du tout l’IA qui va vous améliorer la vie, c’est juste des énormes, vous savez, les centaines de milliards de capitalisations qui sont aujourd’hui engagées, il va falloir surtout que ça fonctionne et là c’est génial parce qu’on a trouvé le sujet pour 100% des individus sur la planète Terre, c’est le même fonctionnement.
C’était juste pour recalibrer sur comment on devient humain sur la planète Terre.

Marie-Cécile
Un cerveau programmé pour la facilité des ressources limitées et une adoption exponentielle des nouveaux outils que le numérique nous offre sur un plateau, le constat est sans appel.
Mais prendre conscience de ces mécanismes, c’est déjà reprendre la main. Si notre biologie nous pousse vers la facilité, c’est à notre intelligence collective de construire les garde-fous. Et dans une entreprise, on ne peut pas agir sans stratégie. Nous verrons donc dans le prochain épisode comment débuter sa propre feuille de route.
Je vous dis à très vite, je l’espère-luette, évidemment !

Marie-Cécile
Existe-t-il une méthode fiable pour réussir sa mutation vers une stratégie numérique responsable ?

Bienvenue dans ce deuxième épisode de la mini-série dédiée au numérique responsable, suite à la table ronde organisée par le Grand Avignon et Académie Vaucluse Provence. Si le premier volet nous a ouvert les yeux sur le coût réel du virtuel pour notre planète et nous, les êtres humains qui l’habitons, ce deuxième épisode se focalise sur la première étape cruciale pour toute structure qui souhaite évoluer, développer une stratégie. Car avant toute chose, chaque structure doit intégrer dans cette réflexion ses réalités de terrain et ses objectifs de rentabilité. Dans cet épisode, vous comprendrez l’impact que la révolution numérique a eu sur le groupe La Poste, cette entreprise dont l’histoire débute au XVe siècle et qui est aujourd’hui une entreprise à mission. Avec les autres intervenants, nous vous présenterons ensuite plusieurs outils pour permettre à votre entreprise d’appréhender cette transformation dans sa globalité en intégrant à la fois la réduction de l’empreinte carbone et l’implication des équipes. Et bien sûr, nous parlerons financement pour vous permettre de passer du discours à l’action. Écoutez, vous allez comprendre ?

De la prise de conscience à la stratégie : l’exemple de La Poste

Avant de mettre en place une stratégie responsable, il faut d’abord composer avec les réalités de l’entreprise. L’exemple du groupe La Poste est un cas d’école. Pierre-Hubert Martin, Délégué au Développement Régional en Charge du Numérique et Délégué territorial du Vaucluse, nous explique comment le numérique a bouleversé leur modèle économique. Mais la technologie seule ne suffit pas. Pour que ça fonctionne, il a fallu embarquer les équipes dans cette mutation.

Pierre-Hubert Martin
Les sujets qui sont abordés, en fait, c’est les sujets de la transformation. C’est les sujets de la transformation de la société. Et je crois que La Poste est une entreprise qui est en vie aujourd’hui, qui est toujours en vie parce qu’elle a su se transformer, elle a su évoluer et elle a su s’adapter aux changements auxquels elle avait à faire face. Au début des années 2000, on distribuait 18 milliards de plis, 18 milliards de lettres. Aujourd’hui, on en distribue à peine 4 milliards. Ces 18 milliards, ça représentait 80% de notre chiffre d’affaires. Aujourd’hui, ça représente à peine 20% de notre chiffre d’affaires. Il a fallu se réinventer. Et alors, effectivement, l’arrivée d’Internet, l’arrivée du mail a tué ou détruit la lettre. On pense que le média papier existe encore. Il continuera à exister et que peut-être que demain, la lettre, il y aura peut-être un petit luxe, en fait. Et puis, le numérique, c’est aussi l’arrivée du e-commerce qui a bouleversé nos attitudes, nos façons de consommer et qui a profondément bouleversé La Poste parce qu’on est passé d’une explosion de la livraison de colis avec une explosion de la concurrence. Et puis, on a vu naître Amazon, qui est aujourd’hui notre premier client en termes de flux logistique, mais qui est aussi notre premier concurrent. L’histoire de la transformation de La Poste, il y a des choses très concrètes. Le facteur, il part avec un vélo vide ou avec moins de choses, et du coup, ça nous a aidé à faire expliquer que le monde changeait, que les plis changeaient et qu’il fallait changer notre façon de travailler. Et, le numérique nous a beaucoup aidé et nous a fait faire beaucoup d’économies sur nos façons de travailler, sur nos process. Ça veut dire qu’on a travaillé sur la pénibilité du travail de nos facteurs. Et par exemple, maintenant, avant, vous savez, le facteur, le matin, il arrivait, il avait ce qu’on appelle « tri général ». Chacun récupérait ses enveloppes, il mettait dans des cadres, dans l’ordre de sa tournée, puis après, il prenait son vélo, il partait de faire sa tournée. Aujourd’hui, avec l’IA, les enveloppes sont scannées de plus en plus rapidement. C’est-à-dire que le facteur, quand il arrive le matin, avant, il commençait à 5h30 ou 6h du matin pour faire ce tri général. Maintenant, le facteur, il arrive à 7h30, 8h, et sa sacoche, elle est déjà prête. Et le deuxième effet Kiss Cool de ça, c’est surtout qu’avec l’intelligence artificielle, on a moins d’erreurs. Ça veut dire qu’on n’a pas, alors on a toujours du courrier qui se perd, je vous rassure, (rires) mais il y en a beaucoup, beaucoup moins, et on a moins de fausses routes. Ça veut dire qu’on a moins de colis ou d’enveloppes qui vont partir à l’autre bout de la France, alors qu’il faut qu’ils aillent à 50 km d’ici. Et ça, c’est un coût carbone, et c’est un coût qu’on évalue et qui, pour nous, est hyper important. Donc, grâce à l’IA, on arrive en tout cas à faire beaucoup d’économies. On les a embarqués parce qu’ils s’en sont rendus compte, et puis derrière, on les a formés, on a fait beaucoup de formations.

Marie-Cécile
Vous avez une école interne, en fait.

Pierre-Hubert Martin
Voilà. Donc, 240 000 postiers ont été formés par des modules de formation. Il y en a une école de la data et de l’IA où on forme nos employés à comment utiliser l’IA de manière responsable, et puis comment est-ce qu’on utilise nos données, comment est-ce qu’on travaille, au départ avec Copilot, et puis maintenant, on a développé notre propre intelligence artificielle qui facilite la vie de nos agents. Et je crois que ce qui est important sur ces sujets-là, c’est de donner du sens. Je ne suis pas sûr que sur les sujets de la transition numérique, que le Président de la Poste soit plus à même de proposer des innovations plutôt qu’un facteur. Et je crois que, en tout cas à la Poste, on croit beaucoup à l’open innovation et au fait que c’est souvent par le genre du terrain qu’on arrive à un bon sens de succès et de réussite.

Intelligence collective et intégration de l’IA en entreprise

Marie-Cécile
La révolution numérique a tout bouleversé, changeant les modèles économiques et sociaux. Mais une autre révolution arrive encore plus vite, celle des IA. Si on veut que l’intégration de ces nouveaux outils à l’impact important sur notre planète et l’humain, réussisse, là encore, l’intelligence collective est la clé pour construire une stratégie qui a du sens pour tous. Rafaël Torres, du LICA, nous explique comment réussir cette transition en entreprise.

Rafaël Torres
On aborde le sujet de l’IA comme un sujet de transformation. En fait, l’IA est en train de changer les différents métiers, l’IA est en train de changer nos domaines d’activité, qu’est-ce qu’on fait, où est-ce qu’on le met. Ça crée beaucoup de débats en interne, beaucoup d’usages aussi pas très alignés. Il y en a qui l’utilisent sur un coin de table, il y en a qui ne l’utilisent pas du tout. Donc nous, on arrive dans ce climat-là. Et ce qu’on fait : on a quatre grandes étapes. La première, c’est réouvrir le dialogue. L’étape la plus clé là-dedans, c’est un sujet qui polarise beaucoup, qui est politique. Déjà, mettre tout le monde autour de la table et de se dire, en fait, on va en parler, on va prendre l’opinion de tout le monde et on va essayer de construire à partir de toute cette diversité d’opinions. Nous ça nous permet d’embarquer sur ces sujets de transformation. Ça, c’est la première raison. Et la deuxième raison, c’est parce qu’aussi, l’intelligence collective, le fait de mettre autour de la table toute cette diversité, ça permet d’augmenter l’intersubjectivité. Et augmenter l’intersubjectivité, ça permet de réduire les biais dans les solutions numériques et en IA en particulier. Et donc du coup, ça fait des IA qui sont plus robustes, qui sont plus éthiques. Parce qu’en fait, réussir à avoir du pluralisme, c’est la meilleure moyen de vérifier les biais qui sont inhérents à ces solutions-là et de réduire ça. Donc en premier lieu, on crée du dialogue. C’est un sujet qui a besoin d’être démystifié. Il y a aussi beaucoup de buzz. On lit beaucoup de choses là-dessus. Nous, notre objectif, c’est que les organisations soient éclairées et qu’elles puissent prendre elles-mêmes leurs décisions. Le but, c’est de comprendre vraiment les enjeux et qu’elles puissent faire des choix en conscience. En troisième étape, on a des ateliers de design thinking où on va les faire réfléchir sur les usages. Notamment, on a une matrice de compétences où on va aller pour un métier donné, placer toutes nos missions sur deux axes. Mon niveau d’appétence pour faire cette tâche-là et la valeur ajoutée de cette tâche-là. Donc ça, ça nous permet de définir un peu quels sont les endroits où, collectivement, ça a du sens d’utiliser de l’IA et là où ça n’a pas de sens. Après, on arrive sur la dernière phase, la phase de stratégie qui est, au vu de tout ça, on a ouvert le dialogue, on comprend et on connaît le sujet, on sait où on veut aller, qu’est-ce qu’on veut faire et du coup, c’est comment on y va. Donc, de la priorisation, on va faire une feuille de route avec souvent l’enjeu des organisations qui disent nous on ne sait pas par quel bout prendre le sujet, …

Marie-Cécile
Oui, on entend tellement de choses que l’on sait pas…

Rafaël Torres
Ils s’imaginent qu’il faut développer des choses … Et en fait, on peut commencer sur le sujet avec des petits pas qui amorcent de la réflexion. Ça va se faire sur du temps long. Paradoxalement, on a un peu un appel à aller vite sur ce sujet-là, à ne pas rater le coche, prendre le train en route, toutes ces expressions, etc. On se dit, on ne veut pas être en retard. Et en même temps ce sont des sujets qui se travaillent, qui se réfléchissent sur le temps long. Le but c’est qu’on ait cette acculturation dans l’organisation qui se fait sur le sujet de l’IA par exemple.

Mesure l’impact de son entreprise avec le bilan carbone

Marie-Cécile
Mettre tout le monde autour de la table, c’est bien. Mais encore faut-il déjà connaître l’impact actuel de son activité pour pouvoir définir les axes d’amélioration. Pour cela, il y a le bilan carbone que vous connaissez sûrement et peut-être moins, le bilan du numérique. L’expert autour de la table, c’est Sébastien Touquet de l’agence Conseil Shakpa.

Sébastien Touquet
Le bilan carbone, voir le bilan carbone fixé ou centré sur le numérique, permet d’avoir une image, une photo de son organisation. Ça permet de savoir où est-ce qu’on est, qu’est-ce que l’on doit améliorer et définir derrière une stratégie. On cherche en fait à collecter des données physiques, opérationnelles, qui permettent derrière d’identifier le poids de chacune des actions. Alors, c’est pour toutes les entreprises. Ça dure environ six mois et ça mobilise deux, trois, quatre personnes de l’entreprise en général. Ça va être des personnes qui vont être assez opérationnelles et qui vont avoir accès à des informations. Par exemple, l’IT, pour la partie informatique, on va avoir un peu de comptabilité, des achats et puis des personnes ressources de façon opérationnelle. L’objectif, c’est capter tous les flux d’une entreprise pour essayer de quantifier la dépendance aux énergies fossiles d’une part et de quantifier l’impact des activités d’entreprise en termes d’émissions de gaz à effet de serre.

Développer une vision à long terme avec le FSSD

Marie-Cécile
On connaît maintenant ses impacts, mais construire une stratégie, ce n’est pas traiter les symptômes à la va-vite. Pour aller dans le bon sens et tenir le cap sur le long terme, il faut avoir une vision. Une des solutions, c’est de réaliser une analyse FSSD, le Framework for Strategic Sustainable Development et Lionel Jarmasson de l’agence Canopée nous explique en quoi cela consiste.

Lionel Jarmasson
Le FSSD, c’est un cadre de développement durable. C’est une vraiment une vision d’une part stratégique et d’autre part opérationnelle. On le dit, on a besoin de voir systémique. Si on ne voit pas systémique, on va répondre ponctuellement. La problématique, c’est souvent la solution d’aujourd’hui, va être le problème de demain. C’est une méthode scientifique suédoise créée par le professeur Karl-Henrik Robert qui était un projet national à l’époque et qui parle de la problématique de santé et c’est dit que nos problématiques de santé, notamment le cancer, sont liées à nos problématiques environnementales à la fois physiques et psychologiques. Et à partir de là, il s’est dit que si je veux régler ce qu’il est professeur de cancérologie, on va régler les problèmes environnementaux et sociaux pour créer des sociétés de développement durable. Et tous les Suédois en 89 reçoivent leur cassette audio et un livret pour dire si vous prétendez créer une société de développement durable, il faut appliquer ce principe. 8 conditions : 3 environnementales, 5 sociales, un système en 4 étapes qui pose la vision de l’entreprise. Aujourd’hui, on travaille toujours ici quasi systématiquement sur les symptômes. Voilà, j’ai des déchets, j’ai de la consommation, j’ai de la pollution, etc. Le problème, c’est que tant qu’on en sera à gérer le bas de la chaîne, on n’arrivera jamais à régler le problème. Donc le FSSD permet, qu’on soit une toute petite structure comme une multinationale, de scanner de façon très pragmatique l’intégralité du flux de fonctionnement d’une organisation, d’identifier les impacts, de pouvoir, parce qu’on a une vision très claire de là où on doit être au regard des 8 conditions, de se dire maintenant on a très clairement identifié ce qui pose problème et de mettre en place des plans opérationnels stratégiques parce qu’on peut se dire ça c’est dommage je peux le faire mais ça il va falloir attendre 5 ans soit parce que je n’ai pas la technologie soit parce qu’il me faut un financement que je n’ai pas mais qu’il va falloir que je structure, et de se dire je sais qu’il y a un horizon de 2, 3, 5, 10 ans je vais pouvoir le faire et réaliser. Le FSSD c’est Caroline Gervais qui est pilote du FSSD France et qui a accompagné, c’était son premier client il y a 24 ans l’entreprise Millet qui fabrique des portes-fenêtres à la base. Le fils reprend l’activité du père. Il a dit à son papa « si je reprends l’entreprise, c’est pour en faire une exemplarité environnementale. Donc on était il y a 22 ans. Donc la première claque qu’il s’est prise c’est ses salariés qui ont dit : « Bon écoute mon coco, nous ça fait 20 ans, 10 ans qu’on travaille avec ton père, tu ne vas pas nous apprendre à comment on va travailler. » Et là il s’est dit mais comment je fais pour embarquer. Il rencontre le FSSD, il voit toutes les démarches de design donc de méthode participative qui sont inclus dans le process scientifique et là il arrive à faire le bascule et embarquer les 450 salariés. Ils sont aujourd’hui 1600. Leur entreprise qui fabriquait des bords de fenêtre fabriquent tout un tas d’éléments pour le bâtiment aujourd’hui devançant toutes les problématiques de recyclabilité des baies vitrées pouvant anticiper la réglementation en se projetant avec une vision à long terme et en étant clair et en ne sortant pas de cette ligne directrice d’une vision responsable en pleine durabilité. Leurs concurrents, toujours aujourd’hui, disent ils ont 10 ans d’avance sur nous et bien ça fait toute la différence. Et c’est ça le FSSD c’est parce que je décide de commencer par le moindre petit geste qu’on en goûte le bénéfice et qu’on continue à avancer pour progresser dans un process d’amélioration continue.

Les aides pour financer sa transition écologique

Marie-Cécile
Tous ces outils c’est bien beau mais on se doute bien que cela coûte du temps et de l’argent à l’entreprise qui se lance dans ces démarches. J’ai bien sûr demandé à Sébastien et Lionel s’il existait des dispositifs pour aider au financement de ces études.

Sébastien Touquet
C’est le BPI France qui propose un Diag’Décarbon’actions. Donc c’est la réalisation d’un bilan carbone pour une entreprise donc c’est forfaitisé. Il y a une subvention de 40% donc ça laisse un reste à charge aux entreprises de 6 000 euros pour pouvoir réaliser leur bilan carbone qui contient une phase de sensibilisation et qui contient sur la fin une phase de création / co-construction d’un plan d’action pour aller vers une décarbonation. Et donc Axa Prévention, qui sur le Vaucluse propose d’aider, en complément de la subvention BPI France, l’entreprise à sa décarbonation en rajoutant une aide de 3 000 euros, ce qui laisse un reste à charge de 3 000 euros, pour un bilan carbone qui en vaut des par 10, donc ça c’est une aide intéressante et ça peut être complété par du dispositif au CEDRE.

Lionel Jarmasson
Le dispositif CEDRE de la région, c’est un un dispositif très simple qui s’appelle CEDRE Premiers Pas. Très concrètement vous avez une première tranche qui est le premier pas de 3 000 euros en subventions données pour un minimum de 3 750 euros à investir donc reste à charge de 750 euros, donc on dépasse les 70% habituels. Et ça c’est vraiment très simple. Il faut se mettre sur la plateforme de la Région Sud, remplir le formulaire, valider le devis par un expert CEDRE Premiers Pas et à partir de là on valide le devis, on fait la mission, on paye sa prestation, on dépose la facture acquittée, et dans les 2 mois, 3 mois, on récupère l’argent. Et on peut basculer sur la deuxième étape qui est le CEDRE Premiers Pas Investissement où là c’est pour un minimum de 10 000 euros investis, récupérer 7 000 euros, donc il reste à charge de 3 000 euros. C’est un peu différent dans la mesure où ça passe par tous les cheminements classiques de financement de la région. Donc ça veut dire un dossier un peu plus lourd à monter. Il faut 3 mois en gros d’instructions pour avoir un numéro officiel qui permet de débuter la mission, qui redonne encore 3 mois avant d’avoir la validation pour que ce soit mis au vote, attendre la phase de vote, et encore attendre après que les sous tombent. Donc, grosso modo, on part pour 6 à 9 mois entre le début.

Marie-Cécile
Il faut avoir un petit peu de trésorerie.

Lionel Jarmasson
Voilà, donc il ne faut pas faire cette démarche pour dire j’ai pas la trésorerie, mais avec ça, je vais me faire financer. Si c’est cette démarche, d’ailleurs on ne l’encourage pas, autant la première phase oui, mais la deuxième phase non. C’est vraiment un bonus pour dire : bon j’étais prêt à faire le projet, je vais l’auto-financer, mais c’est vrai que je peux avoir une aide jusqu’à 7000 euros, et à ce moment-là on rentre dans la démarche. Alors là du coup ça redonne un peu d’oxygène à tout le monde pour être un peu plus tranquille dans les métiers qu’on fait.

Marie-Cécile
Autre possibilité, utiliser ses droits à la formation.

Rafaël Torres
La formation Flash, c’est une demi-journée qu’on a sur une cartographie un peu de tous les enjeux de tous les IA. C’est un format comme ça, celui-ci ou un autre, un format court qui permet de mettre tout le monde à la page sur les enjeux, derrière c’est ouvrir le dialogue et embarquer. Je pense que ça c’est moteur, c’est clé, plutôt que d’avoir une initiative isolée, d’avoir un groupe qui pousse ou d’avoir le Co-Dir ou la direction qui va proposer quelque chose où ça peut s’essouffler. J’ai l’impression qu’à partir du moment où 5 personnes en parlent à la cafet’, c’est gagné !

Marie-Cécile
Stratégie humaine, vision à long terme, aides financières : les leviers existent pour ne pas subir la transition numérique, mais la choisir en intégrant les humains qui font la structure. Créer une stratégie, définir une vision à long terme, ça prend du temps. Et c’est très bien de se donner l’opportunité de le prendre ce temps de la réflexion dans cette société qui nous pousse à aller toujours plus. Cela n’empêche pas le développement d’activité et la rentabilité, et il y a de multiples dispositifs pour aider les entreprises à avancer sur ce chemin peu importe leur tailles et leurs enjeux du moment. Nous n’avons pas tout cité ici, bien évidemment, mais le maître mot c’est déjà de se lancer ! Et pour cela, nous n’allons donc pas vous laisser sans vous proposer quelques outils que l’on peut mettre en place rapidement pour garantir notre souveraineté face aux géants du web et pour agir concrètement dans nos activités quotidiennes afin de débuter un usage plus responsable du numérique. Rendez-vous dans le troisième et dernier épisode de la série, et d’ici là je vous dis à très vite, je l’espère-luette évidemment !

Marie-Cécile
Quels premiers pas pouvons-nous faire pour avoir une utilisation plus responsable de nos outils numériques ?

Troisième et dernier épisode de la mini-série dédiée au numérique responsable, suite à la table ronde organisée par le Grand Avignon et Académie Vaucluse Provence.
Après le constat des impacts et la réflexion stratégique à long terme pour une meilleure adhésion des nouveaux usages, il est temps de vous proposer une boîte à outils.
Meilleure utilisation de nos mails, du parc informatique, éco-conception de sites internet, outils IA alternatifs et bien sûr, gestion en toute sécurité de nos données personnelles.
Voici autant de sujets abordés dans ce dernier volet.
L’objectif n’est pas d’être exhaustif, ça serait impossible, ni de tout changer du jour au lendemain, mais de vous donner des clés pour agir, dès maintenant, dans votre sphère professionnelle et même personnelle.
Écoutez, vous allez comprendre.

Outils numériques responsables : gérer ses mails et transferts de fichiers

Commençons par le quotidien.
Nos boîtes mail débordent et nos outils informatiques sont changés bien trop souvent.
Pourtant, la sobriété numérique commence par de simples gestes faciles à mettre en place.
Sébastien nous donne les premières pistes pour changer quelques-unes de nos vieilles habitudes.

Sébastien Touquet
Il y a souvent la question qui se pose, c’est de savoir s’il est intéressant de nettoyer sa messagerie.
Oui, déjà, ça fait du bien de nettoyer sa messagerie pour éviter d’avoir une boîte qui explose et qui déborde de partout.
Donc, faire le tri, c’est intéressant d’un point de vue environnemental ou de ressources, que sous certaines conditions.
Pour pouvoir faire le tri dans votre messagerie, il faut que vous utilisez votre ordinateur.
Donc, ça va consommer aussi de l’électricité, de l’énergie et encore du réseau.
Donc, la bonne pratique, c’est déjà éviter d’envoyer du mail qui ne sert à rien à tout un tas de gens.
Ça consomme du temps parce que vous l’envoyez.
Ça consomme du temps à toutes les personnes qui potentiellement vont le lire parce que du coup, c’est du temps machine qui va être utilisé.
Ça prend de l’espace.
Et puis, si jamais vous devez chacun renettoyer ce mail-là trois mois plus tard, vous allez repasser du temps machine pour pouvoir repasser sur le mail.
Donc, grosso modo, ne pas envoyer le mail quand ce n’est pas nécessaire.
Ne pas forcément envoyer les pièces jointes qui vont en plus rebondir plein de fois quand on leur a dit « Ah non, moi, 15h30, ça ne va pas à 15h35, ça y a rien ».
Quand vous faites du nettoyage, parce que c’est intéressant de le faire, c’est soit vous faites du tri au moment où vous traitez le mail, ou alors vous traitez en masse.
C’est pour l’arrivée, et puis une fois tous les trois mois, vous dites « Tout ce qui a plus de trois ans, soit je l’archive, soit je le détruis. »
Et puis après, utiliser des plateformes de transfert de fichiers quand c’est nécessaire comme FileVert, ce qui est beaucoup plus éthique.
Donc déjà, ils sont dans le principe, c’est que les documents qu’on met sur cette plateforme, qui vont être accessibles par tous ceux à qui vous envoyez le lien, a une limite de temps.
Ce qui évite que les données s’entassent sur les serveurs d’un wetransfert pendant des semaines, des mois, sans que ça ne serve à rien.
Rallonger la durée de vie d’un équipement en passant d’abord par choisir le bon équipement au départ pour qu’il dure le plus longtemps possible.
Faire en sorte qu’il soit réparable pour le faire réparer.
Même au sein des entreprises, ce n’était pas une habitude il y a encore dix ans.
Ça commence à le devenir, et l’intérêt c’est qu’à un moment donné, on ne sort pas de cash.
Si on rajoute une ou deux années avec des phases de réparation, à la fin on s’y retrouve aussi.

Allonger la durée de vie du matériel informatique en entreprise : la méthode du « cascading

Marie-Cécile
Oui, des fois l’investissement permet de faire des économies.
Il y a des entreprises qui achètent des ordinateurs très performants à une époque pour certaines parties de l’entreprise qui ont besoin de cette performance-là.
Et quand ils échangent, ils les redonnent à d’autres personnes dans l’entreprise aussi,
qui n’ont pas forcément besoin d’avoir une puissance importante sur ces ordinateurs.

Sébastien Touquet
Oui, c’est du cascading.
L’idée c’est plutôt que d’avoir un parc qui soit homogène, donc d’avoir le même modèle et on renouvelle tous les trois ans, tous les quatre ans, l’ensemble des ordinateurs de tout le monde.
Une pratique qui peut être bonne, qui peut être pour le coup assez responsable dans la partie gestion du numérique pour l’entreprise, c’est de dire, j’ai peut-être des services qui nécessitent effectivement d’avoir des ordinateurs hyper puissants.
Ça va être le cas de ceux qui travaillent sur d’images, qui veulent travailler sur de la vidéo,et puis sur des bureaux d’études par exemple, qui font beaucoup de calculs de la 3D.
Et à un moment donné, ces ordinateurs-là vont effectivement plus être en capacité de faire tourner les nouvelles versions logiciels qui n’auront pas été éco-conçues.
Et du coup, ils vont être obligés de remplacer le matériel pour avoir des matériels, des calculateurs beaucoup plus puissants.
Mais dans ce compte-là, ce qui est assez intéressant, c’est de cascader le matériel pour qu’à la fin,
l’ordinateur, au bout de 7-8 ans, il ait encore la puissance nécessaire,
puisque c’était une bête de course lors de son achat,
qui continue encore à traiter de l’administratif qui ne nécessite pas autant de puissance.

Outils numériques responsables : les sites internet éco-conçus

Marie-Cécile
Maintenant que le ménage de printemps est fait, passons à nos sites internet.
Là aussi, et Lionel va vous le prouver, avec un design plus light et quelques règles simples, on peut alléger la facture pour la planète.

Lionel Jarmasson
Alors on rentre dans les enjeux de l’éco-conception.
Sur une toute petite section, et très pragmatique, refaire son site internet, c’est effectivement refaire son site internet en éco-conception.
Donc aujourd’hui, il y a un évaluateur, le seul évaluable unique fait par le consortium Green IT, qui est EcoIndex. Il y a en gros une vingtaine de modèles successifs qu’on peut trouver, générés et créés par des opérateurs qui sont juges et partis, donc des agences de communication ou des agences de dev’, qui ont dit : ben nous on va faire des sites internet d’un côté, et en même temps, on va créer notre modèle, comme ça au moins, ça sera un raccord.
Regardez, on fait un super site !!
Sauf qu’en général, vous prenez ces mêmes sites, soi-disant éco-conçus, vous les passez sur EcoIndex, qui est comme un Nutri-Score, qui va donner de A à G, une note.
Et bien quand vous passez sur EcoIndex, alors qu’ils peuvent être classés A, B et C, hop ils sont F, G…
Vraiment j’inssite, le seul référentiel valable aujourd’hui avec une communauté ouverte, une transparence scientifique, c’est EcoIndex, avec le collectif Green IT derrière.
Donc à partir de là, effectivement, au premier sujet, vous prenez vos sites internet, si vous l’avez, vous le passez dedans, et vous allez voir combien aux mille clics, d’eau, d’électricité vous consommez, et quelle note on a, et donc la réalité, le dégagement de GES, de consommation.
Il y a trois éléments :
Pour un tiers, c’est, on va dire, l’usage. Pour un tiers, c’est le codage, et généralement, c’est le plus important.
Et pour un tiers, les datas.
Pourquoi l’usage ?
C’est ce qu’on va regarder. Si 80% de consultations d’une page, j’arrive à le faire dans mon analyse du comportement humain, du comportement de navigateur au bout du cinquième clic, ça veut dire que j’ai quatre clics inutiles.
Allez on va dire la home page, … donc j’ai trois clics inutiles, donc j’ai trois chargements de data inutiles avant d’arriver, finalement, à ce qui est le cœur de mon usage et de ma fonctionnalité.
Donc on en revient à l’être humain, comment il se comporte, qu’est-ce qu’il cherche, donc quelle stratégie derrière le contenu je vais mettre pour pouvoir être dans la deuxième partie, qui est l’éco-conception, quelque chose d’efficient.
Ce que je pourrais faire, donc, je bascule sur le deuxième point qui est le codage.
C’est simple, je clique, j’ai mon image et mon texte qui arrive, on se dit, c’est magique.
Sauf qu’on n’a pas conscience qu’on peut avoir dix mille, vingt mille allers-retours entre le client et le serveur.
La façon dont c’est codé, comment le dialogue entre mon client, mon ordinateur et le serveur se fait.
Et là, quand on prend conscience de la quantité, des fois astronomique, d’allers-retours, pour que mon image et mon texte apparaissent, on se dit, oui, on a intérêt à bien réfléchir à un code propre, pour que le minimum d’échange et donc d’énergie soit consommé, parce qu’à chaque fois, c’est de l’eau, du dégagement de GES et de la consommation d’énergie.
Parce qu’on n’a pas la conscience de ce que ça coûte derrière.

Marie-Cécile
Et en plus, c’est mieux pour la personne qui vient visiter le site internet, parce que
un, l’information est plus rapide à trouver, la page se charge plus rapidement aussi,
donc au final, tout le monde est gagnant.

Lionel Jarmasson
Exactement, on est gagnant en plein d’endroits.
Les bénéfices à faire de la responsabilité, c’est que quand on fait un site en éco-conception, bon déjà, on est beaucoup plus fiers.
Le site internet gagne en rapidité. Si il gagne en rapidité, ça veut dire qu’on gagne en référencement naturel.
Si on gagne en référencement naturel, ça veut dire qu’on gagne en position et donc en génération de business.
Il n’y a que des bénéfices, mais des bénéfices humains, sociaux et financiers.

Outils numériques responsables : utiliser des IA souveraines et responsables

Marie-Cécile
Les data centers consomment de plus en plus d’énergie et avec les intelligences artificielles,
c’est encore pire.
Utiliser un modèle grand public, non seulement c’est très polluant, mais cela veut également
dire envoyer, voire offrir vos données à des géants parfois peu scrupuleux basés
à l’autre bout de la planète.
Raphaël nous a proposé quelques alternatives pour utiliser les IA sans perdre le contrôle.

Rafaël Torres
D’un point de vue environnement, évidemment, la question de la localisation.
Où est-ce que tournent les données quand vous utilisez une IA ?
Parce que l’empreinte écologique dépend vraiment de cet endroit.
C’est parce que le mix énergétique en Europe, aux Etats-Unis, en Chine, ce n’est pas le même.
Donc quand les données tournent sur des data centers en Europe où on a des centrales nucléaires, on a un mix énergétique qui est meilleur que des énergies qui peuvent être du charbon, du gaz, etc.
D’un point de vue souveraineté aussi, quand les données sont manipulées par des entreprises américaines, elles tombent sous la législation du « Cloud Act », et donc en termes de souveraineté ça peut outrepasser la RGPD, même si c’est des ressortissants, des citoyens européens qui les utilisent.
In fine, on a des enjeux de souveraineté.
Donc dans les petites lignes, dans les conditions générales d’utilisation, il est souvent écrit qu’effectivement vous donnez ces informations-là, qu’elles peuvent être exploitées, etc.
Donc maintenant, il y a beaucoup de formules, il est possible de ne pas les donner pour leur entraînement, il est possible qu’ils ne redonnent pas à d’autres fournisseurs, etc.
Il existe plein de configurations, mais effectivement, toute la data policy, la façon qu’ils ont de gérer les données et ce qu’ils en font, c’est un vrai, vrai enjeu.
Donc c’est vrai que la localisation, cette data policy et les modèles que vous utilisez, c’est-à-dire aujourd’hui, on utilise typiquement de ChatGPT, qui sont des énormes modèles qui parlent des dizaines de langues, qui sont experts de tous les sujets, donc c’est des énormes modèles, et qui quand on les fait tourner, consomment beaucoup, ont leur propre
représentation du monde.
Donc ce n’est pas la même chose de faire tourner ces énormes modèles que de faire tourner des choses qui ont été entraînées spécialement pour un certain sujet, etc.

Marie-Cécile
Oui, il existe des IA spécialisées, en fait.

Rafaël Torres
Oui, tout à fait.
Et donc du coup, quand même, pour donner un exemple d’outil, il y a quelque chose qui nous intéresse en ce moment, qui s’appelle Euria, qui est une entreprise suisse Infomaniak derrière, et qui propose une solution un LLM, un peu semblable à ChatGPT, qui fait tourner toutes ces données-là dans les datacenters en Europe, en Suisse d’ailleurs, donc RGPD et tout ce qu’il faut compliant, et qui réutilise cette énergie pour chauffer des logements à Genève.
Ils réutilisent des modèles déjà existants, open source ou semi open source, donc ils n’ont pas réentraîné des modèles, et ça, c’est très énergivore aussi.
Donc là, ce genre d’initiative-là, nous, ça nous intéresse, on regarde ça de près, parce que c’est un exemple d’autres façons de faire du lien, il y en a plein des acteurs.

Marie-Cécile
On a aussi pas mal parlé de Mistral, parce que c’est français, c’est aussi une alternative ?

Rafaël Torres
Mistral, c’est assez complexe, parce que Mistral, notamment, utilise pas mal de sub-processors, qui peuvent être, par exemple, Amazon, AWS, etc. Et donc, du coup, dans ces cas-là, les données sont hors Europe.

Marie-Cécile
C’est là que c’est compliqué de faire un choix, parce qu’en fait, quand on entend Mistral,
on dit c’est français, et donc ça respecte la réglementation, et tout va bien.

Rafaël Torres
Et les acteurs jouent sur ces arguments-là aussi, et après, pour parler de Mistral, par exemple, de Mistral, dans les différents abonnements, on peut prendre un abonnement entreprise, où on choisit où sont les données, on peut, donc, tout ça est aussi à tiroir, et on peut configurer, et on peut.
Donc, ce qui est sûr, et je pense que c’est peut-être ça qu’il faut retenir, c’est qu’il n’y a pas de solution miracle, et qui, en plus, est pérenne, parce que le sujet, le marché est très tendu, donc les concurrences redoublent d’innovation, et de, voilà, de mettre à jour un peu toutes les fonctionnalités possibles.
Donc, nous, ce à quoi on forme, c’est sensibiliser à regarder, questionner ces outils-là. L’information, elle est quand même assez accessible sur Internet, il y a pas mal d’informations, même si, encore une fois, les acteurs, ils font tout ce qu’ils peuvent pour flouter ça, on peut quand même trouver pas mal d’informations, et donc, développer son regard critique, c’est encore le meilleur moyen d’utiliser des outils qui soient éthiques, quoi.

Marie-Cécile
Oui, déjà, donc, effectivement, voir quels usages on a,
peut-être d’aller vers une IA qui est spécialisée sur l’usage dont on a besoin,
et aussi, vous m’avez dit qu’on pouvait avoir des IA qui étaient en local,
ce qui fait qu’effectivement, une fois que c’est en local, ce qu’on fait dessus, ça reste chez.

Rafaël Torres
Tout à fait. On a notamment une application qui s’appelle LM Studio,
et il y a plein d’applications qui font ça, c’est pas la seule,
mais qui permet d’installer sur vos ordinateurs des petits modèles.
Et donc, vous allez sur, notamment, une plateforme qui s’appelle Hugging Face,
et qui présente plein de modèles que vous pouvez télécharger.
Vous téléchargez ce modèle-là, vous le mettez dans une application comme ça,
et vous pouvez faire tourner un petit modèle, un petit LLM, sur votre ordinateur.
Et donc, du coup, vous pouvez faire tourner, par exemple, une version de Mistral
spécialement entraînée pour du français.
Je sais plus si c’est Mistral, il y en a qui s’appelle Croissant, qui fait ça qui ne parlent que français.
Et donc, c’est des modèles qui sont beaucoup plus petits, qui peuvent tourner sur votre ordinateur, sinon ils ne pouvaient pas tourner, c’est quand même des gros modèles à la base.
Et en général, vu qu’ils sont plus petits, ils sont moins performants.
Donc, si on arrive à trouver vraiment une tâche spécifique, on peut les faire tourner sur nos ordinateurs et que ça marche bien.
Et là, effectivement, on a quelque chose quand même qui est, en termes de souveraineté, de sécurité, ça reste en local.

Marie-Cécile
Oui, et puis ça peut, au final, correspondre pour beaucoup de tâches
qu’on peut faire au quotidien sur ces types d’outils.

Rafaël Torres
Tout à fait. Et ça, c’est pour un usage individuel,
mais dans une plus grande mesure, on peut aussi avoir dans une entreprise un serveur où tout le monde va se connecter à un modèle qui tourne sur un serveur.
C’est possible aussi.

Outils numériques responsables : Digipost et l’identité numérique

Marie-Cécile
On continue sur la sécurité et la souveraineté de nos données avec deux services présentés par Pierre Hubert du Groupe La Poste pour créer son identité numérique et ouvrir son coffre-fort numérique lui aussi pour stocker en France nos documents précieux.

Pierre-Hubert Martin
La Poste, c’est ce qu’on est en train de faire évoluer.
C’est une Poste qui gère des data, qui gère des données. On gère ces données de manière sécurisée.
On est créateur d’une identité numérique en ligne qui est certifiée, ce qui nous permet de pouvoir accéder de manière sécurisée à votre compte de formation, à tout un tas de choses.
Et puis, on développe aussi, effectivement, un coffre-fort numérique Digipost.
C’est gratuit pour l’utilisateur. Les entreprises peuvent accélérer leur dématérialisation de flux en utilisant ça. Notamment, ça marche avec les bulletins de salaire. On a ce qu’on fait avec, par exemple, le Grand Avignon, où effectivement, les salariés du Grand Avignon reçoivent leur bulletin de paie uniquement sur leur Digipost.
Le Digipost, une fois qu’il est bien paramétré, vous pouvez y recevoir aussi vos factures d’électricité, vos factures d’eau, vos quittances de loyer.
Et tout ça, ça vous permet d’avoir un portefeuille numérique qui fait que le jour où vous déménagez, vous avez besoin de refaire votre carte d’identité, vous avez tout sur vous dans un quel lieu qui est complètement sécurisé et accessible.

Marie-Cécile
Comment ça se passe, justement, l’identité numérique ?

Pierre-Hubert Martin
Deux options.
Un, vous faites ça sur Internet.
Deux, vous allez dans un bureau de poste et puis on va vous aider à la créer.
Et puis, une fois que vous avez créé votre identité, votre identité est certifiée et vérifiée.
C’est-à-dire qu’il y a un moment où il y a un facteur qui va sonner chez vous en disant « Est-ce que c’est bien vous ? Est-ce que je peux vérifier votre pièce d’identité ? »

Marie-Cécile
Et donc, derrière, ça va me permettre d’accéder à des services.

Pierre-Hubert Martin
À tout un tas de services.
Par exemple, les services France Connect ou vos déclarations d’impôt, des choses comme ça.
En tout cas, maintenant, vous avez l’identité qui est vraiment certifiée
et que quand vous utilisez ou quand vous achetez un truc sur Internet,
on sait bien que c’est vous et valent vous.
On évite les usurpations d’identité comme ça.

Marie-Cécile
Et pareil pour créer son coffre-fort numérique pour les entreprises ?

Pierre-Hubert Martin
L’entreprise est cliente de La Poste.
Donc, elle paye une adhésion pour ses employés.
Et du coup, pour les employés, c’est complètement gratuit.
Ils peuvent stocker autre chose que uniquement leur bulletin de salaire.

Conclusion de la série

Marie-Cécile
Le numérique responsable, c’est à la fois une question du quotidien et une question stratégique à long terme.
Vouloir se lancer dans un changement de comportement peut paraître ardu.
C’est toujours compliqué de changer ses habitudes, mais je pense qu’avec ces trois épisodes, nous vous avons prouvé qu’en étant un peu informés, voire accompagnés, la tâche n’est pas si compliquée et peut-être plutôt rentable autant sur le plan financier que sur le plan humain.
Un grand merci au Grand Avignon et à l’Académie Vaucluse Provence et notamment Sandrine Fdida de m’avoir fait confiance pour l’animation de la table ronde qui a permis de réaliser cette série.
Et bravo pour cette semaine du numérique responsable dont le programme, très divers, a permis de rassembler de nombreux partenaires et participants de tous âges, preuve que ce sujet nous concerne toutes et tous.
Une dernière recommandation avant de nous quitter.
Rendez-vous sur la chaîne YouTube « Quelle place pour l’IA dans nos vies ? » réalisée dans le cadre de la chaire partenariale en intelligence artificielle l’IA Avignon, portée par Avignon Université.
Les vidéos y sont passionnantes et vous permettront de continuer vos réflexions sur le sujet avec cette fois un angle plus scientifique.
Cette mini-série enregistrée en mars 2026 se termine.
Il est maintenant temps de passer à l’action. J’ai hâte de connaître les premiers outils que vous allez mettre en place.
Et d’ici là, je vous dis à très vite.
Je l’espère-luette, évidemment !